mardi 13 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2510275 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET BAZIN & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 18 avril 2025, M. B A, représenté par Me Balme Leygues, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 1er avril 2025 par laquelle le Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) a refusé de recevoir son dossier en vue de la délivrance d'une autorisation d'exercer la profession de médecin dans la spécialité " pédiatrie ", ensemble la décision du 3 avril 2025 par laquelle il l'a invité à rechercher un poste en vue d'effectuer un parcours de consolidation des compétences, dans le cadre de la procédure de choix de poste en cours ;
2°) d'enjoindre au CNG de soumettre le dossier de demande d'autorisation ministérielle d'exercice à la commission nationale d'exercice ;
3°) à défaut, d'enjoindre au CNG de confirmer que le bénéfice des épreuves de validation de compétences de 2024 lui est définitivement acquis, quand bien même il ne serait pas affecté en parcours de consolidation des compétences, dans le cadre du dispositif dérogatoire de l'article L. 4111-2, I du code de la santé publique ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors qu'il est dans l'impossibilité d'attendre le jugement au fond et que la décision attaquée préjudicie à ses intérêts personnels ;
- il existe des doutes sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, dès lors que la décision du 1er avril 2025 méconnaît l'article L. 4111-2 du code de la santé publique, et que l'information selon laquelle il perdrait le bénéfice de sa réussite aux épreuves de vérification des connaissances s'il ne trouve pas de poste est entachée d'une méconnaissance du principe d'égalité et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 7 mai 2025, le CNG, représenté par la SELARL BAZIN et Associés Avocats, conclut au rejet de la requête et à la condamnation du requérant à lui verser une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier,
- la requête n° 2510276 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la santé publique,
- la loi n° 2023-1268 du 27 décembre 2023,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Weidenfeld pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, Mme Weidenfeld a lu son rapport et entendu les observations de Me Balme Leygues, pour M. A et les observations de Me Bazin, pour le CNG, qui indique que le rejet de la demande formée par M. A peut, en tout état de cause, être justifié par l'insuffisance de sa pratique en Guyane.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 9 mai 2025.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, détenteur d'un diplôme de docteur en médecine et d'un diplôme de médecin spécialiste en pédiatrie obtenus en dehors de l'Union européenne, a été autorisé à exercer la profession de médecin spécialiste en pédiatrie en Guyane au titre de l'article L. 4131-5 du code de la santé publique depuis le 3 mars 2021, et inscrit au tableau de l'ordre des médecins depuis le 26 mars 2021. Lauréat des épreuves de vérification des connaissances (EVC) de pédiatrie au titre de la session 2024, il a déposé, le 12 mars 2025, une demande d'autorisation d'exercice de plein droit de la médecine sur le fondement de l'article L. 4111-2, I, 8ème alinéa du même code. Le Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) lui a opposé un refus le 1er avril 2025, et l'a invité, le 3 avril 2025, à rechercher un parcours de consolidation des compétences dans le cadre de la procédure nationale de choix de poste ouverte aux lauréats des EVC de 2024. Par la présente requête, M. A demande la suspension de l'exécution de ces deux actes.
Sur les conclusions de la requête :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité- de la décision ".
En ce qui concerne la décision du 1er avril 2025 :
3. Aux termes de l'article 36 de la loi du 27 décembre 2023 visée ci-dessus, codifié au 8ème alinéa du I de l'article L. 4111-2 du code de la santé publique : " Les personnes autorisées à exercer en application de l'article L. 4131-5 du présent code et justifiant de cinq années d'exercice dans les territoires mentionnés au même article L. 4131-5, à condition d'être lauréates des épreuves de vérification des connaissances, peuvent être dispensées du parcours de consolidation des compétences prévu au cinquième alinéa du présent I. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités de mise en œuvre du présent alinéa ". Si ces dispositions laissent un pouvoir d'appréciation à la directrice du CNG pour décider de la dispense du parcours de consolidation des compétences, elles sont toutefois suffisamment précises pour être entrées en vigueur le 1er janvier 2025 ainsi que le prévoit cet article 36, alors même que le décret en Conseil d'Etat auquel elles renvoient n'a pas été adopté.
4. Il est constant qu'à la date de sa demande, M. A ne justifiait que de quatre années d'exercice en Guyane ou dans un autre territoire mentionné à l'article L. 4131-5 du code de la santé publique. Il s'ensuit qu'en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 3 n'est pas, dès lors qu'il pourrait être fait droit à la demande de substitution de motifs formulée à l'audience par le CNG, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
En ce qui concerne le courriel du 3 avril 2025 :
5. En vertu de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
6. Pour justifier de l'urgence, le requérant fait valoir que l'information qui lui a été délivrée le contraint à s'engager dans la procédure nationale de choix de poste, alors que celle-ci ne lui est pas encore ouverte, et lui interdit, dans l'hypothèse où il n'obtiendrait pas de poste, de se prévaloir de sa réussite aux épreuves de vérification des connaissances à l'occasion d'une demande fondée sur les dispositions de l'article L. 4111-2 du code de la santé publique lorsqu'il aura accompli cinq années d'exercice en Guyane. Toutefois, d'une part, la nécessité pour le requérant, s'il souhaite se prévaloir dès cette année de sa réussite aux épreuves de vérification des compétences, de participer à la procédure de choix de poste ne résulte pas de l'information dont la suspension est demandée mais de la circonstance qu'ayant obtenu une note supérieure à celle fixée par le jury pour le dernier candidat admis, il a été lauréat des épreuves de vérification des connaissances organisées au titre de la session 2024. D'autre part, il est constant qu'à la date de la présente ordonnance, le CNG n'a pas refusé à l'intéressé le bénéfice de la dispense du parcours de consolidation des connaissances au motif qu'il aurait été lauréat des épreuves de vérification au titre d'une autre année que celle à l'issue de laquelle il comptait cinq années d'exercice en Guyane. Il s'ensuit que les éléments mentionnés par le requérant ne permettent pas de caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à la suspension de la décision du 1er avril 2025 et de l'information donnée le 3 avril 2025, à supposer même que celle-ci puisse être regardée comme une décision susceptible de recours, ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête à fin d'injonction et de frais de justice.
Sur les frais de justice :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant la somme demandée par le CNG en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du CNG présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.
Fait à Paris, le 13 mai 2025.
La juge des référés,
K. Weidenfeld
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2510275/6-1