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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2503982

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2503982

vendredi 21 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2503982
TypeDécision
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantMARTOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 et 18 février 2025, M. C B, retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 11 février 2025 du préfet de police portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de destination, et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- les décisions sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;

- les décisions sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

-l'information du 20 février 2025 de Me Martoux qui informe le tribunal qu'il se constitue dans cette affaire ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. F en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F ;

- les observations de Me Martoux, représentant M. B,

- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Un courrier a été enregistré le 24 février 2024, par lequel Me Martoux, sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant congolais né le 16 décembre 1967, demande au tribunal d'annuler les décisions du 11 février 2025, par lesquelles le préfet de police a prononcé une obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Me Martoux, pour M. B, a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire postérieurement à la clôture d'instruction. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à cette demande.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2025-00062 du 13 janvier 2025 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de police a donné à M. D E attaché de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure M. B de discuter les motifs de cette décision et permettre au juge de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de l'intéressé au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Il mentionne notamment que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire au-delà de la durée de validité de son visa, que le comportement de l'intéressé a été signalé par les services de police le 9 février 2025 pour violences volontaires par ex-conjoint ayant entraîné une incapacité totale inférieure à huit jours devant un mineur de quinze ans et par auteur ivre, que ces faits constituent une menace pour l'ordre public, qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisante, représente un danger pour l'ordre public. La décision indique en outre que la personne avec qui il déclare être marié est en instance de divorce, dit n'avoir aucun enfant avec cette personne mais cinq enfants au A. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. B.

6. En dernier lieu, eu égard des faits graves de violence conjugale pour lesquels il a été signalé, le moyen tiré de de l'erreur manifeste d'appréciation des décisions doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. Pour le même motif tel qu'exposés au point 3 et 5, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de cette décision doit être écarté.

Sur le refus de délai de départ volontaire :

8. L'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions aux fins d'annulation du refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

9. Pour le même motif que celui retenu aux points 3 et 5, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de cette décision doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. L'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. L'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions aux fins d'annulation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

13. Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

14. La décision énonce l'ensemble des critères justifiant cette mesure d'interdiction du territoire français, notamment la circonstance que le requérant a été signalé pour des faits graves de violence sur conjointe en présence d'un mineur de quinze ans, qu'il est instance de divorce, qu'il n'a pas d'enfant en France. Ainsi, la durée de trente-six mois d'interdiction de retour sur le territoire n'est pas disproportionnée au regard de sa situation personnelle. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de cette décision doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est rejetée.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Décision rendue le 21 février 2025.

Le magistrat désigné,

P. FLa greffière,

L. POULAIN

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2503088/8

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