jeudi 10 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2508569 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mars 2025, Mme C, représentée par Me Balme Leygues, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de sa carte de résident ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de renouvellement de carte de résident, le tout dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, en toute hypothèse, de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que celle-ci est présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour et que la décision porte une atteinte grave à sa situation ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors qu'elle a été prise par une autorité incompétente ; elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 423-11 et L. 426-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de police qui a produit des pièces mais n'a pas présenté d'observations en défense.
Vu :
- la requête n°2508568, enregistrée le 28 mars 2025, par laquelle la requérante demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Davesne, président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 25 mars 2025, ont été entendus :
- le rapport de M. Davesne, juge des référés ;
- et les observations de Me Faugeras, représentant le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante russe née le 1er octobre 1948, est entrée sur le territoire français en 2004 selon ses déclarations. Elle s'est vue délivrer le 22 février 2015 une carte de résident valable jusqu'au 21 février 2025 et dont elle a sollicité le renouvellement le 6 novembre 2024. Par sa requête, Mme A demande la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté la demande de renouvellement de sa carte de résident.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
4. Mme A, qui était titulaire d'une carte de résident valable du 22 février 2015 au 21 février 2025, en a sollicité le renouvellement le 6 novembre 2024. La condition d'urgence est donc présumée remplie, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'intéressée a été convoquée à la préfecture de police le 23 avril 2025. Dans ces conditions, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-11 et L. 426-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile parait propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. Par suite, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée portant refus de renouvellement de la carte de résident de Mme A.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant de renouveler sa carte de résident.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a implicitement rejeté la demande de renouvellement de carte de résident de Mme A est suspendue, au plus tard jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 10 avril 2025.
Le juge des référés,
Signé
S. Davesne
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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