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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2434195

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2434195

lundi 3 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2434195
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantHERVIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Hervieux, demande au tribunal :

1°) son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 4 décembre 2024, par laquelle le préfet de police a porté la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français de vingt-quatre mois à trente-six mois.

3°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision est entachée d'une incompétence de son auteur ;

-la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;

-la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une violation des articles L.612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

-la décision est entachée d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la décision est entachée d'une violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

-la décision méconnaît son état de santé ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu, les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin-Genier,

- les observations de Me Hervieux, représentant M. A

- et le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 28 juillet 1980, demande au tribunal d'annuler la décision du 4 décembre 2024 par laquelle le préfet de police a porté la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français de vingt-quatre mois à trente-six mois.

Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'accorder à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-01258 du 22 août 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le préfet de police a donné à Mme C, attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature des actes attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté.

5. L'arrêté litigieux énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure M. A de discuter les motifs de cette décision et permettre au juge de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de l'intéressé au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Il mentionne notamment que M. A a, le 3 décembre 2024, été signalé pour usage, acquisition détention de produits stupéfiants, allègue être entré en 1999 sur le territoire français, se déclare célibataire avec deux enfants non à charge, a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 28 mai 2024 prise par le préfet de police à laquelle il s'est soustrait et a également fait l'objet d'une interdiction administrative de retour sur le territoire d'une durée de vingt-quatre mois le 18 mai 2024 prise par le préfet de police, enfin qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation manquent en fait et doivent être écartés.

6. Pour le même motif que celui retenu au point 4, le moyen tiré de la violation de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. M. A, est célibataire et sans charge de famille. Il allègue être entré en France en 1999 sans l'établir. Il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas respectée et a déjà fait l'objet d'une interdiction administrative de retour sur le territoire. Dès lors, nonobstant sa volonté alléguée de vouloir sortir de la toxicomanie, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

8. Pour le même motif que celui retenu au point 7, le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

9. Si M. A soutient que son état de santé empêche son éloignement, en tout état de cause, il n'apporte aucune précision sur ce point. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation en raison de son état doit dès lors être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, Me Hervieux et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

P. MARTIN-GENIERLa greffière,

Signé

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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