vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2433643 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2024, Mme B, représentée par Me Patureau demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 5 ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris, à titre principal, de lui délivrer, un récépissé autorisant le séjour et le travail dans l'attente du jugement au fond, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de huit jours, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros hors taxe en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur l'urgence :
- elle est présumée en présence d'un refus de renouvellement de titre ;
Sur le doute sérieux :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son auteur ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- la menace à l'ordre public n'est pas établie ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l''article 3-1 de la Convention du 20 novembre 1989 relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnait les articles L 433-4 et L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de police, représenté par Me Tomasi a produit une pièce en défense, enregistrée le 24 décembre 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le sous le numéro 2433640 laquelle Mme B demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rivet pour statuer sur les demandes de référé.
Au cours de l'audience publique, tenue le 26 décembre 2024 en présence de Mme Iannizzi , greffière d'audience, Mme Rivet a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Patureau, avocat de Mme B ;
- les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante chinoise, était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " valable du 17 août 2017 au 16 août 2021. Par Jugement n°2224430/1-2 du 07 novembre 2023, le tribunal a annulé la décision implicite par laquelle le préfet de police avait refusé de renouveler ce titre et l'a enjoint de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois. Par un arrêté du 24 octobre 2024, notifié le 27 novembre 2024, le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B, a décidé de l'obliger à quitter le territoire sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. La requérante demandant la suspension de l'arrêté de refus de renouvellement de son titre de séjour qui lui a été opposé et le préfet ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'au moins un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui est entrée en France en 2004 à l'âge
de onze ans, a été titulaire de plusieurs titres de séjour mention " vie privée et familiale ". Ses deux parents, également ressortissants chinois, résident de manière régulière sur le territoire, munis de titre de séjour " vie privée et familiale ". Mme B a suivi l'ensemble de sa scolarité en France et a obtenu en juillet 2015, une licence professionnelle en urbanisme environnement et géomatique. Elle est mariée depuis 8 ans avec M. A, ressortissant chinois titulaire d'un titre de séjour pluriannuel en cours de validité. Le couple est parent de deux enfants nés en France, Emma Lu, née le 30 janvier 2017 et Lucas Lu, né récemment le 28 novembre 2024. Mme B dispose d'un contrat à durée indéterminée depuis le 18 juillet 2015. Le préfet fait valoir à l'audience que Mme B a fait l'objet en 2019 d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Paris à trois ans d'emprisonnement dont deux avec sursis pour un délit financier commis en 2017. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a fait l'objet d'un aménagement de peine et n'a jamais été incarcérée ni soumise au port d'un bracelet électronique. En outre, les faits reprochés à Mme B sont relativement anciens et n'ont pas fait l'objet de réitération. Enfin, la commission du titre de séjour, réunie le 9 octobre 2024 a rendu un avis positif à la délivrance du titre de séjour " vie privée et familiale " à l'intéressée, qui, nonobstant l'épisode pénal sus-mentionné, témoigne d'une très ancienne intégration dans la société française. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de police de Paris a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 5 ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de police de délivrer à Mme B, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité des décisions en litige.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E:
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du préfet de police daté du 24 octobre 2024 portant refus de titre, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pour une durée de 5 ans est suspendu.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de délivrer à Mme B, dans un délai de 8 jours à compter de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité des décisions attaquées.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B et au préfet de police.
Fait à Paris, le 27 décembre 2024.
La juge des référés,
Sabine Rivet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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