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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2503052

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2503052

mercredi 30 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2503052
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantSARHANE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A, ressortissant bangladais, qui contestait l'arrêté du préfet des Yvelines du 15 janvier 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation et le défaut d'examen de la situation personnelle. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 et 14 février 2025, M. B A, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2025 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, de réexaminer sa situation, et dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire au séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a méconnu son droit au maintien au regard des dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article L.31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation administrative.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle assortit ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a méconnu le principe du contradictoire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle assortit.

Le préfet des Yvelines, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 18 février 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Topin.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais, né le 21 août 1979, est entré en France le 10 juillet 2020, selon ses déclarations. Par un arrêté du 15 janvier 2025, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions tendant au bénéfice l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". M. A, qui n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle, ne justifie pas de l'urgence à l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Il n'y a donc pas lieu de l'admettre au bénéfice de cette aide.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2024-10-11-00005 du 11 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines le même jour, le préfet a donné délégation à M. D C, attaché d'administration de l'Etat, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, pour signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement des autres délégataires, sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'il a signé l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté vise notamment les articles L.611-3 et L.611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont le préfet des Yvelines a fait application pour prendre l'arrêté à l'encontre de M A et indique, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre l'arrêté contesté, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à l'espèce : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ". Et aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° () il (l'étranger) ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ".

7. Il ressort du relevé des informations de la base de données " Telemofpra " produit par le préfet des Yvelines et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant la demande d'asile de M. A a été notifiée à l'intéressé le 2 mars 2022. Ainsi, en application des dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit de l'intéressé de se maintenir sur le territoire français a pris fin à cette date. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit par suite être écarté.

8. En cinquième lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article L.31-2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, dès lors qu'à la date de l'arrêté contesté, il ne justifiait plus être demandeur d'asile.

9. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation administrative de M. A., qui invoque, sans en justifier, une demande de réexamen de sa demande d'asile.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

12. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

13. En dernier lieu, si M. A soutient que la décision attaquée méconnaît le principe du contradictoire, il n'établit pas en tout état de cause qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des Yvelines toute information qu'il aurait jugé utile avant que soit pris à son encontre la décision litigieuse. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

14. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 3. à 10. du présent jugement, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision invoquée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire

Article 2 : Les autres conclusions de la requête de M. A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Sarhane et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2025 à laquelle siégeaient :

- Mme Topin, présidente ;

- M. Matalon, premier conseiller,

- M. Hémery premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2025.

La présidente-rapporteure,

Signé

E. Topin

L'assesseur le plus ancien,

Signé

D. MatalonLa greffière,

Signé

E. Cardoso

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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