mercredi 29 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2433073 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CASAGRANDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 23 janvier 2025, Mme B A, représentée par Me Casagrande, demande, dans le dernier état de ses écritures, à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " reconnue réfugiée " avec une autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la qualité de réfugiée lui a été reconnue, qu'elle est fondée à solliciter la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, qu'une simple attestation ne permettant pas de justifier de son droit au séjour et de son droit au travail lui a été délivrée, qu'elle est empêchée d'accomplir de nombreux actes de la vie courante, de travailler ou de communiquer cette attestation aux différents organismes sociaux et qu'elle risque de faire l'objet d'une retenue administrative pour vérification de son droit au séjour en cas de contrôle d'identité ;
- la mesure demandée est utile, dès lors qu'elle a déposé sa demande de titre de séjour le 17 octobre 2024, qu'elle est dépourvue de document permettant de justifier de la régularité de son séjour sur le sol français alors même qu'elle est réfugiée, qu'elle est dans l'impossibilité absolue de faire valoir ses droits et qu'elle a vainement tenté de contacter à plusieurs reprises les services de la préfecture par l'intermédiaire de son conseil ;
- la demande ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative ;
- un récépissé lui a été remis portant la mention " A demandé la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention ''membre de famille du protégé subsidiaire'' ", lequel ne correspond pas à sa situation administrative puisqu'elle a été reconnue refugiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2025, le préfet de police conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête et au rejet des conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'intéressée est invitée à se présenter le 22 janvier 2025 à 11 heures à la préfecture de police en vue de la prise de ses empreintes, étape nécessaire pour permettre de finaliser l'instruction de sa demande de titre de séjour, et la délivrance d'un récépissé l'autorisant à travailler ;
- un problème technique ne permet pas de lui délivrer une autorisation de prolongation d'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Par une décision du 31 décembre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle, Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Marzoug, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 5 avril 2006, s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 juillet 2024. Le 17 octobre 2024, Mme A a déposé une demande de titre de séjour et s'est vu remettre une confirmation de dépôt d'une première demande de titre de séjour, laquelle " ne constitue pas une preuve de régularité du séjour et ne permet pas l'ouverture de droits associés à un séjour régulier ". Mme A demande à la juge des référés, saisie sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " reconnue réfugiée " assorti d'une autorisation de travail.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande et de lui remettre un récépissé.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le 22 janvier 2025, le préfet de police a délivré à Mme A un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 21 juillet 2025, lequel autorise son séjour en France et l'autorise à travailler. Par suite, en dépit du fait que ce récépissé comporte la mention " a demandé la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention ''membre de famille du protégé subsidiaire'' ", alors que l'intéressée s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée, la condition d'urgence exigée par les dispositions de de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut être regardée, à la date de la présente ordonnance, comme étant remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais d'instance ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Casagrande et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 29 janvier 2025.
La juge des référés,
Signé,
S. Marzoug
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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