lundi 23 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2432573 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 décembre 2024 et un mémoire enregistré le 14 décembre 2024, Mme A B, représentée par Me Ervé Dmoteng Kouam, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative:
1°) d'ordonner la suspension de l'arrêté du 26 novembre 2024 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer dans le délai de quarante-huit heures un récépissé de demande de titre de séjour avec autorisation provisoire de travail dans l'attente de la décision à intervenir sur le recours en annulation ;
3°) de mettre à la charge de l'État (préfet de police) une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- Sur l'urgence :
o elle est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour ;
o le préfet n'a pas examiné sa demande de titre recherche d'emploi ou création d'entreprise ;
o elle risque de perdre son emploi faute de n'avoir pas renouvelé son titre de séjour dès lors que par courrier du 1er novembre 2024, son employeur l'a invitée à présenter son nouveau titre de séjour en cours de validité afin de régulariser sa situation professionnelle et administrative;
- Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :
o elle justifie du sérieux dans la progression de ses études ;
o l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation sur ses conséquences quant à sa vie personnelle.
Le préfet de police représenté par le cabinet Centaure n'a pas déposé de mémoire en défense mais a communiqué des pièces de procédure.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 10 décembre 2024 sous le numéro 2432572 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Gracia, vice-président de la 3e section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Yahiaoui, greffière d'audience, M. Gracia a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Dmoteng Kouam pour Mme B;
- et les observations de Me Rannou, pour le préfet de police.
La clôture d'instruction a été fixée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante arménienne née le 5 juin 1995 en Arménie, est entrée en France le 8 octobre 2018 sous couvert d'un visa long séjour étudiant. Elle a été placée sous titre de séjour " étudiant " jusqu'au 28 avril 2023 et a sollicité, le 13 février 2023, le renouvellement de son titre de séjour et a reçu diverses attestations de prolongation d'instruction, la dernière ayant expiré le 8 novembre 2024. Le 29 octobre 2024, elle a également sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création
d'entreprise ", dès lors qu'elle avait obtenu son diplôme de Master 2. Par la présente requête,
Mme B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 26 novembre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer ledit titre de séjour, jusqu'à ce que le tribunal statue au fond.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
4. En l'espèce, Mme B demandant la suspension de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'urgence doit être présumée. En défense, le préfet de police n'apporte aucun élément de nature à renverser cette présomption.
5. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme B le préfet de police s'est fondé sur l'absence de progression dans ses études au sens et pour l'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte toutefois de l'instruction, et particulièrement de la demande déposée par Mme B sur l'ANEF le
29 octobre 2024, qu'elle a également sollicité le changement de son statut au profit d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Or la décision du préfet dont il est demandé la suspension ne fait pas mention de cette demande.
7. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de police a entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme B est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
8. Dès lors, en l'état de l'instruction et des pièces produites par les parties, les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Il y a donc lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de refus de renouvellement du titre de séjour de
Mme B.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".
10. L'exécution de la suspension ordonnée au point 8 implique qu'il soit enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et que, dans l'attente de ce réexamen, il munisse l'intéressée d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.
Sur les frais d'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat (préfet de police), partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de police du 26 novembre 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, au réexamen de la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme B et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat (préfet de police) versera à Mme B une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 23 décembre 2024.
Le juge des référés,
J-Ch. GRACIA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.