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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2432109

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2432109

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2432109
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 4 décembre 2024, le 5 décembre 2024 et le 6 décembre 2024, Mme B A, représentée par Me Sangue, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de la décision par laquelle le préfet de police lui a implicitement refusé le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant-élève ", jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant-élève " d'une validité minimale d'un an, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente un récépissé l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de lui directement verser cette somme.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;

- en outre, elle s'est vu remettre un titre de séjour d'une durée de validité de six mois, déjà expiré ; dans ces conditions, elle se trouve donc en situation irrégulière et n'est pas en mesure de s'inscrire à une alternance ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police, représenté par Me Tomasi, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais qui a produit une pièce, enregistrée le 5 décembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 4 décembre 2024 sous le numéro 2432111 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Truilhé pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Henry, greffière d'audience, M. Truilhé a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Sangue, représentant Mme A, présente, qui a maintenu ses conclusions par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Floret, représentant le préfet de police, qui a conclu au rejet de la requête. Elle a fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est dirigée contre une décision inexistante, et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés, dès lors que, la requérante ne justifiant pas des difficultés alléguées quant à ses difficultés pour trouver une alternance, l'urgence n'est pas établie, et que la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas caractérisée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Une pièce sous forme de note en délibéré, enregistrée le 6 décembre 2024, a été produite pour Mme A et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 9 mars 2003, est entrée sur le territoire français alors qu'elle était encore mineure, selon ses déclarations. Le 17 novembre 2022, la requérante a été munie d'une carte de séjour temporaire, portant la mention " étudiant-élève ", valable jusqu'au 16 novembre 2023, dont elle a demandé le renouvellement. Le 10 mai 2024, elle a reçu une attestation de décision favorable relative à sa demande, lui indiquant qu'un titre de séjour valable du 11 mai 2024 au 10 novembre 2024 lui serait délivré. Par courrier du 18 octobre 2024, elle a été convoquée le 2 décembre 2024 dans les locaux de la préfecture de police, afin de se voir remettre le titre de séjour susmentionné. Mme A estime qu'en lui délivrant un titre de séjour d'une durée de validité de six mois, déjà expiré à la date de remise, le préfet de police a implicitement refusé de renouveler son titre de séjour. Par la requête susvisée, l'intéressée demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de

Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense par le préfet de police :

3. Le préfet de police de Paris soulève une fin de non-recevoir tirée de ce que les conclusions à fin de suspension soulevées par Mme A seraient dirigées contre une décision inexistante. Il résulte toutefois de l'instruction que la délivrance, en date du 2 décembre 2024, d'un titre de séjour valable du 11 mai 2024 au 10 novembre 2024, déjà expiré, révèle l'existence d'une décision implicite du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour de la requérante. Il résulte ainsi de ce qui précède que, contrairement à ce que soutient le préfet de police, la requête de Mme A, dirigée contre une décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de son titre de séjour étudiant, est recevable.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.

6. Mme A a bénéficié d'un titre de séjour étudiant entre le 17 novembre 2022 et le 16 novembre 2023, dont elle a demandé le renouvellement. Ainsi, l'urgence doit être présumée. Le préfet de police, qui se borne à soutenir que l'urgence ne serait pas caractérisée dans la mesure où la requérante n'apporte aucun élément de nature à démontrer les difficultés alléguées pour trouver une alternance en l'absence de titre de séjour valable, n'apporte ainsi aucun élément pour renverser la présomption d'urgence qui s'attache au refus de renouvellement en cause alors qu'au demeurant Mme A atteste que la décision en litige, la plaçant en situation irrégulière sur le territoire, préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation, notamment scolaire en ce qu'elle l'empêche de poursuivre ses études. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de Mme A, résultant de la délivrance d'un titre de séjour déjà expiré, est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que, les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, Mme A est fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de légalité, à demander la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement refusé de renouveler son titre de séjour étudiant, au plus tard jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2432111.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. L'exécution de la présente ordonnance implique seulement qu'il soit fait injonction au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen et dans un délai de 72 heures, un récépissé attestant de la régularité de son séjour sur le territoire et l'autorisant à travailler de manière accessoire. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme A a été admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocat est ainsi fondé à se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sangue, avocat de Mme A, de la somme de 1 000 euros sous réserve de la renonciation par cet avocat à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique et de l'admission définitive de Mme A au bénéfice de cette aide. Dans le cas où elle n'y serait pas admise, cette somme lui sera versée personnellement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme A est suspendue, au plus tard jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond enregistrée sous le n° 2432111.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer dans un délai de 72 heures un récépissé l'autorisant à travailler de manière accessoire.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sangue renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Sangue une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l'hypothèse où Mme A ne serait pas définitivement admise à l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera personnellement versée.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Sangue et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 6 décembre 2024.

Le juge des référés,

J.-C. TRUILHÉ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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