mardi 4 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2502654 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 30 et 31 janvier 2025 et les 3 février et 4 février 2025, M. A B, représenté par Me Renaud, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre à l'autorité française présente en République du Congo, après avis du ministère des affaires étrangères, de le convoquer aux fins de délivrance d'un laissez-passer consulaire, et d'enjoindre à la même autorité qu'elle lui garantisse de rentrer en France, pays où il réside régulièrement et a vocation à demeurer dans un délai de 48 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, hors taxes, à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, à défaut d'octroi du bénéfice de l'aide juridictionnelle, de condamner au versement de cette somme au profit du requérant lui-même.
Le requérant soutient que :
- la condition d'urgence propre à l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie dès lors que la situation conduit à l'absence de mise en place de démarches tendant à la délivrance d'un laissez-passer lui permettant de retourner en France ;
- la situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit de mener une vie privée et familiale normale, à son droit à la libre circulation et à sa liberté d'aller et venir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2025, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2004-1543 du 30 décembre 2004 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ladreyt pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 février 2025, en présence de Mme Fleury, greffière d'audience :
- le rapport de M. Ladreyt, juge des référés ;
- les observations de Me Benifla, substituant Me Renaud, avocat de M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, Me Benifla précisant que la somme demandée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est de 1 200 euros toutes taxes comprises.
- le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été enregistrée le 4 février 2024 pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo (RDC) né le 2 février 1969, est reconnu réfugié en France. A ce titre il a été mis en possession d'une carte de résident valable du 22 septembre 2016 au 21 septembre 2026. Par la présente requête, M.B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint à l'autorité française présente en République du Congo (Congo Brazaville), après avis du ministère des affaires étrangères, de le convoquer aux fins de délivrance d'un laissez-passer consulaire, et d'enjoindre à cette même autorité qu'elle lui garantisse de rentrer en France, pays où il réside régulièrement et a vocation à demeurer, et ce, dans un délai de 48 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. "
4. En vertu de l'article 1er du décret du 30 décembre 2004 relatif aux attributions de poste consulaire en matière de titres de voyage, les chefs de poste consulaire peuvent délivrer des laissez-passer dans les conditions prévues par ce décret. Aux termes de l'article 5 du même décret : " Le laissez-passer est un titre de voyage individuel délivré pour un seul voyage et une durée maximale de trente jours à compter de la date de son établissement ". Aux termes de l'article 8 de ce décret : " Le laissez-passer peut être délivré à un ressortissant étranger démuni de tout titre de voyage ou de document pouvant en tenir lieu, dans l'incapacité d'en obtenir un des autorités consulaires de son pays d'origine ou des autorités locales, et se trouvant dans une des situations suivantes : / a) Après consultation du ministre des affaires étrangères, pour un seul voyage à destination de la France : / 1. A l'étranger auquel l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a reconnu le statut de réfugié ou celui d'apatride ou a accordé la protection subsidiaire, prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; / () / 3. Au ressortissant étranger autorisé à résider en France en vertu d'un titre de séjour ; / () ".
En ce qui concerne l'urgence :
5. Il résulte de l'instruction que M. B se trouve actuellement en République du Congo (Congo Brazaville) afin de rendre visite à sa fille malade et qu'il est dépourvu du titre de voyage dont il était détenteur en sa qualité de réfugié après que ce document lui ait été volé, comme le mentionne une copie de la main courante déposée le 19 novembre 2024 auprès des autorités de police de Brazzaville. Dès lors, le requérant ne dispose d'aucun document lui permettant de rentrer en France alors qu'il est titulaire d'une carte de résident en sa qualité de réfugié et qu'il a réservé un vol de retour pour le 8 février 2025. Il résulte également de l'instruction que le visa délivré par les autorités congolaises pour lui permettre de se maintenir sur ce territoire expire le 15 février 2025, date à compter de laquelle il sera considéré comme étant en situation irrégulière. S'il ressort du mémoire en défense produit par le ministère que le consulat général de France à Brazzaville a saisi l'Office français de protection des réfugiés et apatrides aux fins de vérification, il ne résulte pas de l'instruction que le service consulaire puisse obtenir une réponse de l'Office avant que le visa de M. B n'expire. Ainsi, la condition d'urgence particulière prévue par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être regardée, en l'espèce, comme satisfaite.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
6. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas sérieusement contesté, que M. B, qui produit une déclaration en ce sens, a averti les autorités congolaises de la perte de son titre de voyage le 19 novembre 2024, soit depuis plus de deux mois et demi. Le requérant justifie en effet de l'envoi de courriels adressés à plusieurs reprises à l'autorité consulaire française à Brazzaville afin de demander la délivrance d'un laissez-passer consulaire. Si le ministre de l'Europe et des affaires étrangères soutient que cette demande serait toujours en cours d'instruction, il est constant que le requérant est titulaire d'une carte de résident en sa qualité de réfugié et qu'il s'était vu délivrer un titre de voyage à ce titre. Dès lors, le délai mis par les autorités consulaires françaises à Brazzaville à se prononcer sur la demande présentée par M. B tendant à la délivrance d'un laissez-passer consulaire, pour imputable qu'il soit au délai mis par l'OFPRA à confirmer la qualité de réfugié du requérant, doit être regardé comme étant de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées par le requérant, et notamment au droit à sa liberté d'aller et venir et au respect de sa vie privée et familiale.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner les mesures nécessaires à la sauvegarde de ces libertés fondamentales en enjoignant aux autorités du consulat général de France à Brazzaville de délivrer à M. B un laissez-passer consulaire, après consultation du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Renaud, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à cet avocat. Dans le cas où M. B ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint aux autorités du consulat général de France à Brazzaville de délivrer à M. B un laissez-passer consulaire, après consultation du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Me Renaud, avocat de M. B, la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où M. B ne serait pas admis définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B, au ministre de l'Europe et des affaires étrangère, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Renaud.
Fait à Paris, le 4 février 2025.
Le juge des référés,
Signé
J-P. Ladreyt
La République mande et ordonne au ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9