vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2501202 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | JOORY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 janvier 2025, Mme A B, représentée par Me Joory, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 8 janvier 2025, par lequel l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII, d'une part, de la rétablir rétroactivement, à compter de la date de cessation des conditions matérielles d'accueil, dans ses droits au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile et de la maintenir au sein de l'hébergement dans lequel elle a été orientée, avec l'ensemble de sa famille, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au directeur général de l'OFII de réexaminer sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à Me Joory en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à défaut, en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de verser à Mme B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, en particulier quant à sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2025, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Vu l'arrêté attaqué ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- La charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- Le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- Le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- Le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié ;
- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- Le code des relations entre le public et l'administration ;
- La loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- Le code de justice administrative.
Vu la décision du président du tribunal désignant Mme Hnatkiw, en application des dispositions de l'article R. 777-3-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 6 février 2025 :
- le rapport de Mme Hnatkiw ;
- les observations de Me Joory, représentant Mme B;
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante afghane, entrée en France le 25 décembre 2024 avec ses deux enfants, a déposé le 8 janvier 2025 une demande d'asile enregistrée en procédure normale. Elle a fait l'objet le 8 janvier 2025 d'une décision du directeur territorial de l'OFII de Paris portant refus des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle a refusé l'orientation en région qui lui a été proposée. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Postérieurement à l'enregistrement de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a refusé le bénéfice de l'aide juridictionnelle à Mme B par une décision du 5 février 2025. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; ().La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. "
4. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes applicables, à savoir les articles L. 551-15, D. 551-17 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne que Mme B a refusé, sans motif légitime, l'orientation en vue de son hébergement qui lui a été proposée le 8 janvier 2025. Elle comporte ainsi, avec suffisamment de précisions, les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a procédé à l'évaluation de la vulnérabilité de Mme B le 8 janvier 2025 lors d'un entretien réalisé en présence d'un interprète, au cours duquel l'intéressée n'a déclaré aucun besoin d'adaptation particulier et n'a fait part d'aucun problème médical, y compris d'ordre psychologique. De surcroît, la requérante est venue rejoindre son mari, bénéficiaire de l'asile depuis le 20 juin 2023 et disposant d'un travail en France. Dans ces conditions, l'OFII, qui a ainsi procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B, n'a pas fait une appréciation erronée de sa vulnérabilité.
6. Il est constant que Mme B a refusé la proposition d'orientation en région Nouvelle-Aquitaine et l'hébergement proposé à Bidos. Dans ces conditions et alors que l'intéressée a indiqué pouvoir être hébergée chez son mari avec ses enfants, elle ne justifie pas d'un motif légitime de refus de la proposition faite par l'OFII. Le directeur général adjoint de l'OFII n'a donc pas fait une inexacte application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant pour ce motif le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 552-8 du même code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ".
8. Si Mme B ne conteste pas avoir refusé l'orientation en région qui lui a été proposée le 26 novembre 2024, elle fait valoir que l'offre de prise en charge qui lui a été faite ne tient pas compte des besoins et de la vulnérabilité de sa famille, dès lors que l'hébergement proposé était situé à Bidos, en Pyrénées-Atlantiques, alors que son époux réside et travaille en région parisienne. Il résulte toutefois des pièces du dossier que l'entretien de vulnérabilité réalisé le 8 janvier 2025 n'a mis en lumière aucune circonstance particulière de vulnérabilité et que la requérante a certifié avoir été informée dans une langue qu'elle comprend des conditions et des modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, et alors que M. B et sa famille vivent séparés depuis plusieurs années, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît pas davantage les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur de droit, du défaut de prise en compte de la vulnérabilité de Mme B et de sa famille et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du directeur général adjoint de l'OFII du 8 janvier 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées. L'OFII n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle provisoire de Mme B.
Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Joory.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.
La magistrate désignée,
Signé
C. HNATKIWLa greffière,
Signé
A. LANCIEN
La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026