vendredi 14 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2505782 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | TOUJAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 28 février et 11 mars 2025, Mme A C B, représentée par Me Toujas, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 30 janvier 2025 en tant que le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'ordonner au préfet de police, ou à toute autre autorité territorialement compétente, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer pendant ce réexamen un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 5 jours ;
3°) de condamner l'Etat à verser la somme de 1 500 euros à Me Toujas au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 si ele est définitivement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, et dans le cas contraire à lui verser directement cette somme.
Mme B soutient que :
Sur l'urgence :
- l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ;
- la décision préjudicie à sa situation professionnelle et financière, puisqu'elle risque de perdre son emploi exercé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 9 novembre 2022, et son logement puisqu'elle ne serait plus en état de s'acquitter de son loyer ;
- elle risque de l'empêcher d'accéder aux soins qui lui sont nécessaires alors qu'elle est atteinte du VIH ;
Sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas justifié que le médecin-rapporteur n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Le préfet de police a produit des pièces qui ont été enregistrées le 10 mars 2025.
Vu :
-les autres pièces du dossier,
-la requête enregistrée sous le numéro 2505783 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
-le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld, présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue en présence de Mme Fleury, greffière d'audience :
-le rapport de Mme Weidenfeld ;
-les observations de Me Toujas, représentant Mme B, qui soulève un moyen nouveau tiré du défaut d'examen de la demande de carte de résident présentée par la requérante sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance de cet article ;
-les observations de Me Dussault, représentant le préfet de police qui fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux, notamment dès lors qu'il n'est pas établi que la requérante aurait sollicité une carte de résident, et conclut au rejet de la requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 16 avril 1991, est entrée en France en 2018 et s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade le 19 août 2019 renouvelé jusqu'au 15 août 2024. Par un arrêté du 30 janvier 2025, le préfet de police a notamment refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par la présente requête, Mme B demande la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
4. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.
5. En l'espèce, Mme B demandant la suspension de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et le préfet ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence attachée à cette mesure de retrait, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
6. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment de la fiche ANEF n°7502202405310614642 produite en défense, que Mme B a sollicité, le 31 mai 2024, le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade et, à titre subsidiaire, la délivrance d'une carte de résident en raison de sa durée de présence et de son intégration dans la société française. Par suite, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée, qui se borne à relever que la requérante ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'un défaut d'examen est de nature propre à créer un doute sérieux quant à sa légalité.
7. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur les conclusions en injonction :
8. La suspension de l'exécution de la décision attaquée implique d'enjoindre au préfet de police, ou à toute autorité territorialement compétente, de réexaminer la situation de Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, pendant la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans un délai de huit jours.
Sur les frais liés au litige :
9. Ainsi qu'il a été dit, Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Toujas, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Toujas de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B, par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour est suspendue.
Article 3 : : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la demande de Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Toujas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Toujas, avocat de Mme B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C B, à Me Toujas et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police de Paris.
Fait à Paris, le 14 mars 2025.
La juge des référés,
K. Weidenfeld
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2505782/6