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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2434258

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2434258

jeudi 2 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2434258
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 décembre 2024, Mme E F, retenue en zone d'attente de l'aéroport d'Orly, représentée par Me Ekani, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté dont elle fait l'objet et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- c'est à tort que le ministre a estimé que sa demande d'asile est manifestement infondée ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 333-3 et L. 351-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2025, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. H à l'effet de statuer sur les recours dirigés contre les décisions de refus d'entrée sur le territoire au titre de l'asile

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. H,

- les observations de Me Ekani, avocat de Mme F, assisté de M. C, interprête en langue dioula, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures, par les mêmes moyens,

- et les observations de Me Ben Hamouda, représentant le ministre de l'intérieur, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures, par les mêmes moyens.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E F, ressortissante de Côte d'Ivoire née le 12 février 1988, demande l'annulation de l'arrêté du 27 décembre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le ministre et par délégation par Mme B A, adjointe à la cheffe du département de la coopération et de la dimension extérieure de l'asile. Par une décision du 30 mai 2023, régulièrement publiée, modifiant la décision du 24 août 2020 portant délégation de signature, Mme A a reçu délégation pour signer au nom du ministre " tous actes, arrêtés, décisions () relevant des attributions du département de l'accès à la procédure d'asile ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ".

4. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

5. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de l'entretien réalisé le 27 décembre 2024, que Mme F, âgé de 36 ans, est née au Soudan et a été confiée très jeune à un couple d'ivoirien chez qui elle vivait encore avant de rejoindre la France. Elle précise qu'elle a souhaité partir car son oncle voulait la marier de force à un homme âgé et l'exciser, comme il l'a fait pour sa sœur, Aminata. Elle indique que son oncle l'a menacée de mort et qu'elle n'a pu obtenir d'aide de personne sur place à part d'une amie qui l'a aidé à partir en France.

6. Toutefois, et comme l'indique le ministre dans l'acte attaqué, le discours de Mme F, impersonnel, est dénué d'éléments circonstanciés. Elle ne précise pas les raisons pour lesquels son oncle a souhaité la marier il y a deux mois, le choix de son prétendant, qu'elle présente seulement comme étant " un vieil homme " et n'explique pas pourquoi elle n'a pu obtenir d'aide de la part de ses parents adoptifs. Enfin, elle n'a pas donné plus d'éléments détaillés au cours de l'audience, reprenant pour l'essentiel ses déclarations de l'entretien du 27 décembre dernier. C'est donc sans méconnaître les dispositions du 3° de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le ministre de l'intérieur a estimé que sa demande d'asile devait être regardée comme étant manifestement infondée. Ce moyen, que la requérante doit être regardée comme soulevant en se prévalant de la méconnaissance des articles L. 333-3 et L. 351-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit donc être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du ministre de l'intérieur du 27 décembre 2024. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

J. H

La greffière,

N. Dupouy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

9. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ".

10. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

11. Il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement de l'entretien réalisé le 27 décembre 2024, que Mme F, mineure âgée de seize ans, est arrivée seule par avion en provenance de la Côte d'Ivoire en vue de demander l'asile. Elle précise que son père souhaite, depuis trois mois, la marier à un homme d'environ 44 ans prénommé Sékou, qui exerce la profession de mécanicien et a déjà deux enfants plus âgés qu'elle. Elle indique également qu'elle faisait tout pour éviter de croiser son futur mari quand il se rendait chez ses parents et qu'en dépit de ses refus répétés, son père, et les frères de celui-ci, demeuraient favorables à cette union. Elle a aussi précisé que son père a menacé de mettre sa mère à la porte si elle continuait de refuser le mariage. Les déclarations de la requérante au cours de cet entrentien, dont le caractère peu détaillés peut s'expliquer par son jeune âge, sont corroborées par ses observations orales au cours de l'audience publique. A cet égard, Mme F a indiqué que Son histoire apparaît ainsi plausible. Par suite, le ministre de l'intérieur, en considérant que la demande d'asile présentée par M. D est manifestement infondée, a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme G est fondée à demander l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 27 décembre 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 352-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Si le refus d'entrée au titre de l'asile et, le cas échéant, la décision de transfert sont annulés, il est immédiatement mis fin au maintien en zone d'attente de l'étranger, qui est autorisé à entrer en France muni d'un visa de régularisation de huit jours. Dans ce délai, l'autorité administrative compétente lui délivre, à sa demande, l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides () ".

14. En vertu des dispositions qui précèdent, il y a lieu de faire droit à la demande de Mme F tendant à enjoindre à l'administration de l'admettre au séjour et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

DECIDE

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur du 27 décembre 2024 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur d'admettre Mme F au séjour et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile lui permettant d'introduire sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA).

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le XX XX 2025.

Le magistrat désigné,

J. H

La greffière,

N. Dupouy

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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