vendredi 18 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2510393 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | CABINET LYROS AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 avril 2025, M. C A, représenté par Me Ottou, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner au préfet de police de le convoquer dans les plus brefs délais pour qu'il
puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et dans l'attente de cette instruction lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de certificat de résidence avec autorisation de travailler, dans un délai de 48 heures suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 761-1 du Code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que son conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle ou si la demande d'aide juridictionnelle devait être rejetée de condamner l'Etat à verser 1200 euros au requérant au titre des frais irrépétibles.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- elle est présumée s'agissant d'un renouvellement de titre de séjour ; par ailleurs, son employeur a suspendu son contrat de travail et il est placé dans une situation de précarité financière ;
Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
-le refus en litige porte atteinte à sa liberté de travailler, à son droit de mener une vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et venir.
Des pièces ont été présentées pour le préfet de police, enregistrées le 18 avril 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue, le 18 avril 2025, en présence de Mme Heeralall, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Ottou pour M. A ;
-et les observations de Me Ill pour le préfet de police.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant sénégalais, né le 4 février 2005 à Medina Gounass (Sénégal) est arrivé mineur sur le territoire français et a bénéficié d'une prise en charge par l'aide sociale à l'enfance. Il a obtenu un premier titre de séjour du fait de sa qualité d'ancien mineur pris en charge par l'ASE puis d'un titre de séjour mention " salarié " valable jusqu'au 21 avril 2025 dont il a tenté d'obtenir le renouvellement sans succès en raison d'un problème informatique sur le site internet de la préfecture, difficultés dont il a informé les services préfectoraux par plusieurs courriels datés des 31 janvier, 19 février et 27 mars 2025. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative d'ordonner au préfet de police de le convoquer dans les plus brefs délais pour qu'il puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et dans l'attente de cette instruction lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement avec autorisation de travailler.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête en référé de M. A, il y a lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
4. Si le préfet de police relève que le titre de séjour du requérant n'est pas expiré, il ressort des pièces du dossier qu'il expire à bref délai le 21 avril 2025 alors qu'il n'a pu déposer de demande de renouvellement de titre de séjour et que son employeur lui a signifié, par courrier du 10 avril 2025, qu'il allait mettre fin à son contrat à durée indéterminée d'aide-soignant s'il ne justifie pas de la régularité de son séjour à l'expiration de ce titre. Le requérant justifie ainsi de l'urgence particulière de sa situation.
5. Par ailleurs, au regard de la durée et des conditions du séjour du requérant qui a effectué une formation d'aide-soignant en France et travaille à ce titre pour l'association des handicapés de France en vertu d'un contrat à durée indéterminée, en refusant d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé, le préfet de police a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit de M. A à une vie privée et familiale normale et au droit au travail.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de convoquer M. A dans les plus brefs délais pour qu'il puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et, dans l'attente de cette instruction, de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement avec autorisation de travailler, dans un délai de 6 jours suivant la notification de la décision à intervenir. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Ottou en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle et sous réserve que M. A soit définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où le requérant ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de convoquer M. A dans les plus brefs délais pour qu'il puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour et, dans l'attente de cette instruction, lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour avec autorisation de travailler, dans un délai de 6 jours suivant la notification de la décision à intervenir.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Ottou une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l'hypothèse où M. A ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Ottou et au ministre d'État, ministre de l'intérieur.
Copie sera adressée au préfet de police et au bureau d'aide juridictionnelle.
Fait à Paris, le 18 avril 2025.
La juge des référés,
Signé
J. EVGENAS
La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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