lundi 31 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2507542 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SARHANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés, respectivement, le 19 et le 27 mars 2025, M. A, représenté par Me Sarhane, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite qui serait née le 8 avril 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement du titre du séjour dont il était titulaire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de le munir, dans un délai d'un mois, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, d'un récépissé de demande de titre de séjour étudiant (sic) l'autorisant à travailler à titre accessoire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le refus de renouvellement du titre de séjour dont il était titulaire le place dans une situation de précarité administrative ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, les moyens tirés de ce que : nonobstant la demande de communication des motifs de la décision implicite attaquée, qu'il a adressée à la préfecture de police le 29 novembre 2024, aucune réponse ne lui a été apportée, de sorte que cette décision est dépourvue de motivation ; cette décision méconnait l'article 4 et l'article 6, dont il remplit les conditions, de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2025, le préfet de police représenté par Me Termeau conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, en particulier, que la demande de renouvellement de titre de séjour à l'origine de la décision litigieuse a été classée sans suite en raison de l'absence de réponse du requérant tendant à compléter son dossier par la production d'une attestation d'hébergement avant le 17 décembre 2023 et que pour ce même motif, l'urgence, présumée en principe, n'est, en l'espèce, pas caractérisée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 18 mars 2025 sous le numéro 2507432 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'sile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Maurice, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me Jacquard, représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été reportée au 28 mars 2025 à 17 heures.
Considérant ce qui suit
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence, présumée en principe, notamment, en matière de renouvellent de titre de séjour, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Il résulte de l'instruction que par un message sms adressé à la préfecture de police, à l'adresse PP-DPG-SDAE-7B09, le 11 décembre 2023, M. A a fait parvenir comme il lui avait été demandé de le faire avant le 17 décembre 2023, une attestation d'hébergement établie par la personne qui l'accueille dans son logement. Une capture d'écran de ce message est annexée aux écritures en réplique enregistrées le 27 mars dernier et le préfet de police n'a pas contesté la réalité de cet envoi, lequel, eu égard, à sa nature et son contenu doit être regardé comme ayant répondu à la demande de complément de pièces faite à M. A. Ainsi, contrairement à ce que soutient le préfet de police, le dossier de M. A ne peut être considéré comme étant resté un dossier incomplet, susceptible à ce titre, de faire légalement l'objet d'un classement sans suite et ainsi, encore, M. A est fondé à soutenir que sur sa demande de renouvellement de titre de séjour, déposée le 7 décembre 2023, selon ses écritures, est née du silence conservé par l'administration une décision implicite de rejet le 7 et non le 8 avril 2024. La demande de communication des motifs de cette décision, dont M. A sans être contredit déclare qu'elle a été adressée à la préfecture de police le 29 novembre et alors que le préfet de police ne le conteste pas davantage, étant elle-même restée sans réponse, le moyen tiré du défaut de motivation est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite litigieuse du 7 avril 2024.
5. M. A apportant les éléments de nature à établir qu'il a bien transmis l'attestation d'hébergement qui lui était réclamé dans le délai imparti à cet effet, comme il a été dit au point précédent, le préfet de police n'est pas fondé à contester l'existence de la décision attaquée au motif que le dossier était incomplet et faire valoir que du fait de l'absence de réponse du requérant à la demande de complément de pièces de son dossier ce dernier était incomplet du fait de l'abstention du requérant qui serait ainsi à l'origine de la situation d'urgence qu'il déplore, qui est donc présumée.
6. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de la décision du 7 avril 2024 par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A doit être suspendue.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, à titre provisoire et conservatoire, d'ordonner au préfet de police de délivrer à M. A dans le délai d'un mois, à compter de la notification de l'ordonnance, un document justifiant la régularité de son séjour en France et l'autorisant à travailler, ce document devant être valide tout au long de la période qui séparera la date de délivrance de ce document de la date de notification du jugement de la requête au fond.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
8. M. A est admis, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle par l'ordonnance. Son conseil est ainsi fondé à se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Sarhane, conseil de M. A, sous réserve de l'admission définitive de ce dernier au bénéfice de l'aide juridictionnelle et du renoncement, le cas échéant, de ce conseil à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite du 7 avril 2024 par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A dans le délai d'un mois, à compter de la notification de l'ordonnance, un document justifiant la régularité de son séjour en France et l'autorisant à travailler, ce document devant être valide tout au long de la période qui séparera la date de délivrance de ce document de celle du jugement de la requête au fond.
Article 3 : L'Etat versera à Me Sarhane, conseil de M. A, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique la somme de 1 000 euros sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et du renoncement, le cas échéant, de son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet de police à et Me Sarhane.
Fait à Paris, le 31 mars 2025.
Le juge des référés,
J.-F. C
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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