jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2432099 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | MOLLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2024, Mme B A, représentée par Me Moller, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 20 novembre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au versement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 20 novembre 2024 ;
5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son avocate au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui est pas accordé, le versement à elle-même de la somme de 2 000 euros.
Elle soutient que :
- l'urgence est avérée au regard de l'extrême vulnérabilité de sa situation alors qu'elle vit à la rue avec ses deux filles âgées de trois ans et deux mois ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile et à son corollaire, constitué par l'accès aux conditions matérielles d'accueil, dès lors que :
.la décision contestée est signée par une autorité incompétente ;
.elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle et familiale et de sa vulnérabilité ;
.elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
.elle n'a pas été précédée d'une évaluation de sa vulnérabilité et, si celle-ci a eu lieu, elle a été faite dans des formes irrégulières et en méconnaissance des dispositions de la directive Accueil 2013/33/UE ;
.elle n'est pas motivée ;
.l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est à tort estimé en situation de compétence liée ;
.sa décision méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de sa vulnérabilité ;
.elle méconnaît le 1er paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bailly, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence particulière qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cette disposition soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise à très bref délai.
3. Il résulte de l'instruction que Mme A a déposé, le 10 octobre 2024, une demande d'asile au nom de sa fille mineure née le 27 septembre 2024 et que l'enfant a été munie d'une attestation de demande d'asile. Par une décision du 20 novembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à Mme A et à sa famille le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle avait refusé l'orientation en région. Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision et d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
4. Si Mme A fait valoir qu'elle vit dans la rue avec ses deux enfants âgées de trois ans et deux mois, elle n'apporte aucun élément justifiant que sa fille aînée ne pourrait pas être scolarisée dans le département du Tarn-et-Garonne, où la famille avait été orientée. Elle n'établit pas non plus, par le certificat médical qu'elle produit qui est rédigé en des termes très généraux, que l'enfant aurait besoin immédiatement de soins à l'hôpital Robert Debré et qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement ophtalmologique adapté à son état de santé dans ce même département du Tarn-et-Garonne. En outre, Mme A, qui se borne à indiquer que son conjoint est sans ressources, ne fournit aucune précision sur l'ancienneté et les conditions de séjour de ce dernier. Ainsi, en l'état de l'instruction, la condition d'urgence particulière exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est n'est pas admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à Me Moller.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Paris, le 5 décembre 2024.
La juge des référés,
P. BAILLY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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