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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2504868

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2504868

mercredi 26 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2504868
TypeOrdonnance
Avocat requérantCABINET BOULAY (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2025, M. A C et Mme B C, épouse D, représentés par Me Boulay, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté de mise en sécurité de la maire de Paris du 8 janvier 2025 dans son entier, ou, à titre subsidiaire, de son article 4 suspendant l'obligation de paiement des loyers des lots hors 6ème et 7ème étages de l'immeuble ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, qu'ils sont privés des revenus tirés des loyers qu'ils perçoivent, que M. C aura un manque à gagner très significatif, que pour Mme C, il s'agit de sa seule source de revenus et, d'autre part, que cette perte sera conséquente dans la mesure où les travaux requis par l'arrêté de mise en sécurité ne sont pas prévus ni programmés par la copropriété et que la situation en banque et la trésorerie de la copropriété ne permet pas en l'état de faire face aux travaux commandés même s'ils ont été votés ;

Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- l'arrêté attaqué méconnaît le principe du contradictoire dès lors que la maire n'a pas invité l'ensemble des copropriétaires à présenter leurs observations ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce que la maire a usé de ses pouvoirs de police spéciale et non de police générale pour le prendre ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que les désordres constatés se limitent aux 6ème et 7ème étages, sans impact avéré sur la structure globale de l'immeuble ni sur les autres niveaux ;

- les mesures prononcées sont disproportionnées en ce qu'elles ne devraient pas concerner les lots hors du 6ème et 7ème étages qui sont écartés des constats et des désordres.

Vu :

- la requête enregistrée le 20 février 2025 sous le n°2504867 par laquelle M. et Mme C demandent l'annulation de l'arrêté attaqué.

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Salzmann, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme C, épouse D, sont propriétaires chacun de lots au sein de l'immeuble situé au 17 rue Riquet à Paris dans le dix-neuvième arrondissement, qui a fait l'objet d'un arrêté de mise en sécurité par la maire de Paris en date du 8 janvier 2025 mettant en demeure le syndicat des copropriétaires d'effectuer des travaux de réparation prescrits dans un délai de 9 mois. Par la présente requête, M. et Mme C demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'article L. 522-1 du même code dispose : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. " En vertu du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code, la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction que M. C et Mme C ont fait l'objet d'un arrêté de la maire de Paris de mise en sécurité le 8 janvier 2025 dont ils demandent la suspension par le présent recours introduit seulement le 24 février 2025. S'ils se prévalent, en qualité de propriétaires et de bailleurs de certains lots dans l'immeuble, de l'absence de perception de loyers résultant de l'exécution de cet arrêté, en application de l'article L.521-2 du code de la construction et de l'habitation, les requérants ne justifient pas que cette privation de revenus est effective ni qu'elle leur porterait un préjudice financier grave et immédiat, en l'absence d'élément concret sur l'ensemble des ressources dont ils disposent par rapport aux charges à supporter. S'ils se prévalent également de l'absence de programmation des travaux votés par l'assemblée générale des copropriétaires le 11 février 2025 et des incertitudes entourant la mise en œuvre des travaux ordonnés par l'arrêté litigieux, du fait en particulier d'une insuffisance du budget prévisionnel 2024 et de la faiblesse de la trésorerie disponible, ils n'établissent pas l'absence ou l'impossibilité de tout moyen de financement de travaux urgents auquel il pourrait être recouru et en tout état de cause, il résulte de leurs écritures que si ces travaux ont été votés le 11 février 2025, ceux-ci avaient fait l'objet d'un précédent rejet par la précédente assemblée générale (AG) le 11 juillet 2024 et à cet égard M. C et Mme C n'établissent pas avoir approuvé les travaux lors de cette AG de sorte qu'ils peuvent être considérés, sauf à prouver le contraire, comme ayant contribué à la situation d'urgence qu'ils déplorent. Dans ces conditions, et eu égard à la persistance des désordres constatés depuis juin 2023 au logement en duplex des 6ème et 7ème étages de l'immeuble en cause concernant l'état du plancher fissuré et celui des trumeaux de la façade extérieure sur un balcon présentant des fractures et aux conclusions réitérées de l'architecte de sécurité sur la nécessité de sauvegarder la sécurité des occupants et des tiers, les requérants ne justifient pas, en l'espèce, de circonstances particulières de nature à caractériser une urgence au sens et pour l'application de l'article L.521-1 du code de justice administrative. La condition d'urgence n'apparaît ainsi pas remplie.

5.Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions par application de l'article L.522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C et de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à Mme B C, épouse D.

Copie en sera adressée à la Ville de Paris.

Fait à Paris, le 26 février 2025.

La juge des référés,

" signé "

M. Salzmann

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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