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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2433240

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2433240

mercredi 5 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2433240
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantVANNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2024, M. C E, représenté par Me Vannier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir les arrêtés du 10 août 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 2 ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou directement à son profit en cas de rejet de sa demande d'aide.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le prénom, nom et qualité du signataire sont illisibles ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car il n'a pas pu être entendu en violation d'un principe général du droit de l'Union européenne ;

- il repose sur des faits matériellement inexacts car il est entré régulièrement en France et le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 611-1 et de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus de départ volontaire ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le prénom et nom du signataire sont illisibles ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article 7 de la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008 et les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste s'agissant de la menace à l'ordre public ;

- le préfet a commis une erreur manifeste s'agissant du risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le prénom et nom du signataire sont illisibles ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le prénom et nom du signataire sont illisibles ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision le signalant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le prénom et nom du signataire sont illisibles ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2025, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de procéder à une substitution de base légale.

Il soutient que les moyens présentés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 20 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 février 2025.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Kermiche, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêtés du 10 août 2024, le préfet de police a obligé M. E a quitter le territoire français, a fixé le pays de destination, a prononcé une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 2 ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et a fixé le pays de destination. M. E demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Par décision du 20 novembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. E. Par suite, il n'y a plus lieu de se prononcer sur les conclusions susvisées de la requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués comportent la signature et l'indication, en caractères lisibles, des prénom et nom de l'autorité dont ils émanent. Ces éléments, auxquels il faut ajouter la mention du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière de la préfecture de police et cette dernière dans son en-tête, permettaient au requérant d'identifier sans ambiguïté et, par suite, de vérifier la compétence de leur auteur M. B D. Ce dernier a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du préfet de police, les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué par un arrêté n° 2024-00924 du 8 juillet 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Dans ces conditions, alors même qu'elles ne mentionnent pas la qualité de leur auteur, les décisions en cause ne sauraient être regardées comme étant entachées, au regard des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, d'un vice substantiel de nature à l'entacher d'illégalité ou prises par une autorité incompétente.

4. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté.

5. En troisième lieu, lieu, il ressort de la motivation même des arrêtés attaqués que le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation de M. E.

6. En quatrième lieu, M. E soutient qu'en méconnaissance du droit d'être entendu avant que ne soit prise la décision de l'obliger à quitter le territoire il n'a pas pu faire connaître au préfet ses observations sur la mesure envisagée. Il ne précise toutefois pas les éléments pertinents qu'il aurait pu faire valoir. De plus, il est constant que le requérant a été entendu lors de son interpellation par un officier de police judiciaire le 9 août 2024. Par suite, le moyen sera écarté.

7. En cinquième lieu, M. E soutient que l'arrêté, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire, repose sur des faits matériellement inexacts car il est entré régulièrement en France, et que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 611-1 et de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si M. E justifie dans le cadre de l'instance contentieuse qu'un visa court séjour d'une durée de 3 mois lui a effectivement été délivré en 2024, et qu'il est entré sur le territoire français le 14 février 2024, il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas allégué que le requérant aurait sollicité et obtenu un titre de séjour après l'expiration de son visa le 22 mars 2024. Par suite, le requérant entrait dans le cas prévu par les dispositions du 2° de l'article L. 611-1. A la demande du préfet, ces dispositions peuvent être substituées à celles du 1° de l'article L. 611-1 dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

8. En sixième lieu, M. E soutient que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation car il s'est inséré en France professionnellement et socialement notamment lors de ses séjours précédents entre 2014 et 2016. Toutefois, d'une part, le conseil du requérant n'apporte aucun justificatif tant de ses séjours précédents que de cette intégration. D'autre part, il n'est pas contesté que le requérant n'est entré pour la dernière fois sur le territoire français qu'en février 2024 et qu'il est célibataire et sans enfant. Par suite, ce moyen doit être écarté en ses deux branches.

9. En septième lieu, s'agissant du refus de lui accorder un délai de départ volontaire, M. E soutient que le préfet a commis une erreur manifeste en estimant qu'il constituait une menace pour l'ordre public et qu'il ne justifiait pas de garanties de représentation suffisantes.

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de son interpellation que le requérant a lui-même reconnu avoir présenté un faux document administratif d'accréditation des jeux olympiques. Par suite et nonobstant l'absence de condamnation au jour de l'arrêté attaqué et le fait que le requérant était jusqu'alors inconnu des services judiciaires, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions méconnu les dispositions de l'article 7 de la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008 et les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou aurait commis une erreur en estimant qu'il constituait une menace pour l'ordre public.

11. D'autre part, la seule domiciliation chez son frère à Romainville alors qu'il a déclaré lors de son interpellation être domicilié à Aulnay-sous-Bois ne saurait constituer une résidence effective et permanente au sens des dispositions de l'article R. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, si M. E justifie bien d'un passeport algérien en cours d'identité, il n'est pas contesté qu'il n'a pu le présenter lors de son interpellation. Par suite, il n'est pas plus fondé à soutenir qu'en estimant qu'il ne présentait de garanties de représentation suffisantes, le préfet aurait entaché sa décision d'une seconde erreur manifeste d'appréciation.

12. En huitième lieu, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire, et comme il a été dit aux points précédents, le préfet a pu sans entacher d'illégalité sa décision estimer que la présence de M. E constituait une menace pour l'ordre public et qu'eu égard aux circonstances de l'espèce, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur d'appréciation au motif qu'il est inséré en France professionnellement et socialement.

13. En neuvième lieu, lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ce signalement sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

14. En dernier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant un délai de départ volontaire, celle fixant le pays de destination et celle portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être écartées.

DECIDE

Article 1er : Il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions de M. E tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente ;

- M. Tanzarella Hartmann, conseiller ;

- M. A, magistrat honoraire faisant fonction de premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025.

Le rapporteur

Signé

A. A

La présidente

Signé

E. Topin

La greffière,

Signé

N. Dupouy

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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