jeudi 16 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2433837 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET MVA AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 23 décembre 2024, le 30 décembre 2024 et les 6 et 9 janvier 2025, la société Sotel Interventions et Surveillance, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-13 du code de justice administrative de prononcer la nullité du contrat conclu le 9 décembre 2024 entre l'établissement public du musée de l'Armée et la société Protec Sécurité Privée.
Elle soutient que :
- les dispositions de l'article L. 2141-3 du code de la commande publique ont été méconnues dès lors que la société Protec Sécurité Privée, attributaire du marché, était placée en redressement judiciaire depuis le 27 août 2024 ;
- son offre financière étant mieux-disante, la note de 40/40 attribuée à la société Protec Sécurité Privée n'est pas justifiée ;
- l'appréciation portée par l'établissement public sur les critères techniques de son offre, est erronée : elle n'est ni rigoureuse, ni équitable ;
- l'offre de la société Protec Sécurité Privée a fait l'objet d'une négociation, contrairement à son offre ; en l'écartant des négociations, le pouvoir adjudicateur a créé une rupture d'égalité entre les candidats.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2025, la société Protec Sécurité Privée, représentée par Me Mallet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Sotel Interventions et Surveillance la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2025, l'établissement public du musée de l'Armée, représentée par Me Crespelle, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Sotel Interventions et Surveillance la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens invoqués sont inopérants et en tout état de cause, infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article L. 551-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 10 janvier 2025 à 10h00, en présence de Mme Yahiaoui, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :
- les observations de M. A, représentant la société Sotel Interventions et Sécurité, qui maintient ses conclusions et les moyens soulevés dans la requête ;
- les observations de Me Boucheteil, représentant l'établissement public du musée de l'Armée, qui maintient ses conclusions et explicite les arguments présentés dans les écritures.
- et les observations de Me Mallet, représentant la société Protec Sécurité Privée, qui maintient ses conclusions et explicite les arguments présentés dans les écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux avis d'appel public à la concurrence publiés le 21 juin 2024 au Journal officiel de l'Union européenne et au bulletin officiel des annonces des marchés publics, l'établissement public du musée de l'Armée a lancé une procédure d'appel d'offres ouvert relatif à des prestations de service de surveillance et de gardiennage. Le marché litigieux a pris la forme d'un accord-cadre mutualisé entre le musée de l'Armée et le musée de l'Ordre de la Libération et a été soumis à une procédure de passation adaptée. La société Sotel Interventions et Surveillance a présenté une offre qui a été rejetée par un courrier du 19 novembre 2024. Le marché a été conclu le 9 décembre suivant avec la société Protec Sécurité Privée. Par la présente requête, la société Sotel Interventions et Surveillance demande l'annulation de ce marché.
Sur les conclusions aux fins d'annulation du marché conclu entre l'établissement public du musée de l'Armée et la société Protec Sécurité privée :
2. Aux termes de l'article L. 551-13 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi, une fois conclu l'un des contrats mentionnés aux articles L. 551-1 et L. 551-5, d'un recours régi par la présente section. " Aux termes de l'article L. 551-18 du même code : " Le juge prononce la nullité du contrat lorsqu'aucune des mesures de publicité requises pour sa passation n'a été prise, ou lorsque a été omise une publication au Journal officiel de l'Union européenne dans le cas où une telle publication est prescrite. / La même annulation est prononcée lorsqu'ont été méconnues les modalités de remise en concurrence prévues pour la passation des contrats fondés sur un accord-cadre ou un système d'acquisition dynamique. / Le juge prononce également la nullité du contrat lorsque celui-ci a été signé avant l'expiration du délai exigé après l'envoi de la décision d'attribution aux opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9 si, en outre, deux conditions sont remplies : la méconnaissance de ces obligations a privé le demandeur de son droit d'exercer le recours prévu par les articles L. 551-1 et L. 551-5, et les obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sa passation est soumise ont été méconnues d'une manière affectant les chances de l'auteur du recours d'obtenir le contrat ". Aux termes de l'article L. 551-20 du même code : " Dans le cas où le contrat a été signé avant l'expiration du délai exigé après l'envoi de la décision d'attribution aux opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9, le juge peut prononcer la nullité du contrat, le résilier, en réduire la durée ou imposer une pénalité financière. "
3. Il résulte de ces dispositions que, s'agissant des marchés passés selon une procédure adaptée, qui ne sont pas soumis à l'obligation, pour le pouvoir adjudicateur ou l'entité adjudicatrice, de notifier aux opérateurs économiques ayant présenté une offre, avant la signature du contrat, la décision d'attribution, l'annulation d'un tel contrat ne peut en principe résulter que du constat des manquements mentionnés aux deux premiers alinéas de l'article L. 551-18, c'est-à-dire de l'absence des mesures de publicité requises pour sa passation ou de la méconnaissance des modalités de remise en concurrence prévues pour la passation des contrats fondés sur un accord-cadre ou un système d'acquisition dynamique. Le juge du référé contractuel doit également annuler un marché à procédure adaptée, sur le fondement des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 551-18 du code de justice administrative, ou prendre l'une des autres mesures mentionnées à l'article L. 551-20 dans l'hypothèse où, alors qu'un recours en référé précontractuel a été formé, le pouvoir adjudicateur ou l'entité adjudicatrice n'a pas respecté la suspension de signature du contrat prévue aux articles L. 551-4 ou L. 551-9 ou ne s'est pas conformé à la décision juridictionnelle rendue sur ce référé.
4. En l'espèce, d'une part, la société Sotel Interventions et Sécurité n'a pas formé de référé précontractuel. D'autre part, pour demander l'annulation du marché litigieux, la société requérante soutient que l'établissement public du musée de l'Armée a irrégulièrement apprécié la valeur technique de son offre, a méconnu le principe d'égalité de traitement des candidats, a irrégulièrement attribué le marché à la société Protec Sécurité Privée qui était placée en redressement judiciaire et dont l'offre financière était plus élevée que la sienne. Toutefois, ces manquements ne relèvent d'aucune des hypothèses dans lesquelles le juge du référé contractuel peut exercer son office. Dans ces conditions, l'ensemble des moyens invoqués par la société Sotel doivent être écartés comme inopérants.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société Sotel Interventions et Sécurité tendant à ce que soit prononcée l'annulation du marché doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la société Protec Sécurité Privée.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Sotel Interventions et Sécurité, la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par l'établissement public du musée de l'Armée et la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Protec Sécurité Privée.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Sotel Interventions et Sécurité est rejetée.
Article 2 : La société Sotel Interventions et Sécurité versera à l'établissement public du musée de l'Armée la somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à la société Protec Sécurité Privée la somme de 1 000 (mille) euros au même titre.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Sotel Interventions et Sécurité, à l'établissement public du musée de l'Armée et à la société Protec Sécurité Privée.
Fait à Paris, le 16 janvier 2025.
La juge des référés,
Signé
A. CASTERA
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.