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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2504579

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2504579

vendredi 21 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2504579
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 février 2025, M. A C, représenté par Me Lucille Besse, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 27 décembre 2024 du préfet de police prononçant son expulsion du territoire français, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre aux services préfectoraux de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la présomption d'urgence est remplie s'agissant d'un arrêté d'expulsion du territoire français, d'autant plus qu'il est placé en rétention administrative afin de mettre à exécution cet arrêté ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car ses parents ont acquis la nationalité française, il vit en France depuis l'âge de 8 ans et souffre de problèmes psychiatriques graves.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces, qui ont été enregistrées le 20 février 2025.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 17 février 2025 sous le n°254578 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Rahmouni, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Besse, pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens en insistant sur la présomption d'urgence et le rendez-vous de l'intéressé au consulat d'Algérie, au mois de mars 2023, pour la délivrance d'un laisser passer consulaire, sur le défaut de motivation en l'absence de tout élément sur la vie privée et familiale examiné par l'arrêté attaqué et sur la circonstance que l'intéressé vit en France depuis l'âge de 8 ans et qu'il souffre de troubles psychiatriques graves, ce qui explique l'avis défavorable émis par la commission d'expulsion ;

- les observations de Me Floret, pour le préfet de police, qui soutient que l'arrêté est suffisamment motivé car il récapitule toutes les condamnations dont M. C a fait l'objet, qui équivalent à un quantum de 13 ans d'emprisonnement et insiste sur la menace grave que représente la présence de l'intéressé sur le territoire français, compte tenu de ses nombreuses condamnations et du nombre incalculable de signalements dont il a fait l'objet, le rapport dactyloscopique comprenant pas moins de 18 pages, ainsi que sur la qualité de célibataire sans charge de famille de l'intéressé.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. " Aux termes de l'article L. 631-3 du CESEDA : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportement de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, dont la violation délibérée et d'une particulière gravité des principes de la République énoncés à l'article L. 412-7, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 5° du présent article lorsqu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de cinq ans ou plus d'emprisonnement ou de trois ans en réitération de crimes ou délits punis de la même peine () ".

3. Il ressort des pièces soumises au juge des référés et, notamment, des termes mêmes de l'arrêté attaqué que M. C, ressortissant algérien, né le 11 mars 1983, a été condamné à 17 reprises entre le 16 octobre 2009 et le 12 septembre 2024 pour des faits de vols aggravés, récidives, multiples effractions ou escalades dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, outrage ou violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité, refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, pour un total de 13 ans d'emprisonnement. Ainsi, en l'état de l'instruction, la présence sur le territoire français de M. C est de nature à caractériser une menace grave à l'ordre public. Il ressort aussi des pièces soumises au juge des référés que M. C, âgé de 42 ans à la date de la décision attaquée, est célibataire sans charge de famille en France.

4. Si M. C fait valoir qu'il vit en France depuis l'âge de 8 ans, qu'il fait l'objet d'un suivi médical pour des troubles psychiatriques et que la commission d'expulsion a émis un avis défavorable à son expulsion, en l'état de l'instruction, au vu de ce qui a été dit précédemment, les moyens tirés du défaut de motivation, du défaut d'examen sérieux de sa situation et de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'apparaissent pas de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté d'expulsion du 27 décembre 2024.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et au préfet de police.

Fait à Paris, le 21 février 2025.

La juge des référés,

A. B

Signé

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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