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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2505827

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2505827

vendredi 7 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2505827
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantNAMIGOHAR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de M. C, ressortissant tunisien, contestant un arrêté du préfet de police du 1er mars 2025 refusant son admission au titre de l'asile et le maintenant en rétention administrative. Le tribunal a constaté que l'arrêté attaqué ne comportait pas de décision de refus d'admission à l'asile, rejetant ainsi les conclusions dirigées contre cette décision inexistante. Concernant le maintien en rétention, le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés (incompétence, défaut de motivation, illégalité par exception) en se fondant sur les dispositions des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 3 et 7 mars 2025, M. A C, représenté par Me Namigohar, avocat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 1er mars 2025 par lequel le préfet de police a refusé son admission au titre de l'asile et l'a maintenu en rétention administrative ;

3°) de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à Me Namigohar en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

En ce qui concerne le refus d'admission :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure, son droit à l'information ayant été méconnu ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le maintien en rétention :

- il est illégal compte tenu de l'illégalité du refus d'admission ;

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le placement en rétention est entaché de défaut d'examen préalable de la possibilité de l'assigner à résidence ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 5 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marik-Descoings,

- les observations de M. C, assisté de M. E, interprète en langue arabe,

- et les observations de Me Rannou, avocat, représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 7 mars 1993, demande l'annulation de l'arrêté en date du 1er mars 2025 par lequel le préfet de police a refusé son admission au titre de l'asile et l'a maintenu en rétention administrative.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le refus d'admission au titre de l'asile :

3. Il ne ressort pas de l'arrêté attaqué qu'il comporte une décision de refus d'admission au titre de l'asile. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette décision inexistante doivent être rejetées.

Sur le maintien en rétention :

4. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le moyen tiré de l'illégalité par exception du refus d'admission au titre de l'asile doit être écarté.

5. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2025-00138 du 31 janvier 2025, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme B D, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En troisième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquels elle a été prise et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. C, elle lui permet de comprendre les motifs du maintien en rétention qui lui est imposé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. " et aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition par les services de police le 16 décembre 2024, M. C a déclaré être entré en France car il était pauvre et ne jamais avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Durant l'audience publique, il ne fait pas état de craintes nouvelles en cas de retour dans son pays d'origine. Eu égard à ces éléments, le préfet de police a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que sa demande d'asile de M. C, introduite le 1er mars 2025 soit après son placement en rétention le 16 décembre 2024, était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C, doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de police et à Me Namigohar.

Décision rendue le 7 mars 2025.

La magistrate désignée,

Signé

N. MARIK-DESCOINGS La greffière,

Signé

N. DUPOUY

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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