lundi 23 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2432183 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 et 16 décembre 2024, M. B A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 21 octobre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence algérien sans délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est présumée et, en l'espèce, elle est établie dès lors que la décision attaquée porte une atteinte grave à sa vie privée et familiale, étant le proche aidant de sa mère et de sa petite sœur, lourdement handicapée, et qu'il est lui-même atteint d'une affection de longue durée reconnue par la sécurité sociale ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée qui :
* n'est pas motivée ;
* est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public ;
* est entachée d'erreur de droit dès lors que le jugement du tribunal administratif de Paris annulant le refus implicite de renouvellement de sa carte de résident algérien est devenu définitif ;
* méconnaît les stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de police, représenté par le cabinet Centaure avocats, qui a produit des pièces complémentaires enregistrées le 16 décembre 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la requête enregistrée sous le n° 2430934 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin pour statuer sur les demandes de référé.
Au cours de l'audience publique, tenue le 17 décembre 2024 en présence de Mme Gomez-Barranco, greffière d'audience, Mme Perrin a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. A ;
- et les observations de Me Dussault, avocat du préfet de police, qui conclut au rejet de la requête. Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors que la requête au fond ne conclut pas à l'annulation de la décision du 21 octobre 2024 dont la suspension est demandée dans la présente instance, et à titre subsidiaire que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur la recevabilité de la requête :
1. Il ressort des pièces du dossier que, dans la procédure au fond n° 2430934, M. A, qui au demeurant n'est pas assisté d'un conseil, formule en objet des conclusions tendant à l'annulation du refus explicite de renouvellement de sa carte de résident algérien, contenu dans l'arrêté du préfet de police du 21 octobre 2024, réceptionné le 31 octobre 2024. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient le préfet de police, cette requête au fond est recevable. La fin de non-recevoir invoquée en défense doit donc être écartée.
Sur la demande de référé :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. M. A, ressortissant algérien, né le 17 octobre 1961, entré en France en septembre 1974 selon ses déclarations, a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien, sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 21 octobre 2024, le préfet de police lui a refusé le renouvellement du titre de séjour. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
4. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
5. M. A, qui a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien qu'il a obtenu sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien, peut se prévaloir d'une présomption d'urgence et le préfet de police ne fait état d'aucune circonstance qui y ferait obstacle. Ainsi, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
6. D'autre part, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation, commise par le préfet de police, quant à la menace pour l'ordre public que la présence en France de M. A constitue au regard des faits pour lesquels il a été condamné le 2 novembre 2021 à deux mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant un an et 6 mois et du caractère ancien des autres faits, datant de 2007, 2008 et 2009, pour lesquels il a fait l'objet de signalements, est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
7. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour sollicité par M. A.
Sur l'injonction :
8. L'exécution de la présente ordonnance implique que le préfet de police, ou le préfet territorialement compétent, procède au réexamen de la demande de titre de séjour de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et que, dans l'attente de ce réexamen, il lui délivre une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours.
Sur les frais liés au litige :
9. M. A ayant présenté sa requête sans l'assistance d'un avocat, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, la somme qu'il demande en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 21 octobre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé à M. A le renouvellement de sa carte de résident est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 23 décembre 2024.
La juge des référés,
A. PERRIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2432183/6