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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2503545

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2503545

vendredi 21 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2503545
TypeDécision
Avocat requérantSCHOELLKOPF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 février 2025, Mme A B, représentée par Me Schoellkopf, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) de constater l'inexécution partielle de l'injonction prononcée par la juge des référés dans l'ordonnance n° 2427148/2-1 du 23 octobre 2024 ;

2°) d'ordonner l'exécution de l'ordonnance n° 2427148/2-1 du 23 octobre 2024 du juge des référés du tribunal, en enjoignant au préfet de police de lui délivrer, à titre provisoire et conservatoire, un récépissé attestant de la régularité de son séjour assorti d'une autorisation de travail dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'ordonnance n° 2427148/2-1 du 23 octobre 2024 a été partiellement exécutée dans la mesure où le préfet de police lui a délivré un récépissé attestant de la régularité de son séjour sans autorisation de travail alors que le dispositif de cette ordonnance tendait à la délivrance d'un récépissé attestant de la régularité de son séjour avec autorisation de travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 février 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'ordonnance n° 2427148/2-1 du 23 octobre 2024 enjoignait le préfet de police à délivrer uniquement un récépissé attestant de la régularité de son séjour à Mme B ;

- l'employeur de Mme B n'a pas sollicité, avant de la conclusion du contrat de travail, une autorisation de travail ;

- Mme B ne peut prétendre à une autorisation de travail dès lors que sa situation n'entre pas dans le champ d'application de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2427148/2-1 du 23 octobre 2024.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Sorin pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Sorin a été entendu au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Canaud, greffière d'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante serbe, née le 1er avril 1976, est entrée en France en 2015 munie d'un visa en sa qualité d'agent contractuel de l'ambassade de Serbie à Paris, et a ensuite disposé d'un titre de séjour spécial délivré par le ministère des affaires étrangères français à partir du 12 octobre 2015 et renouvelé régulièrement, la validité du dernier de ces titres ayant expiré le 29 septembre 2024. Le 31 mai 2024, avant l'expiration du contrat de travail qui la liait à l'ambassade de Serbie, elle a sollicité le renouvellement de son droit au séjour. Le préfet de police a enregistré sa demande de renouvellement de titre de séjour comme tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " admission exceptionnelle au séjour ", sans récépissé attestant la régularité de son séjour, alors qu'elle prétendait à un titre de séjour mention " vie privée et familiale " avec récépissé attestant la régularité de son séjour assorti d'une autorisation de travail, requis pour son nouvel emploi au sein de l'Université Sorbonne. Mme B fait valoir que, par une ordonnance n°2427148/2-1 du 23 octobre 2024, le juge des référés du tribunal de céans a enjoint au préfet de police de lui délivrer, à titre provisoire et conservatoire, un récépissé attestant de la régularité de son séjour assorti d'une autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance. Par la présente requête, Mme B demande qu'il soit enjoint au préfet de police d'exécuter cette injonction dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

2. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. "

3. Si, eu égard à leur caractère provisoire, les décisions du juge des référés n'ont pas, au principal, l'autorité de la chose jugée, elles sont néanmoins, conformément au principe rappelé à l'article L. 11 du code de justice administrative, exécutoires en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice. Ce caractère exécutoire s'attache non seulement à leur dispositif mais également à leurs motifs qui en sont le support nécessaire.

4. Si l'inexécution totale ou partielle d'une décision rendue par une juridiction administrative est régie normalement par les procédures définies respectivement par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l'existence de ces procédures ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce que la partie intéressée présente au juge des référés une demande tendant à ce qu'il ordonne une mesure d'injonction ou d'astreinte sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

5. Il résulte de l'instruction que, par une ordonnance n° 2427148/2-1 du 23 octobre 2024, le juge des référés a enjoint au préfet de police de délivrer, à titre provisoire et conservatoire, à Mme B, le récépissé de sa demande de séjour. Le juge des référés a considéré que les conditions de l'article 521-1 du code de justice administrative étaient satisfaites et, en particulier, la condition d'urgence, dès lors que le refus de délivrer un titre de séjour à Mme B l'exposait à la perte de son emploi ainsi qu'à un risque d'éloignement ou de placement en rétention alors qu'elle justifiait une résidence régulière en France depuis neuf ans et qu'elle avait à sa charge une enfant désormais majeure, scolarisée en France. Dans ces conditions, il ressort tant du dispositif de l'ordonnance n° 2427148/2-1 du 23 octobre 2024 que de ses motifs, exposés à son point 4, qui en constituent le support nécessaire, que l'injonction ordonnée par le tribunal de délivrer, à titre provisoire et conservatoire, à Mme B, le récépissé de sa demande de séjour, impliquait que ce récépissé fût assorti d'une autorisation de travail. La circonstance selon laquelle les dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'opposeraient à la délivrance d'une telle autorisation s'agissant d'une demande présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code est en l'espèce sans incidence, dès lors qu'il appartenait au préfet de police, s'il s'y croyait fondé, d'exercer les voies de recours ouvertes à l'encontre de l'ordonnance en cause, ou de demander au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 précité, la modification de ladite ordonnance.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer à Mme B dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance un récépissé de sa demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, et de poursuivre la délivrance de tels récépissés le temps de l'instruction de cette demande. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte, ni de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de délivrer dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance à Mme B un récépissé de sa demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, et de poursuivre la délivrance de tels récépissés le temps de l'instruction de cette demande.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet de police.

Fait à Paris, le 21 février 2025.

Le juge des référés,

signé

J. SORIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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