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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2433462

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2433462

mercredi 8 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2433462
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de l'arrêté du 2 décembre 2024 par lequel le préfet de police refusait le renouvellement du titre de séjour de M. A, ressortissant malien, en qualité de parent d'enfant français. Le juge a retenu que la condition d'urgence était présumée s'agissant d'un refus de renouvellement et que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était, en l'état, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2024, M. B A, représenté par Me de Sèze, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision de refus de renouvellement de titre de séjour résultant de l'arrêté du 2 décembre 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant du renouvellement d'un titre de séjour et elle est en l'espèce avérée au regard de sa situation professionnelle ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour qui :

.est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen,

.est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 423-7 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

.est entachée d'une erreur de fait dans l'appréciation de la contribution de l'intéressé à l'entretien et à l'éducation de ses enfants français, et notamment du plus jeune d'entre eux,

.méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant,

.est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet de police, représenté par le cabinet Centaure, a produit des pièces qui ont été enregistrées le 6 janvier 2025.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2428853 tendant à l'annulation de l'arrêté dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 7 janvier 2025 en présence de Mme Couturier, greffière d'audience, Mme Weidenfeld a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me De Sèze, avocat de M. A, qui reprend ses écritures et précise que l'ergonomie du site de l'ANEF ne permettait pas de produire les pièces demandées dans le format sollicité ;

- et les observations de Me Ill, avocate du préfet de police de Paris, qui conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés, dans la mesure où l'intéressé n'a pas produit les pièces sollicitées en dépit de plusieurs relances.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de référé :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. Par un arrêté du 2 décembre 2024, le préfet de police a notamment refusé à M. A, ressortissant malien né le 13 décembre 1991, le renouvellement du titre de séjour qu'il lui avait délivré en qualité de parent d'enfant français. M. A demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de cette décision du préfet de police.

3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4. M. A, qui a sollicité le renouvellement du titre de séjour en qualité de parent d'enfant français qui lui avait été délivré le 28 décembre 2021, peut se prévaloir d'une présomption d'urgence et le préfet ne fait état d'aucune circonstance qui y ferait obstacle. Ainsi, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

5. D'autre part, eu égard aux documents versés à l'instance pour justifier de la contribution de l'intéressé à l'entretien et à l'éducation de son fils né le 1er octobre 2023 et titulaire de la nationalité française, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 2 décembre 2024 refusant à M. A le renouvellement de son titre de séjour.

Sur l'injonction :

7. L'exécution de la présente ordonnance implique seulement que préfet de police ou le préfet territorialement compétent procède au réexamen de la demande de M. A de renouvellement de son titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et que, dans l'attente de ce réexamen, il lui délivre un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 2 décembre 2024 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé à M. A le renouvellement de son titre de séjour est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de procéder au réexamen de la demande de M. A de renouvellement de son titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à préfet de police de Paris.

Fait à Paris, le 8 janvier 2025.

La juge des référés,

K. Weidenfeld

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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