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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2503536

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2503536

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2503536
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSEFOLAR-BENAMAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 février 2025 et 12 février 2025, M. E D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 février 2025 par lequel le préfet de police lui a fait interdiction de circuler en France pendant une durée de douze mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation et n'a pas été précédée d'un examen individuel de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen ;

- elle méconnaît l'article L. 622-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 13 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hémery en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hémery,

- les observations de Me Sefolar-Benamar, avocate, représentant M. D, assisté de M. C, interprète en anglais,

- et les observations de Me Jacquard, avocat, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant surinamien né le 29 septembre 1983, titulaire d'un titre de séjour néerlandais en cours de validité, a fait l'objet d'un arrêté daté du 7 février 2025 par lequel le préfet de police a prononcé sa remise aux autorités néerlandaise. Par un arrêté pris le même jour, le préfet de police a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de douze mois. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2025-00138 du 31 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de police a donné délégation à Mme A B, attachée d'administration de l'Etat, pour signer tous actes, arrêtés et décisions, nécessaires à l'exercice des missions de la direction de la police générale, dans lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français vise les articles L. 622-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales applicables à la situation de M. D et mentionne les éléments tirés de la situation personnelle du requérant notamment la circonstance qu'il a fait l'objet d'une décision de remise aux autorités néerlandaises en date du 7 février 2025 sans délai de départ volontaire, qu'il représente une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été signalé par les services de police le 28 août 2016 pour transport, acquisition, offre ou cession de produits stupéfiants, qu'il allègue être entré en France le 6 février 2024, qu'il ne peut se prévaloir de liens anciens avec la France étant constaté qu'il se déclare célibataire père d'un enfant à charge aux Pays-Bas. Ainsi, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Une telle motivation, en ce qu'elle permet à l'intéressé de comprendre, à la seule lecture de la décision, les éléments de fait et de droit qui motivent la décision de remise qui lui a été opposé, est suffisante. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant. Ce moyen doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 622-1 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Aux termes de l'article L. 622-2 du même code : " L'interdiction de circulation sur le territoire français ne peut assortir la décision de remise prise dans les cas prévus aux articles L. 621-4, L. 621-5, L. 621-6 et L. 621-7 que lorsque le séjour en France de l'étranger constitue un abus de droit ou si le comportement personnel de l'étranger représente, au regard de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. ". Aux termes de l'article L. 622-3 du même code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité administrative sont de nature à justifier légalement dans son principe la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français.

6. D'autre part, aux termes, de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen, dans sa version issue du règlement (UE) n° 265/2010 du Parlement européen et du Conseil du 25 mars 2010 et du règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par un des Etats membres peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pour une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours sur le territoire des autres États membres, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), du règlement (CE) no 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) et qu'ils ne figurent pas sur la liste de signalement nationale de l'Etat membre concerné () ". Par ailleurs, aux termes du paragraphe 1 de l'article 5 de ladite convention : " 1. Pour un séjour n'excédant pas trois mois, l'entrée sur les territoires des Parties Contractantes peut être accordée à l'étranger qui remplit les conditions ci-après : () e) ne pas être considéré comme pouvant compromettre l'ordre public, la sécurité nationale ou les relations internationales de l'une des Parties Contractantes. ".

7. Il résulte de ces stipulations et dispositions que si, en vertu des stipulations de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990, les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des parties contractantes peuvent, sous couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois sur le territoire des autres parties contractantes, ils n'en restent pas moins assujettis aux autres conditions d'entrée prévues par cette convention, le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ainsi que par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné à une peine d'emprisonnement pour des faits de trafic de stupéfiants et à une peine d'interdiction du territoire français prononcée à titre définitif par le tribunal correctionnel de Paris le 31 novembre 2017. Si le requérant soutient avoir purgé sa peine d'emprisonnement et que les faits en cause sont anciens, il n'établit ni même n'allègue avoir obtenu le relèvement de la mesure d'interdiction définitive du territoire français prononcée à son encontre. Il s'ensuit que le préfet a pu estimer à bon droit que sa présence en France représentait une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, M. D, entré très récemment sur le territoire français, ne fait état d'aucun lien personnel ou familial en France. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance de l'article L. 622-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de police.

Décision rendue le 14 février 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

D. HEMERYLa greffière,

Signé

N. DUPOUY

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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