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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2504946

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2504946

vendredi 28 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2504946
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a examiné la demande de suspension de la décision du préfet de police du 15 juillet 2024 refusant le renouvellement du titre de séjour de M. A, ressortissant algérien. Le juge a reconnu l'urgence, présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour, et a estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, il a ordonné la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué et enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 février et 15 mars 2025, M. B A, représenté par Me de Sa-Pallix, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 15 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'attente de la délivrance de cette carte de séjour, dans le délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de renouvellement du titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans les trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé de la suspension demandée doit être regardée comme remplie, dès lors que l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour et que la décision attaquée a pour effet de le placer dans une situation précaire ;

- il y a un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 15 juillet 2024 ; en effet, la décision contestée a été prise par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, est entachée de vice de procédure tiré du défaut de consultation préalable de la commission du titre de séjour, a été adoptée en méconnaissance de son droit à être entendu, méconnait les articles L. 122-1 et L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute de procédure contradictoire, méconnait les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, méconnait les dispositions de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de police, représenté par Me Tomasi, a produit des pièces, enregistrées le 16 mars 2025.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 décembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le dossier de la requête au fond enregistrée le 9 septembre 2025 sous le n° 2424136 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fouassier pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 17 mars 2025, en présence de Mme Doucet, greffière d'audience :

- le rapport de M. Fouassier,

- les observations de Me de Sa-Pallix, représentant M. A, qui maintient ses conclusions et moyens ;

- et les observations de Me Zerad, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir, d'une part, que l'urgence n'est pas caractérisée, et, d'autre part, qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien, né le 14 décembre 1953, a bénéficié d'un certificat de résidence. Par un arrêté du 15 juillet 2024, le préfet de police a refusé le renouvellement de ce titre de séjour. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En premier lieu, il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4. Il est constant que M. A a été titulaire d'un certificat de résidence algérien, dont il a sollicité le renouvellement. Si l'arrêté attaqué mentionne qu'il sera mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois, il est constant que l'autorisation provisoire de séjour qui lui a été délivrée, valable jusqu'au 28 janvier 2025, n'a pas été renouvelée. Le préfet de police ne faisant état d'aucun élément de nature à remettre en cause la présomption d'urgence qui s'attache à la situation du requérant, la condition d'urgence doit dès lors être regardée comme remplie.

5. En second lieu, il ressort des pièces soumises au juge des référés que M. A a été condamné à huit reprises entre 1982 et 2002 à plusieurs peines d'emprisonnement pour des faits d'abus de confiance, de vol, de détention, transport, cession et contrebande de produits stupéfiants et de port prohibé d'arme. Au regard notamment de l'ancienneté de la dernière condamnation pénale prononcée à l'encontre de M. A, qui remonte à plus de vingt ans, de son âge et de la durée de sa présence en France, les moyens tirés de ce que le préfet de police, en estimant que la présence en France de M. A constituait une menace pour l'ordre public justifiant le refus de renouvellement de son certificat de résidence, a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation sont propres, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 15 juillet 2024.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

8. L'exécution de la présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de sa notification, et de lui délivrer, dans un délai de dix jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

9. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me de Sa-Pallix, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me de Sa-Pallix de la somme de 1 100 euros.

O R D O N N E

Article 1er : L'exécution de la décision du 15 juillet 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la demande tendant à son annulation.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du certificat de résidence de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer, dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : Sous réserve que Me de Sa-Pallix renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me de Sa-Pallix la somme de 1 100 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me de Sa-Pallix et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 28 mars 2025.

Le juge des référés,

C. FOUASSIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2504946/

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