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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2508630

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2508630

jeudi 17 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2508630
TypeDécision
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé sur le fondement de l’article L.521-1 du Code de justice administrative, a suspendu l’exécution de la décision du préfet de police du 30 janvier 2025 retirant à M. B, ressortissant malien, sa carte de séjour pluriannuelle. Le juge a reconnu l’urgence, présumée en cas de retrait de titre de séjour, et a estimé qu’il existait un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l’article L.432-6 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. La solution retenue est la suspension de la décision contestée, avec injonction au préfet de réexaminer la situation de l’intéressé et de lui délivrer un récépissé l’autorisant à travailler, sous astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2025, M. A B représenté par Me Menage demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L.521-1 du Code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du préfet de police en date du 30 janvier 2025 lui retirant sa carte de séjour pluriannuelle ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, de réexaminer sa situation dans l'attente du jugement au fond, sans délai et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer sans délai un récépissé de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler durant le temps de cet examen avec une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 100 euros en application des dispositions de l'article L761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est présumée s'agissant d'une décision de retrait de titre de séjour ;

- la décision fait échec à son insertion professionnelle ;

- elle porte atteinte au respect de sa vie privée ;

Sur le doute sérieux :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'absence d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure lié à la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle viole l'article L432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 23 mars 2025 sous le numéro 2508018 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rohmer, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 9 avril 2025, en présence de Mme Lafosse, greffière d'audience, M. Rohmer a lu son rapport et entendu :

- Me Menage représentant M. B présent, qui reprend et développe les moyens de sa requête.

- Me Faugeras substituant à Me Tomasi représentant la préfecture de police qui conclut au rejet de la requête.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B ressortissant malien née le 1er janvier 1992 à Yaguine Kayes (Mali) est entré en France en avril 2015 selon ses déclarations. Il a été titulaire d'un titre de séjour mention " salarié " valable du 20 décembre 2021 au 19 décembre 2022. Il a ensuite bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle mention " salarié " valable 4 ans jusqu'au 19 décembre 2026. Par un courrier 23 janvier 2025 la préfecture de police l'a informé qu'elle envisageait de lui retirer son titre de séjour pour s'être défavorablement fait connaitre des services de polices. Par un arrêté du 30 janvier 2025 le préfet de police lui a retiré sa carte pluriannuelle de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans. Par la requête susvisée, M. B demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de la décision de retrait de sa carte de séjour pluriannuelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision de retrait d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre sur la situation concrète de l'intéressé Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'une décision de retrait d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il résulte de l'instruction que M. B était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle mention " salarié " qui lui a été retirée. Le requérant peut dès lors se prévaloir de la présomption d'urgence attachée au retrait de son titre de séjour, le retrait le plaçant désormais en situation irrégulière et faisant obstacle notamment à son insertion professionnelle.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée

5. Aux termes de l'article L121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L.211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Aux termes de l'article L211-2 du même code : " doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () "

6. Par un courrier du 23 janvier 2025, notifié à l'intéressé le 30 janvier 2025, le préfet de police a informé M. B qu'il envisageait de lui retirer son titre de séjour pour s'être défavorablement fait connaitre des services de police et qu'il disposait de 8 jours à compter de la réception de ce courrier pour formuler des observations en applications des dispositions précitées. Dès le 30 janvier 2025, le préfet a pris l'arrêté contesté lui retirant son titre de séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, que M. B est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision de retrait de sa carte de séjour pluriannuelle mention " salarié " jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La présente ordonnance n'implique aucune mesure d'exécution dès lors que la suspension prononcée a pour conséquence que le requérant conserve sa carte de séjour pluriannuelle, dont la validité expire le 19 décembre 2026, jusqu'au jugement au fond ou jusqu'à ce qu'une nouvelle décision soit prise le cas échéant. Les conclusions présentées aux titres de l'injonction et de l'astreinte doivent ainsi être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de police a retiré la carte de séjour pluriannuelle de M. B est suspendue, au plus tard jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond.

Article 2 : Le préfet de police versera à M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : la présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 17 avril 2025.

Le juge des référés,

Signé

B. ROHMER

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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