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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2507317

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2507317

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2507317
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantDE SEZE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A B, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 11 mars 2025 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil pour absences répétées. Le tribunal a jugé que la décision de l'OFII était suffisamment motivée et avait été prise après un examen de la situation personnelle du requérant. Il a également estimé que la procédure était régulière, notamment en ce qui concerne l'entretien de vulnérabilité, et que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation n'était pas fondé. La requête a été rejetée sur le fondement des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2025, M. C A B, représenté par Me de Séze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 11 mars 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil depuis leur cessation dans un délai de 15 jours à compter du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros HT au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en violation du principe du contradictoire, en méconnaissance des dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole l'article L. 522-1 et suivants du code car elle n'a pas été précédée d'un entretien de vulnérabilité et est entachée d'un vice de procédure, d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière car il n'est pas établi que l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ait reçu une formation spécifique en violation des dispositions de l'article L. 522-2 du même code ;

- elle viole l'article L. 522-10 du code pour défaut d'examen sérieux et pour erreur de droit résultant de sa méconnaissance ;

- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière car il n'a pas été informé qu'il pouvait bénéficier d'un examen de santé ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation car les absences répétées du mois de décembre ne peuvent lui être imputées en raison du recours qu'il a formé contre l'arrêté de transfert dont il a été l'objet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115 du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Béal,

- les observations de Me de Séze, représentant M. A B en présence d'un interprète en langue somalie M. D.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 11 mars 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a retiré à M. A B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et lui a demandé de quitter son logement au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'aide en s'abstenant de se présenter aux autorités à deux reprises les 11 et 18 décembre 2024. M. A B demande l'annulation de cette décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2024 :

3. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les décisions de refus des conditions matérielles d'accueil sont écrites et motivées.

5. La décision du 11 mars 2025 retirant à M. A B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil vise les textes dont elle fait application, en particulier les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise également le motif du retrait. Ainsi, cette décision, qui énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Enfin, elle n'avait pas à faire état ni de sa vulnérabilité particulière laquelle au demeurant n'est pas établie par les pièces du dossier ni des motifs avancés pour justifier les absences reprochées ni d'une éventuelle modulation du degré de refus.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision a été prise après un examen de la situation personnelle de M. A B, notamment de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ".

8. M. A B soutient que la décision attaquée a été prise en violation de ces dispositions car elle est intervenue dans un délai inférieur au délai de 15 jours qu'elles prévoient. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas utilement contesté que la lettre du 27 janvier 2025 de l'office informant le requérant de la procédure pouvant aboutir au retrait des conditions matérielles d'accueil lui a été envoyé le 3 février et est revenu avec la mention " pli avisé et non réclamé " et que la décision attaquée a été prise le 11 mars soit une fois le délai de quinze jours susvisés largement expiré. Par suite, ce nouveau moyen doit être écarté comme manquant en fait.

9. En quatrième lieu, M. A B soutient que l'office a entaché sa décision d'un vice de procédure et de la privation d'une garantie, d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité. Son conseil soutient, d'une part, que l'office ne justifie pas avoir pris en compte cette vulnérabilité. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié lors de l'enregistrement de sa demande d'asile d'un entretien à cet effet le 5 novembre 2024 au cours duquel il a pu faire état de sa situation.

10. Il soutient, d'autre part, que sa vulnérabilité faisait obstacle à un refus total. Toutefois, il n'apporte à l'appui de cette allégation aucun élément permettant au juge de l'excès de pouvoir d'en apprécier le bien-fondé.

11. Il résulte de ce qui précède que ce nouveau moyen pris en toutes ses branches doit être écarté.

12. En cinquième lieu, M. A B soutient que la décision attaquée a été prise à la suite d'une procédure irrégulière car il n'est pas établi que l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ait reçu une formation spécifique. Toutefois, aucune disposition n'impose que soit portée la mention, sur la fiche rendant compte de l'entretien, de l'identité et de la qualification de l'agent en cause, lequel, en l'absence d'élément contraire, doit être regardé comme un agent habilité, ayant reçu la formation spécifique mentionnée à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin et tout état de cause, il ressort de la fiche d'évaluation produite par M. A B que l'entretien a été mené par un auditeur, désigné sous cette qualité, qui a apposé le cachet de l'Office et y a ajouté ses initiales afin de s'identifier. Par suite, le présent moyen doit être écarté.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ".

14. M. A B soutient que la décision a été prise à la suite d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur de droit résultant de la méconnaissance des dispositions susvisées de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il n'a pas été suffisamment informé notamment des modalités d'évaluation de sa vulnérabilité et de la possibilité de faire valoir des problèmes de santé ou toute autre information permettant d'identifier son appartenance à un ou plusieurs groupes de personnes vulnérables. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier des mentions portées sur l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil qu'il a signée, que M. A B a été informé, en langue somalie, des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées ci-dessus doit être écarté.

15. En septième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

16. M. A B soutient qu'il a été privé d'une garantie en l'absence d'information concernant la possibilité de bénéficier d'un examen de santé. Toutefois, il ressort de l'entretien de vulnérabilité que si le requérant a fait état de problèmes de santé, il n'a pas sollicité la délivrance d'un avis médical. Ensuite, son conseil n'allègue et encore moins ne justifie qu'il connaitrait de tels problèmes. Enfin, comme il vient d'être dit, le conseil du requérant n'apportant aucun élément à l'appui de ses problèmes médicaux, le non-respect de cette obligation à le supposer établi a été sans influence sur la décision prise et n'en a pu changer le sens. Par suite, ce nouveau moyen doit, lui aussi être écarté.

17. En dernier lieu, M. A B soutient que l'office a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur la circonstance qu'il aurait manqué à ses obligations de présentation auprès des autorités dès lors que l'arrêté de transfert pris à son encontre le 28 novembre 2024 a fait l'objet d'un recours devant le tribunal de céans et qu'un tel recours a pour effet de suspendre ces obligations.

18. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. ". Aux termes de l'article L. 572-4 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de transfert mentionnée à l'article L. 572-1 peut, dans les conditions et délais prévus à la présente section, en demander l'annulation au président du tribunal administratif. / Le président ou le magistrat qu'il désigne à cette fin () statue dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine (). Ensuite, aux termes du second alinéa de l'article L. 572-2 du même code : " La décision de transfert ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant l'expiration d'un délai de quinze jours. Toutefois, ce délai est ramené à quarante-huit heures dans les cas où une décision d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2 ou de placement en rétention en application de l'article L. 751-9 a été notifiée avec la décision de transfert ou que l'étranger fait déjà l'objet de telles mesures en application des articles L. 731-1, L. 741-1, L. 741-2, L. 751-2 ou L. 751-9. Lorsque le tribunal administratif a été saisi d'un recours contre la décision de transfert, celle-ci ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant qu'il ait été statué sur ce recours. ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert n'a pour effet que d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date à laquelle le tribunal administratif statue au principal sur cette demande, quel que soit le sens de sa décision et non pas comme le soutient M. A B de le dispenser de respecter ses obligations vis-à-vis des autorités chargées de l'asile et notamment de se dispenser de se présenter les 11 et 18 décembre 2024. Par suite, ce dernier moyen doit, lui aussi être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 11 mars 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sont rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1er : M. A B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Seze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025

Le magistrat désigné,

Signé

A. BEAL

La greffière,

Signé

M. E

La République mande et ordonne à l'Office français de l'immigration et de l'intégration en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

La

D.

N°2507317/8

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