Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er août 2025, M. B... A... demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 8 juillet 2025 par laquelle la société Elogie-Siemp a rejeté sa demande d’attribution d’un logement social situé au 9, cité d’Hauteville dans le 10ème arrondissement de Paris ;
2°) d’enjoindre à la société Elogie-Siemp de réexaminer son dossier.
Il soutient que :
la décision attaquée est entachée d’erreur d’appréciation, dès lors qu’il remplit les critères d’attribution du logement litigieux ;
elle méconnaît les principes du droit au logement opposable, le principe d’égalité de traitement entre les demandeurs et l’obligation faite aux bailleurs d’examiner loyalement les dossiers prioritaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2025, la société Elogie-Siemp, représentée par Me Lhéritier, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de la construction et de l'habitation,
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Berland en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Berland,
et les observations de Me Rajon, représentant la société Elogie-Siemp.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. A... a été désigné pour occuper un logement de type 1B situé 9, cité d’Hauteville, dans le 10ème arrondissement de Paris. Par une décision du 8 juillet 2025, la commission d’attribution des logements (CALEOL) de la société Elogie-Siemp a refusé de lui attribuer le logement demandé. M. A... demande au tribunal l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
D’une part, aux termes de l’article L. 441 du code de la construction et de l'habitation : « L'attribution des logements locatifs sociaux participe à la mise en œuvre du droit au logement, afin de satisfaire les besoins des personnes de ressources modestes et des personnes défavorisées. (…) Les bailleurs sociaux attribuent les logements locatifs sociaux dans le cadre des dispositions de la présente section (…) ». Aux termes de l’article L. 441-1 de ce code : « Le décret en Conseil d'Etat prévu à l'article L. 441-2-9 détermine les conditions dans lesquelles les logements construits, améliorés ou acquis et améliorés avec le concours financier de l'Etat ou ouvrant droit à l'aide personnalisée au logement et appartenant aux organismes d'habitations à loyer modéré ou gérés par ceux-ci sont attribués par ces organismes. Pour l'attribution des logements, ce décret prévoit qu'il est tenu compte notamment du patrimoine, de la composition, du niveau de ressources et des conditions de logement actuelles du ménage, de l'éloignement des lieux de travail, de la mobilité géographique liée à l'emploi et de la proximité des équipements répondant aux besoins des demandeurs. Le niveau des ressources tient compte, le cas échéant, du montant de l'aide personnalisée au logement ou des allocations de logement à caractère social ou familial auxquelles le ménage peut prétendre (…) Pour l'appréciation des ressources du demandeur, les processus de désignation des candidats et d'attribution des logements sociaux prennent en compte le montant de l'aide personnalisée au logement ou des allocations de logement à caractère social ou familial auxquelles le ménage peut prétendre et appliquent la méthode de calcul du taux d'effort prévue par décret. (…) ». Aux termes de l’article L. 441-2 du même code : « I.-Il est créé, dans chaque organisme d'habitations à loyer modéré, une commission d'attribution des logements et d'examen de l'occupation des logements. (…) / III.-La commission attribue nominativement chaque logement locatif. / Elle exerce sa mission d'attribution des logements locatifs dans le respect des articles L. 441-1 et L. 441-2-3, en prenant en compte les objectifs fixés à l'article L. 441. (…) ». Aux termes de l’article R. 441-3 de ce code : « Les commissions d'attribution prévues à l'article L. 441-2 procèdent à l'attribution des logements en veillant à la mixité sociale des villes et quartiers selon les critères et au bénéfice, notamment, des demandeurs prioritaires définis aux articles L. 441-1, L. 441-1-1 et L. 441-1-2 ainsi qu'au bénéfice des personnes visées au plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées. (…) ». Aux termes de l’article R. 441-3 du code de la construction et de l’habitation : « Sauf en cas d'insuffisance du nombre des candidats, les commissions d'attribution prévues à l'article L. 441-2 examinent au moins trois demandes pour un même logement à attribuer. Il est fait exception à cette obligation quand elles examinent les candidatures de personnes désignées par le préfet en application du septième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 ou les candidatures présentées pour l'attribution de logements ayant bénéficié de la subvention mentionnée à l'article D. 331-25-1. / Pour chaque candidat, la commission d'attribution prend l'une des décisions suivantes :/ a) Attribution du logement proposé à un candidat ; / b) Attribution du logement proposé en classant les candidats par ordre de priorité, l'attribution du logement étant prononcée au profit du candidat suivant en cas de refus de l'offre faite dans les conditions de l'article R. 441-10 par le ou les candidats classés devant lui ; / c) Attribution du logement proposé à un candidat sous condition suspensive, lorsqu'une pièce justificative, relevant de la liste limitative mentionnée à l'article R. 441-2-4-1, est manquante au moment de l'examen de la demande par la commission d'attribution ; ce type de décision emporte l'obligation pour le bailleur de signer un bail avec l'attributaire sur le logement objet de l'attribution si la fourniture de la pièce dans le délai fixé par la décision d'attribution ne remet pas en cause le respect des conditions d'accès à un logement social du candidat ; / d) Non-attribution au candidat du logement proposé ; / e) Décision mentionnée au d de l'article R. 441-2-8 notifiée dans les conditions prévues à l'article L. 441-2-2. ».
D’autre part, aux termes de l’article R. 441-3-1 du code de la construction et de l'habitation : « Lorsque la commission d'attribution utilise, parmi les informations dont elle dispose pour proposer un logement adapté au demandeur selon les critères fixés aux articles L. 441 et L. 441-1, le taux d'effort des personnes qui vivront au foyer, ce taux est calculé selon la méthode définie par arrêté du ministre chargé du logement. ». Aux termes de l’article 1 de l’arrêté du 10 mars 2011 fixant la méthode de calcul du taux d'effort mentionné à l'article R. 441-3-1 du code de la construction et de l'habitation : « Le taux d'effort mentionné à l'article R. 441-3-1 du code de la construction et de l'habitation est égal au rapport suivant : / - numérateur : somme du loyer principal, du loyer des annexes, des charges récupérables au sens de l'article L. 442-3 du code précité et du montant de la contribution du locataire telle que résultant de l'application des articles R. 442-28 et R. 442-29 du code précité, diminuée, le cas échéant, de l'aide personnalisée au logement ou des allocations de logement à caractère social ou familial ; / - dénominateur : somme des ressources des personnes qui vivront au foyer au sens de l'article L. 442-12 du code précité, figurant dans le formulaire mentionné à l'article R. 441-2-2 de ce même code. »
Enfin, aux termes de l’article II.8 du règlement intérieur des commissions d’attributions de logements et d’examen de l’occupation des logements de la société Elogie-Siemp en vigueur à la date de la décision en litige : « Les refus doivent être motivés. 8 motifs sont possibles : 1. Loyer trop élevé : le taux d’effort maximum est de 33%, il est apprécié en fonction du reste à vivre qui doit rester au-dessus de 11 euros par jour et par unité de consommation (…). ».
M. A... a présenté sa candidature pour un logement de type 1B situé 9, cité d’Hauteville, dans le 10ème arrondissement de Paris dont le loyer et les charges s’élèvent à la somme mensuelle totale de 443,10 euros, à savoir 498,10 euros pour le loyer et les charges, diminués de 55 euros, montant estimé des aides personnalisées au logement (APL). Il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la demande de M. A..., la société Elogie-Siemp a pris en compte le montant mensuel de ses ressources du mois de mai 2025, à savoir 1 176 euros au titre de l’allocation de retour à l’emploi (ARE) et a considéré que son taux d’effort de 37,68 % était trop élevé pour pouvoir prétendre à l’attribution du logement social sollicité. M. A... soutient que le montant retenu pour l’évaluation de ses ressources est obsolète, dès lors qu’il a perçu au mois de juin une ARE d’un montant mensuel de 1 350 euros nets. Il ressort des pièces du dossier que pour estimer que les ressources mensuelles de M. A... montaient à 1 176 euros, la société Elogie-Siemp s’est fondée sur une attestation de paiement délivrée par Pôle Emploi et produite par le requérant à l’appui de son dossier de candidature, datée du 8 juin 2025, indiquant que M. A... avait perçu cette somme pour la période du 6 mai 2025 au 31 mai 2025, soit 26 jours. Cette attestation permettait à la société Elogie-Siemp de calculer que M. A..., qui était en mai 2025 en situation d’ouverture de droits à l’ARE, comme relevé dans le procès-verbal de la CALEOL du 8 juillet 2025, percevait, en mois complet, une ARE d’un montant de 1 350 euros, portant son taux d’effort à 32,8 %, inférieur au seuil de 33 % défini par les dispositions citées au point 4 ci-dessus. Dans ces circonstances, au regard des éléments dont elle disposait à la date de sa décision, la société Elogie-Siemp a entaché sa décision du 8 juillet 2025 d’une erreur d’appréciation en refusant à M. A... l’attribution du logement social sollicité.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision de la commission d’attribution des logements de la société Elogie-Siemp du 8 juillet 2025 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
L’exécution du présent jugement implique nécessairement d’enjoindre à la société Elogie-Siemp, en l’absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, de saisir la commission d’attribution des logements pour réexaminer la demande de logement social de M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission d’attribution des logements de la société Elogie-Siemp du 8 juillet 2025 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la société Elogie-Siemp de saisir la commission d’attribution des logements pour réexaminer la demande de logement social du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la société Elogie-Siemp.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.
La magistrate désignée,
F. Berland
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.