jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2432917 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2024, M. G B, représenté par Me Djebri, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 13 décembre 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de mettre fin aux mesures de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure d'adoption de la décision attaquée a porté atteinte à la confidentialité des éléments d'information de la demande d'asile en raison des conditions de transmission tant du compte-rendu d'entretien de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que de la décision attaquée permettant à des personnes non habilitées d'en prendre connaissance ;
- les conditions matérielles de déroulement de l'entretien sont la cause du caractère peu détaillé et étayé de ses allégations concernant ses craintes en cas de retour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que pour contrôler le caractère manifestement infondé de la demande d'asile, le ministre de l'intérieur ne peut apprécier la crédibilité du récit fait par le demandeur ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisque sa demande n'est pas manifestement infondée ;
- elle méconnaît les articles L. 352-1 et L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute pour l'OFPRA d'avoir pris en compte sa vulnérabilité ;
- la décision fixant le pays de réacheminement méconnaît l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le principe de non-refoulement des réfugiés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2024, le ministre de l'intérieur, représenté par la SCP Saidji et Moreau, conclut au rejet de la requête ; il fait valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951 ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rezard conformément à l'article R. 922-17 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, magistrat désigné ;
- les observations de Me Djebri, représentant M. B, et de M. B, assisté de M. D, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens. Il soutient, en outre, que la décision attaquée est insuffisamment motivée et porte atteinte à l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- et les observations de Me Ben Hamouda, représentant le ministre de l'intérieur.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, né le 14 mai 1990, a atterri à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle le 11 décembre 2024, accompagné de son épouse, Mme F E née le 17 mai 1994, et de leurs enfants mineurs, C B et A B, nés le 17 mai 2017 et le 28 mars 2019, en provenance d'un vol n° MU553 depuis la Chine, et a sollicité le statut de réfugié le 12 décembre 2024. Par une décision du 13 décembre 2024, le ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire français au titre de l'asile. M. B en demande l'annulation.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". M. B a été assisté par un conseil commis d'office lors de l'audience publique. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, en vertu de l'article L. 352-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les décisions de refus d'admission sur le territoire français au titre de l'asile doivent être motivées. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise les textes applicables à la situation de M. B, notamment la convention relative au statut des réfugiés et les articles L. 351-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle comporte en outre les considérations de fait sur lesquelles le ministre de l'intérieur s'est fondé pour refuser son admission sur le territoire au titre de l'asile tenant à l'absence de crédibilité de sa demande en ce qui concerne les risques auxquels il ferait face en cas de retour dans son pays. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme étant infondé.
4. En deuxième lieu, la confidentialité des éléments d'information détenus par l'Office français de protection des réfugiés et des apatride (OFPRA) relatifs à la personne sollicitant en France la qualité de réfugié constitue à la fois une garantie essentielle du droit constitutionnel d'asile et une exigence découlant de la convention de Genève relative au statut des réfugiés. Il en résulte notamment que seuls les agents habilités à mettre en œuvre le droit d'asile peuvent avoir accès à ces informations. Si M. B soutient que la décision attaquée a méconnu ce principe, il ne ressort pas des pièces du dossier que les éléments d'informations détenus par l'OPFRA le concernant auraient été communiqués à d'autres personnes qu'aux agents du ministère de l'intérieur chargés de se prononcer, au vu de l'avis rendu par l'OFPRA, sur le caractère manifestement infondé de sa demande d'asile et qui, dans cette mesure, sont appelés à mettre en œuvre le droit d'asile. Dès lors, le moyen est infondé et doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d'asile, il est informé sans délai, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, de la procédure de demande d'asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande () ". Aux termes de l'article L. 352-2 du même code : " () la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis () dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V () "
6. M. B soutient que les conditions matérielles de l'entretien avec l'officier de protection de l'OFPRA ne lui ont pas permis d'être aussi convaincant que si cet entretien s'était déroulé selon la procédure normale, en raison notamment du caractère directif de l'interrogatoire et des erreurs d'interprétariat qui sont possibles et faute d'avoir pu préparer l'entretien et rassembler des pièces dans la perspective de sa tenue. Toutefois, cet entretien n'avait pas pour objet d'apprécier s'il était fondé à bénéficier d'une protection internationale mais seulement à contrôler si sa demande d'asile présentait ou non un caractère manifestement infondé. A cet égard, il ressort des mentions figurant dans le compte-rendu de l'entretien que l'intéressé a pu fournir, en réponse aux questions de l'officier de protection, les précisions utiles à l'examen de sa situation afin de permettre à l'OFPRA puis à l'autorité administrative de se prononcer sur cette question. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté comme étant infondé.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 351-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute personne intervenant en zone d'attente peut signaler au responsable de la zone d'attente ou à son représentant la situation de vulnérabilité d'un demandeur d'asile qu'elle aurait constatée, ou dont le demandeur d'asile aurait fait état () " Aux termes de l'article L. 531-10 du même code : " Pendant toute la durée de la procédure d'examen de la demande, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut définir les modalités particulières d'examen qu'il estime nécessaires pour l'exercice des droits d'un demandeur en raison de sa situation particulière ou de sa vulnérabilité. / Pour l'application du premier alinéa, l'office tient compte des informations sur la vulnérabilité du demandeur () dont il peut seul avoir connaissance au vu de la demande ou des déclarations de l'intéressé. () ".
8. Si le requérant soutient qu'il n'a pas été tenu compte de sa vulnérabilité, il n'allègue ni ne justifie avoir fait état de celle-ci auprès des agents du ministre de l'intérieur ou de l'officier de protection de l'OFPRA. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative, qui a eu connaissance du compte rendu de l'entretien mené par l'officier de protection de l'OFPRA, se serait abstenue de prendre en compte la vulnérabilité dont aurait fait preuve M. B avant de se prononcer sur le caractère manifestement infondé de sa demande d'asile. Par suite, son moyen doit, en tout état de cause, être écarté comme étant infondé.
9. En cinquième lieu, aux termes de de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande à entrer en France au titre de l'asile peut être placé en zone d'attente () pour vérifier : () / 3° () si sa demande n'est pas manifestement infondée. " Aux termes de l'article L. 352-1 du même code : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. "
10. Il résulte de ces dispositions que le ministre de l'intérieur peut refuser à un étranger l'entrée sur le territoire national en raison du caractère manifestement infondé de sa demande d'asile présentée aux frontières lorsque les déclarations de celui-ci, et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les craintes de persécutions ou d'atteintes graves alléguées par l'intéressé au titre de l'article 1er A (2) de la convention de Genève relative au statut des réfugiés ou de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la protection subsidiaire.
11. D'une part, il résulte des dispositions précitées que le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur de droit en appréciant la crédibilité des déclarations faites par le requérant afin de se prononcer sur le caractère manifestement infondé de sa demande d'asile.
12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu de l'entretien avec l'officier de protection de l'OFPRA, que le requérant allègue avoir eu une rixe l'ayant grièvement blessé avec une bande de trafiquants de stupéfiants liés à son frère en 2019, à la suite de quoi il a été emprisonné dix jours et, en raison de sa proximité supposée avec son frère, a été l'objet de menaces réitérées de la part des membres de la bande, jusqu'à ce qu'il quitte la Tunisie pour les Etats-Unis le 21 décembre 2021, d'où il aurait appris sa condamnation à une peine de six mois d'emprisonnement pour un motif fallacieux. Il indique que sa famille a continué après son départ à être menacée par ce groupe, malgré son déménagement. Toutefois, il n'a pu apporter, en réponse aux questions posées en ce sens par l'officier de protection, aucune indication sur la cause de l'hostilité persistante des membres de la bande de trafiquants à son encontre ou celle de sa famille alors qu'il n'a plus jamais revu son frère et qu'il a, pour sa part, quitté la Tunisie deux ans après la rixe et il y a désormais près de trois ans. Dans ces conditions, en estimant manifestement infondée la demande d'accès au territoire français au titre de l'asile, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen doit donc être écarté.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " Aucun des Etats Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 2 de la même convention : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () " Enfin, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () "
14. Si la décision attaquée indique que le requérant sera réacheminé vers tout pays où il sera légalement admissible, le ministre de l'intérieur ne justifie pas que l'intéressé serait légalement admissible ailleurs que dans son pays d'origine. Cependant, ainsi qu'il a été dit au point 12, le requérant ne justifie pas être visé par une menace grave, directe et individuelle contre sa vie ou sa personne ou contre ses enfants en cas de retour en Tunisie. Par suite, en considérant que la demande d'asile de M. B était manifestement infondée et en décidant qu'il serait réacheminé vers son pays d'origine, le ministre de l'intérieur n'a méconnu ni le principe de prohibition du refoulement des réfugiés, ni le droit de ne pas faire l'objet de traitements inhumains ou dégradants garanti par les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Ces moyens ne peuvent dès lors qu'être écartés comme étant infondés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G B et au ministre de l'intérieur.
Décision rendue le 19 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
A. Rezard
La greffière,
A. Heeralall
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026