vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2432670 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | JOUVIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2024 le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de Mme C B, M. D A et leurs quatre enfants, de l'hébergement qu'ils occupent sans droit ni titre au sein du centre d'hébergement d'urgence (CHU) Montparnasse sis au 23 allée de la 2ème division blindée à Paris (75015), géré par la fondation L'Armée du Salut ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) d'autoriser le préfet à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CHU Montparnasse, afin de débarrasser des lieux les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme B et M. A, à défaut pour ce dernier de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent pour connaitre de la requête ;
- le préfet est compétent pour demander en justice, en application des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à ce qu'il soit enjoint à Mme B et M. A de quitter le centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile ;
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure, posées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative, sont remplies dès lors que Mme B et M. A s'y maintiennent sans droit ni titre alors que le dispositif d'accueil est saturé et incapable de répondre à la demande ;
- sa demande ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse en raison du comportement de Mme B et M. A qui ont refusé plusieurs propositions de logement et compromettent le bon fonctionnement du centre par leur comportement.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 décembre 2024, Mme C B et M. D A, représenté par Me Jouvin, concluent titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire d'accorder un délai avant exécution de la procédure d'expulsion.
Ils soutiennent que :
- Les refus allégués de relogement ne sont pas établis en l'état du dossier alors qu'ils ont au contraire accepté ces deux propositions ;
- Les faits d'effraction, de comportements menaçants et hébergement d'une tierce personne, qui leur reprochés, ne sont pas établis et sont entachés d'erreur matérielle ;
- Ils effectuent les démarches nécessaires à leur relogement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Séval pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Trieste, greffière d'audience, M. Séval a lu son rapport et entendu les observations de Me Jouvin, représentant les requérants.
Le préfet n'était ni présent ni représenté.
Les parties ont informées que la clôture de l'instruction a été différée au 20 décembre 2024 à 10H00.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Le juge des référés tient de ces dispositions le pouvoir, en cas d'urgence et d'utilité, d'ordonner l'expulsion des occupants sans titre du domaine public.
2. Aux termes de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont des lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile : / 1° Les centres d'accueil pour demandeurs d'asile définis à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles ; / 2° Toute structure bénéficiant de financements du ministère chargé de l'asile pour l'accueil de demandeurs d'asile et soumise à déclaration, au sens de l'article L. 322-1 du même code ". Aux termes de l'article L. 552-2 du même code : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Enfin, aux termes de l'article L. 552-15 du même code, applicable aux lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile qui accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. Il résulte de l'instruction que Mme B et M. A sont hébergés au sein du centre d'hébergement d'urgence (CHU) Montparnasse sis au 23 allée de la 2ème division blindée à Paris (75015), depuis le 3 janvier 2022, date à laquelle ils ont signé un contrat de séjour. A la suite du refus de deux propositions de relogement et divers incidents compromettant le fonctionnement normal du centre et mettant en cause la sécurité de ses employés, une fin de prise en charge leur a été notifiée par le centre le 8 septembre 2023 et le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris leur a notifié le 28 septembre 2024 une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours. Dès lors qu'ils occupent toujours les lieux, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme B et M. A du logement qu'ils occupent sans droit ni titre.
4. Si en l'état du dossier, le refus de deux propositions de logement reproché à Mme B et M. A ne peut être établi avec suffisamment de précision, les divers échanges et courriels, fiches d'incidents et photographies produits au dossier, faisant état de dégradations, effractions, de comportements irrespectueux voire agressifs envers le personnel du centre ayant fait l'objet d'un dépôt de plainte et d'une enquête de police, et qui ne sont sérieusement contestés constituent des manquements grave et répétés au règlement de fonctionnement du centre et au contrat de séjour qu'ils ont signé à leur arrivée.
5. Dans ces conditions, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, est fondé à demander que soit ordonnée l'expulsion de Mme B et M. A et de tout occupant de leur chef, des locaux qu'ils occupent ainsi sans droit ni titre depuis le 30 septembre 2023. Compte tenu des graves et répétés manquements sus-rappelés au règlement de fonctionnement du centre et au contrat de séjour, la demande du préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse, nonobstant les dénégations et justifications présentées par Mme B et M. A qui se bornent à invoquer, sans en justifier, l'ostracisme de l'équipe du centre à leur encontre. En outre, pour les motifs évoqués dans la requête et, en particulier comme le fait valoir sans être contesté le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, la circonstance que le SIAO 75 n'est en moyenne susceptible de répondre favorablement qu'à moins de 10% des demandes d'hébergement urgents, la mesure demandée présente un caractère utile et urgent.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme B et M. A et à tout occupant de leur chef, de libérer dans un délai de six semaines après notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent sans droit ni titre au sein du CHU Montparnasse.
7. En revanche il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du CHRS, résidence Catherine Booth afin de débarrasser les meubles de Mme B et M. A se trouvant dans le logement occupé irrégulièrement. Il n'entre pas davantage dans cet office d'autoriser le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris à demander le concours de la force publique pour l'exécution de la présente ordonnance. Les conclusions présentées à cette fin sont, par suite, irrecevables. Il appartiendra, s'il y a lieu, au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris de demander directement le concours de la force publique à l'autorité de police compétente à Paris.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme B et M. A et à tout occupant de leur chef, de libérer dans un délai de six semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent sans droit ni titre au sein du centre d'hébergement d'urgence Montparnasse sis 23 allée de la 2ème division blindée à Paris (75015).
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à M. D A et au ministre de l'intérieur.
Copie sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.
Fait à Paris, le 20 décembre 2024.
Le juge des référés,
J.P. Séval
La République mande et ordonne au préfet de région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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