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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2431954

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2431954

vendredi 18 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2431954
TypeDécision
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantBALME LEYGUES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme C, qui demandait l'annulation de la décision du 28 avril 2023 par laquelle la directrice du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers (CNG) lui a refusé une autorisation d'exercer la médecine générale en France. La requérante contestait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'insuffisance de motivation, un vice de procédure, la méconnaissance du principe d'égalité de traitement et la violation de l'article 83 IV-B de la loi du 21 décembre 2006. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, en application des dispositions du code de la santé publique et du décret n° 2020-1017 du 7 août 2020.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 décembre 2024, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris, sur le fondement des dispositions combinées des articles R. 312-1 et R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de Mme A C.

Par cette requête, enregistrée le 5 août 2023, Mme C, représenté Me Balme Leygues, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 avril 2023 par laquelle la directrice du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une autorisation d'exercer la profession de médecin dans la spécialité " médecine générale " ;

2°) d'enjoindre au CNG de lui délivrer l'autorisation sollicitée, dans un délai de quinze jours et sous une astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge du CNG le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de communication de la composition et de l'avis de la commission nationale d'autorisation d'exercice et en l'absence d'information préalable sur les critères mis en œuvre pour l'évaluation des candidatures ;

- elle méconnaît le principe d'égalité de traitement ;

- elle méconnaît l'article 83 IV - B de la loi du 21 décembre 2006 et l'autorité de la chose jugée par le Conseil d'Etat et le Conseil constitutionnel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le CNG conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2006-1640 du 21 décembre 2006 ;

- le décret n° 2020-1017 du 7 août 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weidenfeld,

- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,

- et les observations de Me BalmeLeygues, représentant Mme C.

Une note en délibéré, présentée pour Mme C, a été enregistré le 9 avril 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante française et ukrainienne, a demandé le 14 décembre 2020 l'autorisation d'exercer la médecine en France dans la spécialité " médecine générale " au CNG sur le fondement du B du IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 de financement de la sécurité sociale pour 2007. Après que la commission nationale d'autorisation d'exercice l'a auditionnée, la directrice générale du CNG a, par une décision du 28 avril 2023, rejeté sa demande. Mme C demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 4111-2 du code de la santé publique : " I.- Le ministre chargé de la santé ou, sur délégation, l'autorité compétente désignée par décret en Conseil d'Etat peut, après avis d'une commission nationale, majoritairement composée de professionnels de santé et comprenant notamment des délégués des conseils nationaux des ordres et des organisations nationales des professions intéressées, choisis par ces organismes, autoriser individuellement à exercer les personnes titulaires d'un diplôme, certificat ou autre titre permettant l'exercice, dans le pays d'obtention de ce diplôme, certificat ou titre, de la profession de médecin, dans la spécialité correspondant à la demande d'autorisation, chirurgien-dentiste, le cas échéant dans la spécialité correspondant à la demande d'autorisation, ou de sage-femme ". Aux termes de l'article 1er du décret du 7 août 2020 pris pour l'application du IV et V de l'article 83 de la loi n°2006-1640 du 21 décembre 2006 de financement de la sécurité sociale pour 2007 : " Peuvent déposer un dossier de demande d'autorisation d'exercice au titre des dispositions du B du IV ou de celles du V de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 susvisée, les candidats à l'autorisation d'exercer la profession de médecin, () qui remplissent les conditions suivantes : / 1° Être titulaire d'un diplôme, certificat ou autre titre obtenu dans un Etat non membre de l'Union européenne ou non partie à l'accord sur l'Espace économique européen et permettant l'exercice de la profession dans le pays d'obtention de ce diplôme, certificat ou titre ; / 2° Avoir exercé sur le territoire national pendant au moins deux ans en équivalent temps plein entre le 1er janvier 2015 et le 30 juin 2021 des fonctions rémunérées au titre des professions de santé mentionnées à la quatrième partie du code de la santé publique. / () ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " A l'issue de l'instruction par la commission régionale, la demande d'autorisation est soumise pour avis à la commission nationale d'autorisation d'exercice prévue au I de l'article L. 4111-2 ou à l'article L. 4221-12 du code de la santé publique. / Pour les candidats à l'autorisation d'exercer la profession de médecin, la commission examine le dossier du candidat et la proposition formulée par la commission régionale d'autorisation d'exercice mentionnée au IV de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 susvisée. Elle évalue les compétences de l'intéressé au regard des attendus de l'exercice de la spécialité. / () / La commission nationale doit avoir auditionné tout candidat pour lequel elle recommande la délivrance immédiate d'une autorisation d'exercice ou le rejet de la demande. Elle peut auditionner les autres candidats. Le candidat est convoqué avec un préavis d'au moins quinze jours par le directeur général du Centre national de gestion, par tout moyen donnant date certaine à la réception de cette convocation. / La commission émet, après examen de chaque dossier, un avis sur la demande d'autorisation d'exercice destiné au ministre chargé de la santé. L'avis est établi au moyen d'un formulaire dont le modèle est fixé par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article 7 de ce décret : " Au vu de l'avis de la commission nationale d'autorisation d'exercice, et au plus tard le 30 avril 2023, le directeur général du Centre national de gestion, au nom du ministre de la santé, se prononce sur les demandes d'autorisation d'exercice mentionnées au B du IV et au V de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006 susvisée. / Le silence gardé par l'autorité administrative pendant douze mois à compter la réception du dossier complet vaut refus de délivrer l'autorisation d'exercice. / Le directeur général du Centre national de gestion, au nom du ministre chargé de la santé, prend, pour chaque candidat et au vu de l'avis de la commission nationale, une décision d'autorisation d'exercice ou de rejet de la demande ou une décision prescrivant l'accomplissement d'un parcours de consolidation des compétences. / Dans ce dernier cas, la décision précise la nature et la durée des stages, ainsi que, le cas échéant, les formations théoriques, nécessaires à l'accomplissement du parcours de consolidation des compétences. Elle affecte le candidat dans une subdivision et un centre hospitalier universitaire, dans la limite de ses capacités d'accueil en lien avec le parcours de consolidation des compétences. / En cas de rejet de la demande ou de prescription d'un parcours de consolidation des compétences, la décision est motivée. / La décision est notifiée au candidat par tout moyen donnant date certaine à la réception de cette notification. / L'autorisation d'exercice et la décision d'affectation sont publiées au Journal officiel de la République française ".

3. En premier lieu, d'une part, la décision attaquée a été signée " pour le ministre et par délégation ", en application de l'article L. 4111-2 du code de la santé publique qui prévoit que le ministre chargé de la santé est compétent pour autoriser individuellement à exercer les personnes titulaires d'un diplôme de la profession de médecin, dans la spécialité correspondant à la demande d'autorisation. D'autre part, la directrice du CNG est compétente pour adopter les décisions relatives aux autorisations d'exercice, en application de l'article 2 du décret du ministre chargé de la santé du 4 mai 2007 relatif à l'organisation et au fonctionnement du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière et modifiant le code de la santé publique. Enfin, la décision attaquée a été signée par M. D B, chef du département autorisations d'exercice-concours-coaching du CNG, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature de la directrice du CNG en application de l'article 2 de l'arrêté du 1er mars 2023 portant délégation de signature, régulièrement publié au Journal officiel du 2 mars 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le CNG se soit estimé lié par l'avis de la commission nationale d'autorisation d'exercice, sans exercer son pouvoir d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence négative doit être écarté.

5. En troisième lieu, la décision en litige cite les textes dont elle fait application, et indique que la demande de Mme C a été rejetée au motif que sa formation pratique et théorique était insuffisante et qu'elle justifie seulement d'un parcours exclusif d'infirmière depuis 2011. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En quatrième lieu, d'une part, la seule circonstance que Mme C n'ait pas eu connaissance de la composition de la commission régionale d'autorisation d'exercice et de la commission nationale d'autorisation d'exercice est, par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure. Par ailleurs, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que l'avis de la commission régionale d'autorisation d'exercice soit communiqué au demandeur préalablement à la décision concernant la demande d'autorisation d'exercice.

7. D'autre part, il ressort du procès-verbal de la commission nationale d'autorisation d'exercice qui s'est tenue le mercredi 1er mars 2023 à 8 heures 30, pour l'examen des demandes présentées en vue d'exercer la profession de médecin en France dans la spécialité " Médecine générale ", qu'ont été convoquées les personnalités énumérées par l'article D. 4111-10 du code de la santé publique ou leur représentant, et ce en qualité de membres de la profession concernée proposé par les organisations nationales de praticiens titulaires d'un diplôme acquis en dehors de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen.

Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission régionale d'autorisation d'exercice ait été irrégulièrement composée. Par suite, alors qu'aucune disposition, notamment réglementaire, ne précise la qualité des représentants devant être présents lors de la réunion de la commission nationale d'autorisation d'exercice et de la commission régionale d'autorisation d'exercice, le moyen tiré du vice de procédure tenant à la composition irrégulière de la commission nationale d'autorisation d'exercice, qui n'est pas assorti des précisions permettant d'apprécier son bien-fondé, doit être écarté.

8. Enfin, il ne ressort d'aucune disposition que le CNG doit informer l'ensemble des candidats des critères mis en œuvre pour évaluer leurs candidatures. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie doit être écarté en toutes ses branches.

9. En cinquième lieu, en vertu de l'article 6 du décret du 7 août 2020 pris pour l'application du IV et V de l'article 83 de la loi du 21 décembre 2006, la commission nationale d'autorisation d'exercice " évalue les compétences de l'intéressé au regard des attendus de l'exercice de la spécialité ". L'article 3 du décret n°2004-252 du 19 mars 2004 relatif aux conditions dans lesquelles les docteurs en médecine peuvent obtenir une qualification de spécialiste dispose que : " Pour obtenir cette qualification de spécialiste, le médecin doit justifier d'une formation et d'une expérience qui lui assurent des compétences équivalentes à celles qui sont requises pour l'obtention du diplôme d'études spécialisées ou du diplôme d'études spécialisées complémentaire de la spécialité sollicitée ".

10. Il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci a été adoptée après un examen approfondi de la formation et de l'expérience de la requérante. Dans ces conditions, en se bornant à relever qu'aucun des critères mis en œuvre par la commission nationale d'autorisation d'exercice et le CNG n'est indiqué au sein de la décision attaquée, la requérante n'apporte aucun élément permettant d'établir que sa demande d'autorisation d'exercice aurait été examinée par l'administration de manière irrégulière, en méconnaissance du principe d'égalité de traitement. Par suite, le moyen tiré de l'inégalité de traitement doit être écarté.

11. En sixième et dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 83, IV, B de la loi n° 2006-1640 du 21 décembre 2006 de financement de la sécurité sociale pour 2007 : " Par exception au sixième alinéa du I de l'article 60 de la loi n° 99-641 du 27 juillet 1999 précitée et au huitième alinéa du I de l'article 69 de la loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002 précitée, les médecins titulaires d'un diplôme, certificat ou autre titre obtenu dans un Etat non membre de l'Union européenne ou non partie à l'accord sur l'Espace économique européen et permettant l'exercice de la profession dans le pays d'obtention de ce diplôme, certificat ou titre, présents dans un établissement entre le 1er octobre 2018 et le 30 juin 2019 et ayant exercé des fonctions rémunérées, en tant que professionnel de santé, pendant au moins deux ans en équivalent temps plein depuis le 1er janvier 2015 se voient délivrer une attestation permettant un exercice temporaire, sous réserve du dépôt d'un dossier de demande d'autorisation d'exercice avant le 30 juin 2021 ou au plus tard trois mois après la date de cessation de l'état d'urgence sanitaire déclaré par l'article 4 de la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19, le cas échéant prolongé dans les conditions prévues par cet article. " D'autre part, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles : " I.- Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après [] 6° Les établissements et les services qui accueillent des personnes âgées ou qui leur apportent à domicile une assistance dans les actes quotidiens de la vie, des prestations de soins ou une aide à l'insertion sociale ".

12. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de Mme C, le CNG s'est fondé non sur la seule circonstance que la requérante avait exercé la profession d'infirmière au sein d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes mais sur celle qu'elle ne pouvait justifier d'un exercice de la médecine depuis 2011 et que, par suite, sa formation théorique et pratique était insuffisante pour l'exercice autonome de la spécialité " médecine générale ". Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté. Par ailleurs, dès lors que la requérante ne justifie d'une pratique de la médecine que comme interne, ou faisant fonction d'interne, jusqu'en 2005, soit près de vingt ans à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, à supposer qu'il ait été soulevé, ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

Mme de Schotten, première conseillère,

M. Rezard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2025.

La présidente-rapporteure,

K. Weidenfeld

La première assesseure,

K. de Schotten

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2431954/6-1

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