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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2510350

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2510350

vendredi 27 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2510350
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantBAGUET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a jugé une demande en responsabilité de l'État pour carence dans le relogement d'une personne reconnue prioritaire par une commission de médiation. Le tribunal a retenu la responsabilité de l'État sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, en raison de l'absence d'offre de relogement dans le délai de six mois imparti. Il a condamné l'État à verser 2 500 euros à la requérante en réparation de son préjudice, mais a rejeté sa demande initiale plus élevée ainsi que sa demande de frais irrépétibles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2025, Mme B... A..., représentée par Me Baguet, demande au tribunal :

1°) de condamner l’État à lui verser une somme de 23 400 euros, à parfaire et augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil d’une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- la responsabilité de l’État est engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation dès lors qu’elle n’a reçu aucune offre de relogement alors qu’elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;
- elle subit des troubles dans ses conditions d’existence du fait de la carence fautive de l’État à la reloger.

La requête a été communiquée au préfet de la région Ile-de-France, qui n’a pas produit d’observation.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2025.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Raimbault en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Raimbault a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité :

1. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une décision d’une commission de médiation en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’État prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État, qui court à compter de l’expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. En outre, il y a lieu de tenir compte, pour les évaluer, de l’évolution de la composition du foyer au cours de cette période.

2. Mme A..., qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision 27 juin 2019 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu’elle était menacée d’expulsion, sans relogement. Or, le préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris n’a pas proposé à Mme A... un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l’habitation à compter de l’édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’État à compter du 27 décembre 2019 à l’égard de Mme A....

Sur le préjudice :

3. Il résulte de l’instruction que Mme A... se trouve toujours dans une situation nécessitant un relogement en urgence depuis la décision de la commission de médiation. En effet, si elle a déménagé et ne se trouve plus menacée d’expulsion, aucun logement social ne lui a été proposé et elle occupe un appartement situé au deuxième étage sans ascenseur, inadapté à son état de santé et d’autonomie. Au surplus, le loyer représente environ 70% de ses revenus. En revanche, il ressort des déclarations d’impôt produites que son fils, qui a atteint l’âge de 21 ans en juillet 2023, n’est plus à sa charge depuis l’année 2023. Compte tenu de ces conditions de logement, qui perdurent du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer de Mme A..., il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis dans ses conditions d’existence en lui allouant une somme de 2 500 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

4. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A... sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme A... la somme de 2 500 euros en réparation de ses préjudices.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Baguet et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2026.


Le magistrat désigné,




signé
G. Raimbault
La greffière,




signé
L. Thomas
La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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