vendredi 24 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2500163 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | LACOSTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2025, Mme B A, représentée par Me Lacoste, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 19 juillet 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile dont elle bénéficiait ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir provisoirement les conditions matérielles d'accueil auxquelles elle a droit, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la suspension demandée doit être regardée comme remplie, dès lors que si elle a pu se maintenir, avec sa petite fille âgée de cinq ans, dans la structure d'hébergement pour demandeurs d'asile dans laquelle elle avait été affectée, malgré le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, elle a été informée en décembre 2024 de sa sortie du dispositif et de son orientation vers un hébergement temporaire à Lyon pour une durée de 21 jours, auquel elle a dû renoncer dès lors qu'elle s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 décembre 2024 ;
- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; en effet, la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation, d'une erreur de fait dès lors qu'elle était en rétention à la date à laquelle il lui est reproché de s'être abstenue de se présenter aux autorités et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité et du motif légitime qu'elle avait de ne pas embarquer à destination de l'Autriche le 24 mai 2022.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas caractérisée, dès lors que la décision contestée a été prise il y a plus d'un an et demi et que la requérante s'est elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- il ne peut en tout état de cause plus lui être enjoint de rétablir les conditions matérielles d'accueil de l'intéressée dès lors qu'elle a désormais le statut de réfugiée et n'est plus demandeuse d'asile.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le dossier de la requête au fond enregistrée le 2 octobre 2023 sous le n° 2322660 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fouassier pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 20 janvier 2025, en présence de Mme Doucet, greffière d'audience :
- le rapport de M. Fouassier,
- et les observations de Me Lacoste, représentant Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante nigériane née le 17 février 1999, s'est vu délivrer par la préfecture de police une attestation de demande d'asile en procédure dite " Dublin " le 1er décembre 2021. Le 3 décembre 2021, elle a accepté la proposition de prise en charge qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration au titre des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Par un arrêté en date du 28 décembre 2021, le préfet de police a décidé le transfert de Mme A aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par une décision du 19 août 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de demandeur d'asile qu'elle avait acceptées en décembre 2021 au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités le 24 mai 2022. Par un courriel du 26 juin 2023, elle a demandé au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 19 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile dont elle bénéficiait. Mme A demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 19 juillet 2023, jusqu'à ce que le tribunal statue sur sa demande d'annulation de cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision du 19 juillet 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile dont elle bénéficiait, Mme A soutient que si elle a pu se maintenir, avec sa petite fille âgée de cinq ans, dans la structure d'hébergement pour demandeurs d'asile dans laquelle elle avait été affectée, malgré le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, elle a été informée en décembre 2024 de sa sortie du dispositif et de son orientation vers un hébergement temporaire à Lyon pour une durée de 21 jours, auquel elle a dû renoncer dès lors qu'elle s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 décembre 2024. Il ressort toutefois des pièces du dossier et des précisions apportées à l'audience que si Mme A a été informée d'une réorganisation de l'accueil des demandeurs d'asile et du risque de se voir notifier une décision de sortie, par un courrier de la structure qui l'héberge en date du 3 janvier 2025, il n'a pas été encore mis fin à cet hébergement. Par ailleurs, elle s'est vu proposer un hébergement temporaire à Lyon. Au regard de ces circonstances, et de la perspective d'un jugement dans les prochaines semaines de sa requête au fond, qui sera appelée à l'audience du 13 février 2025, la requérante ne démontre pas que la décision litigieuse préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts. En conséquence, la situation d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut être regardée comme remplie.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions à fin de suspension doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, et les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E
Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Lacoste et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Paris le 24 janvier 2025.
Le juge des référés,
signé
C. FOUASSIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/