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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2431801

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2431801

lundi 6 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2431801
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 30 novembre 2024, 3 décembre 2024 et 20 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Galindo Soto, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les arrêtés du 29 novembre 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé, et lui a interdit de retourner sur le territoire français durant 36 mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de cette même notification ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative, et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- il n'a pas été informé des conditions dans lesquelles la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être exécutée d'office et il n'a pas été mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix en méconnaissance de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été informé dans une langue qu'il comprend, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de ce qu'il pouvait, avant même l'introduction de sa requête, demander au président du tribunal administratif l'assistance d'un interprète ainsi que d'un conseil, en méconnaissance de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été informé de la possibilité de déposer sa requête auprès du directeur de l'établissement pénitentiaire ;

- le délai de recours de quarante-huit heures ne lui est pas opposable dès lors que l'arrêté ne lui a pas été correctement notifié ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision interdisant son retour sur le territoire national durant 36 mois est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu de son âge et de ce qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public.

Le 20 décembre 2024, le préfet de police a versé des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mareuse en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mareuse ;

- les observations de Me Galindo Soto, avocat de M. A, qui reprend les conclusions et moyens développés dans ses écritures. Il précise que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'âge du requérant ;

- les observations de M. A, requérant ;

- et celles de Me Zerad, avocate, représentant la préfecture de police, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 1er novembre 2000 et de nationalité sénégalaise, est entré en France en 2016, selon ses déclarations. Par la présente requête, M. A demande l'annulation des arrêtés du 29 novembre 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé, et lui a interdit de retourner sur le territoire français durant 36 mois.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence à statuer, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

4. Aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office. / Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix. " Aux termes de l'article L. 613-5-1 du même code : " En cas de détention de l'étranger, celui-ci est informé dans une langue qu'il comprend, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'il peut, avant même l'introduction de sa requête, demander au président du tribunal administratif l'assistance d'un interprète ainsi que d'un conseil. "

5. Si le requérant soutient que les décisions attaquées ne lui ont pas été notifiées selon les formes prévues aux dispositions précitées, les conditions de notification d'une décision sont sans incidence sur la légalité de celle-ci. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées doivent être écartés comme inopérants. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce qu'il n'a pas été informé de la possibilité de déposer sa requête auprès du directeur de l'établissement pénitentiaire où il est détenu et de ce que le délai de recours de 48 heures ne lui était pas opposable doivent également être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. (). "

7. La décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A vise le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle fait état de la situation irrégulière du requérant sur le territoire national, et de ses attaches en France. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () "

9. Le requérant soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est né en France et qu'il est scolarisé depuis trois ans sur le territoire national. Toutefois, et alors que le requérant indique lui-même avoir quitté la France à l'âge de 11 ans pendant plusieurs années, ces deux circonstances ne faisaient aucunement obstacle à l'édiction de la mesure d'éloignement litigieuse.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; / 2° Au plus tard la veille de son dix-neuvième anniversaire, pour l'étranger mentionné aux articles L. 421-22, L. 421-23, L. 421-26 à L. 421-29, L. 421-30 à L. 421-33, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-24 ou L. 426-1 ; / 3° Au plus tard, deux mois après la date de son dix-huitième anniversaire, s'il ne remplit pas les conditions de délivrance de l'un des titres de séjour mentionnés au 2°. () "

11. Alors que le requérant était âgé de 24 ans à la date de la décision attaquée, il ne peut utilement soutenir qu'il était encore dans les délais pour déposer une première demande de titre de séjour à la suite de son dix-huitième anniversaire. M. A n'est ainsi pas fondé à soutenir que les dispositions précitées de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues, ni que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation à cet égard.

12. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans charge de famille en France. S'il est né sur le territoire national, il est parti vivre au Sénégal plusieurs années à compter de ses 11 ans, avant de retourner vivre en France à ses 16 ans, où il fait valoir la présence de sa mère. Par ailleurs, le requérant a été condamné à deux reprises par le tribunal correctionnel de Paris en septembre et novembre 2023 à des peines de 4 et 6 mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants. Surtout, le 19 novembre 2024, il a été interpellé pour des faits de séquestration, extorsion avec arme et utilisation frauduleuse de carte bancaire volée dans le 18ème arrondissement, et il ressort des procès-verbaux d'audition produits en défense qu'il a reconnu les faits lors de son audition par les services de police. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () "

14. Ainsi qu'il a été dit au point 12, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné à deux reprises par le tribunal correctionnel de Paris en septembre et novembre 2023 à des peines de 4 et 6 mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants. Surtout, le 19 novembre 2024, il a été interpellé pour des faits de séquestration, extorsion avec arme et utilisation frauduleuse de carte bancaire volée dans le 18ème arrondissement, et il ressort des procès-verbaux d'audition produits en défense qu'il a reconnu les faits lors de son audition par les services de police. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, qui se fonde notamment sur le 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne représenterait pas une menace à l'ordre public.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il risquerait, en cas de retour dans son pays d'origine, des peines ou des traitement inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction du territoire national pendant 36 mois :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

18. En l'espèce, M. A ne fait valoir aucune circonstance humanitaire de nature à justifier qu'aucune interdiction du territoire français ne soit prise à son encontre. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 12, l'intéressé, âgé de 24 ans à la date de la décision litigieuse, est célibataire et sans charge de famille en France. S'il fait état de la présence de sa famille sur le territoire national, il n'en justifie pas et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu plusieurs années à partir de ses 11 ans. En outre, le requérant a été condamné à deux reprises par le tribunal correctionnel de Paris en septembre et novembre 2023 à des peines de 4 et 6 mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de stupéfiants. Le 19 novembre 2024, il a été interpellé pour des faits de séquestration, extorsion avec arme et utilisation frauduleuse de carte bancaire volée dans le 18ème arrondissement de Paris, et il ressort des procès-verbaux d'audition produits en défense qu'il a reconnu ces faits lors de son audition par les services de police. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national et en en fixant la durée à 36 mois.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Galindo Soto et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2025.

La magistrate désignée,

S. MareuseLa greffière,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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