lundi 28 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2510974 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | BCHIR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 et 28 avril 2025, M. A B, représenté par Me Namigohar, retenu en zone d'attente de l'aéroport de Roissy, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 22 avril 2025 par laquelle le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire français au titre de l'asile ;
3°) d'enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-il y a eu atteinte à la confidentialité des éléments d'une demande d'asile ;
-les conditions matérielles de l'entretien n'ont pas été respectées ;
-il n'a pas bénéficié de la présence d'un tier lors de l'entretien de l'OFPRA ;
-la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte ;
-la décision est entachée d'une violation des article 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et 33 de la Convention de Genève sur les réfugiés ;
-la décision est entachée d'une violation du principe de non-refoulement ;
Vu le mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2025, par lequel le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, représenté par la Selarl Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
-la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003,
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,
- la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- l'ordonnance n°2020-305 du 25 mars 2020,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné C en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Namigohar, représentant M. B, assisté d'un interprète en arabe,
- et les observations de Me Ill, représentant le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 29 octobre 1984, demande au tribunal d'annuler la décision du 22 avril 2025 par laquelle le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. L'article L. 213-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise par le ministre chargé de l'immigration que si : () / 3° Ou la demande d'asile est manifestement infondée. Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. / (), la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au chapitre III du titre II du livre VII. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 723-6, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article L. 723-6. () ". Aux termes de l'article R. 213-2 du même code : " Lorsque l'étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d'asile, il est informé sans délai, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, de la procédure de demande d'asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. () ".
4. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions qui précèdent, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.
5. M. B soutient qu'il craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine au motif qu'en sa qualité de commissaire de police à Tunis, il a procédé à l'arrestation d'un individu qui serait lié au mouvement terroriste Daech mais que, suite à des pressions du père de cet homme occupant des fonctions élevées au ministère de l'intérieur, il a fait l'objet d'une enquête puis a été révoqué, le contraignant à quitter son pays. Le récit devant l'officier de l'OFPRA ainsi que les pièces qu'il verse à l'audience et les éléments qu'il apporte, fournissent des indications précises des risques qu'il dit encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, il fait valoir qu'il a été révoqué par un général haut placé au ministère de l'intérieur tunisien qui cherche à lui nuire afin d'éviter que l'information de la radicalisation de son fils, qui a été contrôlé par le requérant en sa qualité de commissaire de police lors d'une manifestation sportive à Tunis, en possession sur son téléphone de messages diffusés par le mouvement terroriste Daech, ne parvienne au plus haut niveau de l'Etat et puisse nuire à sa carrière et sa fonction. M. B a introduit un recours contre cette mesure de révocation devant le tribunal administratif de Tunis, mais le régime autoritaire voire dictatorial du président Kaïs Saïed ne peut pas être regardé comme respectant l'indépendance de la justice, les sources publiques et reconnues ainsi que les articles de presse ayant fait état récemment de l'emprisonnement par les juges de nombreux opposants au régime du président Saïed. Il produit en outre une convocation devant le tribunal correctionnel de Tunis, traduite à l'audience par l'interprète, pour la date du 24 avril 2025, le requérant ayant quitté son pays quelques jours avant. Si le requérant fait état de difficultés financières, celles-ci sont liées à l'élément déclencheur que constitue sa révocation suite aux évènements susmentionnés Ainsi, le récit de M. B n'est pas dénué de crédibilité au regard de la situation actuelle dans ce pays, au durcissement du régime du président Saïed, à la vague de répression en cours et aux atteintes à l'indépendance des juges. Dans ces conditions, le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur n'a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 213-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et méconnaître l'article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non refoulement, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, refusé à M. B l'entrée sur le territoire au titre de l'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision attaquée du ministre d'Etat, ministre de l'intérieur doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Le présent jugement qui annule la décision litigieuse du ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, implique qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une autorisation provisoire au titre de l'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 100 euros à verser à Me Namigohar, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E:
Article 1er: M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du ministre d'Etat, ministre de l'intérieur du 22 avril 2025 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une autorisation provisoire au titre de l'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Me Namigohar la somme de 1 100 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Namigohar et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Décision rendue le 28 avril 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
P. CLa greffière,
Signé
A. DEPOUSIER
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026