lundi 24 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2504240 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 février 2025, Mme A B, représentée par Me Lujien, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté retirant la décision favorable à la délivrance d'une carte de résident valable du 7 novembre 2023 au 6 novembre 2033, prise par le préfet de police le 23 janvier 2025 ;
2°) d'enjoindre aux services préfectoraux de lui délivrer un récépissé dans le délai de 72 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle indique que, de nationalité tunisienne, elle est entrée en France de manière régulière le 14 mars 2023, munie d'un visa D valable du 28 septembre 2022 au 28 septembre 2023, et a déposé une première demande de titre de séjour en tant que conjointe de français, qui a donné lieu le 6 novembre 2023 à la délivrance d'une attestation de décision favorable à la délivrance d'une carte de résident valable du 7 novembre 2023 au 6 novembre 2033, ce document étant en cours de fabrication. C'est cette décision que le préfet de police lui a retiré par l'arrêté contesté du 23 janvier 2025.
Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car la non-délivrance de sa carte de résident lui interdit de se maintenir régulièrement en France, de travailler et de franchir les frontières de l'espace Schengen.
En ce qui concerne le doute sérieux, elle soutient que le préfet de police a méconnu l'article L. 423-5 du CESEDA dès lors qu'elle affirme que la rupture des liens conjugaux est imputable à des violences conjugales. Elle verse au dossier deux mains courantes et un dépôt de plainte contre son époux ainsi qu'une attestation de l'assistante sociale qui la suit.
Vu :
- la décision contestée
- les autres pièces du dossier ;
- la requête, enregistrée sous le n° 2504239/8 le 14 février 2025 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Paris a désigné Mme Hnatkiw pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 février 2025 :
- le rapport de Mme Hnatkiw, juge des référés ;
- les observations de Me Lujien, avocate de Mme B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête ;
- les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 23 janvier 2025, le préfet de police a procédé au retrait de la décision, en date du 6 novembre 2023, favorable à la délivrance à Mme B d'une carte de résident. Par une requête présentée le 14 février 2025, Mme B a demandé au présent tribunal la suspension de l'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.() ".
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige :
3. Aux termes de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le renouvellement de la carte de séjour délivrée à un étranger conjoint de Français est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française. Toutefois, aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. / () ".
4. En l'espèce, Mme B, entrée en France le 14 mars 2023, en tant que conjointe de français, a d'abord séjourné en France sous la couverture d'un visa de type D, valable du 28 septembre 2022 au 28 septembre 2023. Puis elle a obtenu une décision favorable à la délivrance d'une carte de résident, valable du 7 novembre 2023 au 6 novembre 2033, décision qui a été retirée par l'arrêté contesté du 23 janvier 2025.
5. Dans ses écritures et lors de l'audience du 24 février 2025, Mme B fait valoir qu'elle a fait l'objet, de la part de son époux, de propos et de comportements qu'elle qualifie de violences verbales, psychologiques et économiques, pour lesquels elle a déposé deux mains courantes, le 27 juillet 2023 et le 25 septembre 2023, tout en déclarant qu'elle ne souhaitait pas porter plainte. Elle fait état de menaces indéfinies et déclare que son mari a quitté le domicile conjugal le 27 juillet 2023. Elle a toutefois porté plainte le 18 novembre 2023, et a complété sa plainte le 29 avril et le 17 mai 2024 mais si elle déclare dans cette plainte vouloir divorcer, elle n'a toutefois jamais entrepris de démarches en ce sens, et ne souhaite pas quitter le domicile conjugal, alors même que son conjoint aurait changé les serrures en mai 2024. En revanche, son époux a entrepris des démarches en vue du divorce en Tunisie, pays où le mariage a eu lieu, le 27 juillet 2023. A ce stade, la réalité des violences conjugales n'est pas établie, l'époux de la requérante n'ayant fait l'objet d'aucune poursuite pénale, et la requérante n'a pas non plus été reconnue comme victime.
6. En l'espèce, l'énoncé des propos qu'elle impute à son époux et la circonstance qu'il a l'intention de la contraindre à quitter le domicile conjugal et de divorcer ne peuvent suffire, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux sur l'exacte application par le préfet des dispositions de L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquant un droit au séjour au conjoint de Français dont la rupture de la vie commune est imputable à des violences conjugales. Eu égard notamment au caractère insuffisant des éléments produits pour établir la réalité des violences conjugales alléguées, aucun des moyens invoqués par la requérante n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 24 février 2025.
La juge des référés,
Signé
C. Hnatkiw
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.