jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2501785 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Morel, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de la décision du 26 novembre 2024 par laquelle le préfet de police a refusé le renouvellement de son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation administrative en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir.
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
-l'urgence est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement ; en outre, le requérant est en situation régulière depuis avril 2016 et justifie d'une activité professionnelle constante, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée et d'une activité d'autoentrepreneur à laquelle il doit mettre fin.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
-elle est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen complet et sérieux ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'élément permettant de vérifier l'existence et la régularité de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que la compétence des médecins signataires ;
-elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est cru en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour et en présence d'une erreur de fait sur sa date d'entrée en France ;
-elle méconnaît l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, en particulier, en raison de l'indisponibilité du médicament " Odefsey" au Cameroun et de l'impossibilité de lui administrer un traitement de substitution ;
-elle méconnaît les article 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Le 31 janvier 2025 , le préfet de police, représenté par Me Tomasi, a produit des pièces en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro n° 2500889 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 3 février 2025, en présence de Mme Fleury, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :
-les observations de Me Morel, représentant M. A, en sa présence, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que sa requête ;
- et les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête, en relevant que les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant estimé que le traitement pris par l'intéressé était disponible au Cameroun, cette affirmation ne peut être remise en doute.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais né le 17 juin 1975, est entré en France en 2015 et a obtenu l'année suivante un titre de séjour pour soins, régulièrement renouvelé. Sa demande de renouvellement de ce titre de séjour a été rejetée par le préfet de police par un arrêté du 26 novembre 2024 dont il demande la suspension de l'exécution.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée en cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour.
6. Par la décision contestée, le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour délivré à M. A en qualité d'étranger malade. L'urgence est donc présumée. Par ailleurs, le requérant justifie d'une activité professionnelle dont la poursuite peut être mise en péril par la décision attaquée. Par suite, la condition d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
7. Aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables au litige : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () "
8. Pour refuser le renouvellement du titre sollicité, le préfet de police s'est fondé sur l'avis, en date du 26 décembre 2023, du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) indiquant que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, le requérant produit des pièces mentionnant l'indisponibilité du médicament Odefsey qui lui est prescrit, sans que sa substituabilité ne soit ni établie ni même alléguée. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le requérant ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Cameroun en méconnaissance de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, M. A est fondé à prétendre à la suspension de l'exécution de la décision du préfet de police en date du 26 novembre 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Compte tenu des motifs énoncés ci-dessus, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de quatre mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.
Sur les frais du litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1 : L'exécution de la décision du préfet de police en date du 26 novembre 2024 refusant le renouvellement du titre de séjour à M. A est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de quatre mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 6 février 2025.
La juge des référés,
Mme C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2425601