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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2432924

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2432924

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2432924
TypeDécision
Avocat requérantLENGRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 décembre 2024 et le 3 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Lengrand, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 1er novembre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer une carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour d'au moins six mois l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 du 10 juillet 1991.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'urgence est établie ; il se trouve en situation irrégulière et risque par conséquent de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ; l'autorisation provisoire de séjour lui ayant été délivrée par la préfecture de police le 19 décembre 2024 n'étant valable que trois mois, il se trouve en situation de précarité, ne pouvant travailler, et ne disposant pas, dès lors, de ressources financières pour subvenir aux besoins de sa famille ; l'autorisation provisoire de séjour lui ayant été délivrée le 19 décembre 2024 ne le prévoyant pas, il ne peut bénéficier du maintien de ses droits sociaux précédemment obtenus du fait de la délivrance de son premier titre de séjour ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ; elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 424-3 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2025, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au non-lieu à statuer.

Il soutient que, le requérant s'étant vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande, régularisant son séjour et valable jusqu'au 18 mars 2025, la requête est devenue sans objet en cours d'instance.

Vu :

- la requête enregistrée sous le n° 2432928 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 3 janvier 2025 en présence de Mme Louart, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Aubert, juge des référés ;

- les observations de Me Lengrand, représentant M. A, soutenant, d'une part, que l'autorisation provisoire de séjour lui ayant été délivrée le 19 décembre 2024 ne le prévoyant pas, il ne peut bénéficier du maintien de ses droits sociaux précédemment obtenus du fait de la délivrance de son premier titre de séjour, d'autre part, qu'au regard de la durée de validité courte du document provisoire de séjour délivré par la préfecture de police, il lui est impossible de trouver un emploi dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée ou déterminée ;

- les observations de Me Faugeras, substituant Me Termeau, représentant le préfet de police, soutenant que la requête est entachée d'irrecevabilité, n'étant, d'une part, dirigée contre aucune décision de refus de titre de séjour, la situation du requérant ayant été régularisée par la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour le 19 décembre 2024, et ne caractérisant, d'autre part, aucune situation d'urgence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique, puis reportée au 7 janvier 2025 à douze heures par une ordonnance du 3 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de cet article et eu égard à l'urgence à statuer, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de référé :

3. M. B A, ressortissant ivoirien né le 1er octobre 1988, a sollicité la délivrance d'une carte de résident portant la mention " parent d'enfant reconnu réfugié " par une demande déposée le 27 août 2024. Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de suspendre l'exécution de la décision implicite du 1er novembre 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande.

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

6. Eu égard à la situation personnelle de M. A, qui ne dispose d'aucun document provisoire de séjour de plus de trois mois ouvrant droit aux prestations sociales, ce qui le place dans une situation sociale très précaire, notamment au regard de la composition de sa cellule familiale, qui comporte quatre enfants âgés de sept mois à sept ans, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

7. En l'état de l'instruction, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation du requérant et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 424-3 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée. Dès lors, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

8. Compte tenu de ce qui est dit au point 6, il y a lieu, à titre provisoire et conservatoire, d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A une carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Lengrand, sous réserve que celle-ci renonce à la part contributive de l'Etat. Dans l'hypothèse où M. A ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle définitive, l'Etat lui versera cette somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1 : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 1er novembre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à M. A une carte de résident est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A, à titre provisoire et conservatoire, une carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Me Lengrand une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En cas de rejet définitif de sa demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Lengrand et au ministre de l'intérieur.

Copie sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 7 janvier 2025.

La juge des référés,

S. AUBERT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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