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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2433557

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2433557

lundi 5 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2433557
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET QUENNEHEN-TOURBIER (AARPI)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C, ressortissant ivoirien, contestant l'arrêté du préfet de police du 20 novembre 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour de cinq ans. Le tribunal a jugé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée, en droit comme en fait, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur d'appréciation. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant les demandes d'injonction et de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2024, M. A C, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 20 novembre 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2025, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 janvier 2025, la clôture d'instruction a été fixée au

25 février 2025 à 12 heures.

Par une décision du 26 février 2025, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Salzmann a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien, né le 18 octobre 1988, déclare être entré en France le 26 novembre 2018 sous couvert d'un visa D portant la mention " vie privée et familiale ". Le 2 octobre 2023, il a sollicité auprès des services de la préfecture de police un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Par un arrêté du 20 novembre 2024, le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. Il ressort des termes de la décision contestée que celle-ci comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles L. 423-1 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. C, en particulier son nom, prénom, sa date de naissance, sa nationalité, sa date d'entrée en France sous couvert d'un visa D " vie privée et familiale ", l'avis de la commission de titre de séjour du 6 novembre 2024, le fait qu'il a fait l'objet d'une condamnation le 12 mai 2021 par le tribunal correctionnel de Paris à 3 mois d'emprisonnement avec sursis pour violence sur conjoint, qu'il est marié avec une ressortissante française et que son enfant et sa mère résident en Côte d'Ivoire. Si M. C fait valoir que la décision ne mentionne pas la circonstance qu'il exerce une activité professionnelle, cette seule circonstance n'est pas de nature à entacher la décision d'un défaut de motivation. Au demeurant, M. C avait déclaré au préfet de police lors de sa demande de titre de séjour déposée le 2 octobre 2023 n'exercer aucune activité professionnelle et ne justifie pas avoir informé le préfet de ce changement de circonstance postérieurement à sa demande de titre. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour serait insuffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. C déclare être entré en France en 2018 sous couvert d'un visa D portant la mention " vie privée et familiale ". Toutefois, M. C n'apporte, pour attester de sa présence en France depuis 2018, que des éléments datant de l'année 2024, à savoir une facture d'électricité, un avis d'imposition, et des bulletins de paye pour la période allant de septembre à novembre 2024 en tant qu'assistant ménager en contrat à durée indéterminée. En outre, si M. C soutient être marié à une ressortissante française, en se bornant à produire un extrait de mariage célébré entre lui et Mme B en Côte d'Ivoire le 5 mai 2018, il n'établit pas que son épouse serait de nationalité française et aurait vocation à rester en France. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'une condamnation le 12 mai 2021 par le tribunal correctionnel de Paris à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour violence sur conjoint. Au surplus, M. C a déclaré lors de sa demande de titre de séjour avoir son enfant et sa mère en Côte d'Ivoire où il ne conteste pas avoir résidé jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, et malgré les témoignages de ses proches en sa faveur, M. C, qui ne démontre pas avoir l'essentiel de ses liens privés et familiaux sur le territoire français, n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but qu'elle poursuit. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'une condamnation le 12 mai 2021 par le tribunal correctionnel de Paris à trois mois d'emprisonnement avec sursis pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint. Par suite, le préfet de police a pu, sans commettre une erreur d'appréciation, rejeter la demande de titre de séjour de M. C au motif que, compte tenu de la gravité et du caractère récent à la date de la décision contestée de l'infraction commise, sa présence sur le territoire français constitue une menace à l'ordre public. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'il ne constituerait pas une menace à l'ordre public.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

9. Il ressort du point 3 ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. La décision portant obligation de quitter le territoire français qui vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour est dès lors suffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En deuxième lieu, ainsi qu'exposé au point 5, M. C n'établit pas avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but qu'elle poursuit. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ".

12. Il ressort des termes de la décision obligeant M. C à quitter le territoire français que celle-ci a été prise au motif qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour et non sur la circonstance que son comportement constituerait une menace à l'ordre public. Dès lors, M. C ne peut utilement invoquer à l'encontre de cette décision le moyen tiré de l'erreur d'appréciation en ce qu'il ne constituerait pas une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et

L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

14. Il ressort de la décision contestée, qui vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel l'autorité administrative peut refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à l'étranger dont le comportement constitue une menace à l'ordre public et mentionne les faits constitutifs de ce comportement, à savoir la violence sur conjoint pour laquelle M. C a fait l'objet d'une condamnation pénale, ainsi que les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale, que celle-ci comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur laquelle elle se fonde. Si M. C fait valoir que le refus de lui octroyer un délai de départ n'est pas motivé en l'absence de mention sur l'exercice de son activité professionnelle, cette seule circonstance n'est pas de nature à entacher la décision d'un défaut de motivation. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire serait insuffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et

L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. "

16. Il ressort des termes de la décision contestée, qui vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article

L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français a été prise compte tenu de la durée de présence en France de M. C, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire en raison des faits de violence sur conjoint qui ont donné lieu à sa condamnation à une peine de trois mois d'emprisonnement, que celle-ci comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans serait insuffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Tourbier et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

M. Jehl, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2025.

La présidente-rapporteure,

M. Salzmann

L'assesseure la plus ancienne,

E. ArmoëtLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2433557

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