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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2434504

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2434504

mercredi 12 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2434504
TypeDécision
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Riolacci, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés en date du 24 décembre 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de soixante mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des arrêtés dans leur ensemble :

- ces décisions ont été signées par une autorité incompétente.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6.2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6.2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2025, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Charzat en application de l'article L. 922.2 et

R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. Charzat,

- Et les observations orales de Me Riolacci, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 31 décembre 1991 ou le 31 décembre 1997, est entré en France le 17 janvier 2017 selon ses déclarations. Par deux arrêtés du 24 décembre 2024, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de soixante mois. M. B demande l'annulation de ces arrêtés. Le préfet de police a également pris, le 24 décembre 2024, une décision portant assignation à résidence sur le territoire de la Ville de Paris pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, non contestée dans la présente requête.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté n° 2024-01258 du 22 août 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de police a donné délégation à M. C D, attaché d'administration de l'Etat, signataire des arrêtés attaqués, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

4. M. B se prévaut de son activité professionnelle en France et de la présence de son frère sur le territoire français. Il indique qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée dans le domaine de la restauration, en qualité de chef de partie, depuis le 3 mai 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire sans charge de famille en France, ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le requérant a été mis en examen pour des faits de viol commis à Paris le 17 septembre 2023 et écroué le 19 septembre 2023 au centre pénitentiaire de Paris La Santé. Eu égard à la gravité de ces faits, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, le préfet de police aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Le préfet de police n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

5. En second lieu, M. B soutient que la décision attaquée le prive de la faculté de se défendre conformément à ses droits dans le cadre de la procédure dans laquelle il est mis en examen pour des faits de viol, en violation de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, une obligation de quitter le territoire français prononcée par l'autorité administrative à l'encontre d'un étranger placé sous contrôle judiciaire n'a pas pour objet et ne saurait légalement avoir pour effet de soustraire l'intéressé à l'exécution de la mesure de contrôle judiciaire dont il fait l'objet. L'existence d'une mesure de contrôle judiciaire assortie d'une interdiction de quitter le territoire français est par suite sans incidence sur la légalité de l'arrêté ordonnant une obligation de quitter le territoire français, dont l'exécution ne pourra toutefois intervenir qu'une fois cette mesure levée par le juge judiciaire. De surcroît, placé en détention provisoire au centre pénitentiaire Paris La Santé le 19 septembre 2023, M. B a fait l'objet d'une ordonnance de mise en liberté à compter du 27 février 2024 assortie d'une mesure d'assignation à résidence avec surveillance électronique pour une période de six mois à compter du 28 février 2024 prise par un juge d'instruction du tribunal judiciaire de Paris le 23 février 2024. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision en litige dont la légalité s'apprécie à la date de son édiction, soit le 24 décembre 2024, aurait pour conséquence de l'empêcher de respecter les obligations liées à son placement sous contrôle judiciaire.

6. En outre, il résulte des dispositions du code de procédure pénale, notamment des articles 390-1, 410 et 411, que l'exécution de décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français constituent une excuse valable de non-comparution et que l'absence de l'intéressé ne fait pas obstacle à ce que sa défense puisse être valablement assurée par un avocat, que l'affaire soit ainsi jugée contradictoirement et que l'intéressé puisse éventuellement interjeter appel de la décision prise en cas de condamnation. Par ailleurs, M. B dispose de la faculté, sur le fondement de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la condition de justifier résider hors de France, de solliciter de l'autorité administrative à tout moment l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français et de se trouver, alors, le cas échéant, en mesure de demander à être légalement autorisé à revenir en France pour assister à son procès. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être qu'écarté.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de police a considéré que son comportement représentait une menace pour l'ordre public et qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement. D'une part, il résulte de ce qui précède que le comportement du requérant est constitutif d'une menace à l'ordre public. D'autre part, en retenant que le requérant est entré de manière irrégulière sur le territoire français sans ne jamais solliciter des services de la préfecture la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il ne présentait pas de garanties de représentation, en l'absence de présentation de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et de preuve d'une résidence stable et effective, le préfet a suffisamment caractérisé le risque de fuite justifiant le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 26 août 2022, régulièrement notifiée le même jour. Par suite, le moyen d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

8. En l'absence d'allégations quant à un risque en cas de retour dans ce pays, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Il ressort des énonciations de la décision contestée que, pour fixer à cinq ans la durée de l'interdiction de séjour de M. B, le préfet s'est principalement fondé sur la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Une information judiciaire est en cours, le requérant ayant été mis en examen du chef de viol commis le 17 septembre 2023. Par ailleurs,

M. B dispose de la faculté, sur le fondement de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la condition de justifier résider hors de France, de solliciter de l'autorité administrative à tout moment l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français et de se trouver, alors, le cas échéant, en mesure de demander à être légalement autorisé à revenir en France pour assister à son procès. Dans ces conditions, la circonstance qu'une information judiciaire soit en cours contre l'intéressé ne fait pas obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 6 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 12 mars 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

J.M. CHARZATLa greffière,

Signé

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2434504/8

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