vendredi 21 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2505865 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | DE SA PALLIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 mars et 13 mars 2025, M. B A, représenté par Me De Sa-Pallix, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite du 9 août 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle à titre provisoire, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, après l'avoir muni d'une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail dans un délai de sept jours, ou à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de trois jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est établie ; elle est présumée en matière de refus de renouvellement de titre de séjour ; il se trouvera en situation irrégulière à partir du 17 mars 2025 en raison de l'expiration de son autorisation provisoire de séjour et risque par conséquent de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ; se trouvant sans possibilité d'exercer une activité professionnelle stable, il ne peut participer à l'entretien de ses enfants ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un vice de procédure au regard du droit à être entendu et des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile instituant la saisine obligatoire de la commission du titre de séjour ; elle est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; elle est entachée d'une erreur de fait ; elle méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquence sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2025, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'instruction de la demande de renouvellement du titre de séjour de l'intéressé est toujours en cours, les services de la préfecture étant en attente d'une réponse du ministère public qui a été saisi pour des faits délictuels impliquant le requérant ;
- l'intéressé a été muni d'une autorisation provisoire de séjour prolongeant son droit au séjour jusqu'au 5 juin 2025, dans l'attente de la fin de l'instruction de sa demande.
Vu :
- la requête enregistrée sous le n° 2432048 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée ;
- les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Aubert, vice-présidente de section, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 17 mars 2025 en présence de Mme Louart, greffière d'audience, a été entendu :
- le rapport de Mme Aubert, juge des référés ;
- les observations de Me De Sa-Pallix, représentant M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 18 mars 2025 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
2. M. B A, ressortissant gabonais né le 10 janvier 1994, est entré en France en 2000 à l'âge de six ans. Il est père de deux enfants, de nationalité française, nées respectivement le 15 avril 2019 et le 12 août 2020. Il a été bénéficiaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour temporaire mention vie privée et familiale valable du 3 mai 2023 au 2 mai 2024. Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de suspendre l'exécution de la décision implicite du 9 août 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement de son titre de séjour.
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Le requérant, qui demande le renouvellement de sa carte temporaire de séjour dont il a bénéficié en sa qualité de parent d'enfant français, peut se prévaloir de la présomption d'urgence attachée à une telle demande. En outre, s'il s'est vu délivrer par les services de la préfecture une troisième autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 5 juin 2025 dans l'attente de l'instruction de sa demande déposée le 9 avril 2024, faisant suite à une première autorisation ayant expiré le 2 septembre 2024 et une deuxième le 17 mars 2025, cette circonstance n'est pas de nature à renverser la présomption d'urgence dont il bénéficie, eu égard au caractère répété et précaire de cette attestation et à son incidence sur sa situation professionnelle. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à faire naître un doute sérieux :
5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation personnelle, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision dont la suspension est demandée.
6. Les deux conditions fixées par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 9 août 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Il résulte de la suspension ordonnée au point 6 qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A à titre provisoire et dans l'attente du jugement au fond une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de cet article et eu égard à l'urgence à statuer, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me De Sa-Pallix, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'Etat. Dans l'hypothèse où M. A ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle définitive, l'Etat lui versera cette somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite du 9 août 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A à titre provisoire et dans l'attente du jugement au fond une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera à Me De Sa-Pallix la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. En cas de rejet définitif de sa demande d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me De Sa-Pallix et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 21 mars 2025.
La juge des référés,
S. AUBERT
La République mande et ordonne ministre d'Etat, ministre de l'intérieur ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.