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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2502038

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2502038

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2502038
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 janvier et 5 février 2025, M. F G, retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes, représenté par Me Berdugo (cabinet Koszczanski et Berdugo) demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2025 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ainsi que l'arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

- ces décisions sont signées par une autorité incompétente ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tenant à la violation de son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tenant à la violation de l'article R. 40-38-7 du code de procédure pénale dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet aurait saisi le procureur de la République pour complément d'information avant de lui opposer le signalement figurant au fichier automatisé des empreintes digitales dit B ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est entré régulièrement en France sous couvert de son passeport en cours de validité et qu'en raison de sa nationalité, il était dispensé de visa pour un séjour de moins de quatre-vingt-dix jours ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il justifie d'un passeport en cours de validité et d'un domicile stable ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires qui auraient dû justifier que le préfet s'abstienne de prendre une telle mesure.

Le préfet de police a produit les pièces de la procédure le 6 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne C-383/13 du 10 septembre 2013, C-166/13 du 5 novembre 2014 et C-249/13 du 11 décembre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët,

- les observations de Me Berdugo, représentant M. G, assisté de M. C, interprète en espagnol, qui persiste dans ses écritures et insiste notamment, d'une part, sur la disproportion des moyens mis en œuvre au regard de l'absence de gravité des faits reprochés au requérant, qui sont de surcroît contestés, d'autre part, sur la présence à l'audience de son employeur qui est également son hébergeant, enfin, sur la présence en France de tous les membres de sa famille. Il soutient, en outre, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois est disproportionnée au regard des critères prévus par la loi dès lors que le requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public, n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et justifie d'une résidence ancienne en France aux côtés de tous les membres de sa famille dont son épouse et un enfant mineur scolarisé ;

- et les observations de Me Rannou, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés eu égard aux bases légales des décisions attaquées. A cet égard, il relève, d'une part, que le requérant ne justifie pas d'une entrée régulière en France et n'était, en tout état de cause, pas dispensé de visa pour un séjour de plus de trois mois en France alors qu'il n'a fait aucune démarche pour obtenir un titre de séjour. D'autre part, il fait valoir qu'aucune des décisions attaquées n'est fondée sur la seule menace à l'ordre public et, qu'en tout état de cause, les faits reprochés à l'intéressé sont suffisamment établis et sont constitutifs d'une telle menace. Enfin, il fait valoir que le droit d'être entendu a été respecté dès lors que le préfet de police, qui a eu connaissance des deux auditions du requérant, a été informé de sa situation personnelle.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant péruvien né le 22 juillet 1988, est entré en France, selon ses déclarations, au mois d'octobre 2019. Le 21 janvier 2025, il a été interpellé par les services de police, dans le cadre d'une enquête pour des faits d'agression sexuelle commis le 22 octobre 2024 dans les transports en commun. Par un arrêté du 22 janvier 2025, le préfet de police lui a fait obligation à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par un arrêté du même jour, le préfet de police lui a également fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois. Par la présente requête, M. G demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées :

2. Les arrêtés attaqués ont été signés par Mme E D, attachée d'administration de l'Etat placée sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, qui disposait d'une délégation à cet effet du préfet de police consentie par un arrêté n° 2025-00002 du 2 janvier 2025 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2025-005 de la préfecture de Paris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

4. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que le requérant, qui ne peut justifier d'un titre de séjour pour se maintenir sur le territoire français, est dépourvu de passeport et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français. De plus, la décision litigieuse précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il déclare vivre en concubinage avec une étrangère en situation irrégulière et être père d'un enfant à charge sans en justifier et que la cellule familiale peut se reconstituer dans son pays d'origine. Enfin, la décision retient que l'intéressé ne dispose pas d'un droit au séjour sur le territoire français au titre de sa durée de présence en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France ou de considérations humanitaires. Par suite, cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à l'examen de la situation de M. G avant de lui faire obligation de quitter le territoire français.

6. En troisième lieu, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, notamment par son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, les auteurs de la directive du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014 visés ci-dessus, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de sa première audition par les services de police le 21 janvier 2025, M. G a été entendu sur son identité, y compris son adresse, sa situation maritale et familiale, ainsi que sur sa situation administrative, notamment sur ses conditions d'entrée et de séjour en France depuis le mois d'octobre 2019. Il a également, à cette occasion, été interrogé sur son intention de rester en France, sur son état de santé, sur sa situation professionnelle et sur les membres de sa famille. Il ressort ainsi des pièces du dossier que le requérant a pu porter à la connaissance de l'administration tous les éléments qu'il entendait faire valoir pour influer sur le sens de la décision litigieuse, en l'occurrence sa résidence en France depuis octobre 2019, la présence en France de sa femme, de leur enfant mineur scolarisé, de ses parents et d'une sœur, l'exercice d'une activité professionnelle par chacun des membres du couple et l'intention de solliciter la régularisation de son épouse qui travaille de façon déclarée. Par suite, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu, garanti par le droit de l'Union européenne, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, M. G soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où le préfet de police aurait, pour caractériser la menace qu'il représenterait pour l'ordre public, irrégulièrement procédé à la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales (B), en violation de l'article R. 40-38-7 du code de procédure pénale. Toutefois, outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée sur l'existence d'une menace à l'ordre public, il ressort, en tout état de cause, des pièces du dossier que le préfet de police a eu connaissance des faits pour lesquels M. G a été interpellé et placé en garde à vue, dans le cadre d'une enquête de police faisant suite à un dépôt de plainte et non par la seule consultation des données figurant au B. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".

11. Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier plus largement le droit au séjour de l'étranger au regard des informations en sa possession résultant en particulier de l'audition de l'intéressé, compte tenu notamment de la durée de sa présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un droit au séjour, une telle vérification constituant ainsi une garantie pour l'étranger.

12. En l'espèce, la décision attaquée mentionne notamment les conditions d'entrée en France du requérant ainsi que sa situation familiale, et conclut que l'intéressé ne dispose pas d'un droit au séjour sur le territoire français au titre de sa durée de présence en France, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France ou de considérations humanitaires. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a vérifié, avant de prendre la décision attaquée, compte tenu des informations en sa possession et, notamment, des éléments recueillis lors de l'audition du requérant évoquée au point 8 ci-dessus, si ce dernier pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour ou, à défaut, faisait état de circonstances humanitaires justifiant qu'il se voie délivrer un tel titre. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En sixième lieu, M. G soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait au regard des dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'en qualité de ressortissant péruvien il était dispensé de visa pour entrer sur le territoire français. Toutefois, le requérant, qui produit seulement une copie du passeport qui lui a été délivré le 22 août 2023, n'apporte aucun élément permettant d'établir les conditions dans lesquelles il est entré en France au mois d'octobre 2019. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté. Au surplus, comme le préfet de police l'a relevé à l'audience, il est constant que le requérant s'est maintenu sur le territoire français sans solliciter un titre de séjour à l'expiration de la période de trois mois prévu au 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée aurait donc pu, en tout état de cause et au surplus, être prise sur ce fondement.

14. En septième lieu, si le requérant soutient que le préfet de police a commis une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise pour ce motif.

15. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En outre, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

16. Si le requérant soutient résider en France depuis le mois d'octobre 2019, son séjour était, en tout état de cause, relativement récent à la date de l'arrêté attaqué du 22 janvier 2025. En outre, il ne produit aucune pièce permettant de justifier la réalité et la stabilité de l'activité professionnelle dont il se prévaut. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que son épouse, qui se trouve également en situation irrégulière, vit en France à ses côtés depuis le mois de mai 2022, soit depuis seulement deux ans et demi. De même, l'enfant du couple, qui est âgé de huit ans, est né et a vécu au Pérou avant d'être scolarisé en France à compter seulement de l'année scolaire 2022-2023. Enfin, si le requérant soutient que toutes ses attaches familiales se trouvent désormais sur le territoire français, d'une part, il ne justifie pas que sa mère, dont il indique qu'elle vit en France depuis quelques mois, serait en situation régulière, d'autre part, il a déclaré, lors de son audition, qu'une seule de ses sœurs réside en France. Dans ces conditions, la seule circonstance que l'épouse du requérant exerce une activité professionnelle déclarée, mais sans titre de séjour et de travail, depuis deux ans et demi n'est pas de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays dont le requérant et son épouse ont la nationalité. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou une atteinte à l'intérêt supérieur de son fils mineur, en violation des stipulations citées au point 15 du présent jugement.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. G en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

19. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

20. En premier lieu, la décision attaquée, qui se réfère aux articles L. 612-2 et L. 612-3 précités, indique que le comportement de M. G a été signalé par les services de police le 21 janvier 2025 pour des faits constitutifs d'une menace pour l'ordre public d'agression sexuelle, commis à Paris le 22 octobre 2024. En outre, la décision retient qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet dès lors qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Enfin, la décision attaquée indique qu'il n'existe aucune circonstance particulière de nature à remettre en cause la réalité du risque de fuite. Par suite, cette décision, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

21. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à l'examen de la situation de M. G avant de refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.

22. En troisième lieu, d'une part, le requérant ne peut, en tout état de cause, pas utilement se prévaloir, pour contester la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire qui est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 et du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées au point 19 du présent jugement, de la circonstance qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et du fait qu'il possède un passeport et un domicile stable. D'autre part, si le requérant conteste les faits d'atteinte sexuelle avec surprise pour lesquels il a fait l'objet d'un dépôt de plainte et il est convoqué à une audience du tribunal correctionnel de Paris le 2 avril 2026 à 9 heures, il résulte, en tout état de cause, de l'instruction que le préfet de police aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur le motif, qui n'est pas matériellement inexact ainsi qu'il a été dit au point 13 ci-dessus, tenant à l'entrée irrégulière en France de l'intéressé, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois :

24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

25. D'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ressort des pièces du dossier que le requérant a nié avoir intentionnellement commis les faits d'atteinte sexuelle avec surprise qui lui sont reprochés, consistant à avoir passé la main sur les parties intimes d'une jeune femme dans un transport en commun le 22 octobre 2024. En outre, il est constant que le comportement du requérant n'avait fait l'objet d'aucun autre signalement particulier avant la procédure pénale qui a été engagée à son encontre. Dans ces conditions, et alors de surcroît que le requérant est convoqué devant le tribunal correctionnel le 2 avril 2026, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. D'autre part, il est constant que M. G n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement. Enfin, en dépit du maintien en situation irrégulière du requérant et de son épouse, il ressort des pièces du dossier que le requérant réside en France avec sa famille et que son enfant mineur y est scolarisé depuis près de trois ans. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que le préfet de police a commis une erreur d'appréciation en fixant la durée de l'interdiction de retour en France à trente-six mois.

26. Il résulte de ce qui précède que M. G est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 22 janvier 2025 portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cet arrêté.

Sur l'injonction :

27. Le présent jugement, qui annule uniquement la décision d'interdiction de retour sur le territoire français et rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, n'implique pas nécessairement que le préfet de police procède au réexamen de la situation du requérant et lui délivre une autorisation provisoire de séjour et de travail. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. G ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

28. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de police du 22 janvier 2025 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. G une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F G et au préfet de police.

Décision rendue le 7 février 2025.

La magistrate désignée,

Signé

E. ARMOËTLa greffière,

Signé

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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07/04/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

07/04/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

07/04/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511

Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.

03/04/2026

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