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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2529405

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2529405

vendredi 27 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2529405
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantMONTAGNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en référé, a ordonné à l'État de reloger en urgence un demandeur reconnu prioritaire par une commission de médiation. Le juge a constaté que le requérant, sans domicile fixe, n'avait reçu aucune offre de logement adaptée dans le délai légal. L'injonction est assortie d'une astreinte, appliquant les dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 octobre 2025, M. A... B..., représenté par Me Montagne, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice, à titre provisoire, de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’ordonner à l’État de lui attribuer un logement tenant compte de ses besoins et capacités dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l’État aux entiers dépens ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 500 euros à verser à Me Montagne, son conseil, en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à elle directement en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, en cas de non-admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Il soutient que, par une décision du 12 décembre 2024 de la commission de médiation de Paris, il a été désigné prioritaire et devant être logé en urgence mais que, toutefois, aucune offre effective tenant compte de ses besoins et capacités ne lui a été faite dans le délai de six mois à compter de cette décision.

Le préfet de la région d’Île-de-France, préfet de Paris à qui la requête a été communiquée, n’a pas présenté d’observations en défense.


Par une ordonnance du 26 février 2026, prise en application de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, la clôture d’instruction a été fixée au 12 mars 2026 à 12h00 et les parties en ont été régulièrement informées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Topin en application de l’article R. 778-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Aux termes des dispositions du I. de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. (…) / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'État et peut assortir son injonction d'une astreinte. Pour les seuls jugements prononcés après le 1er janvier 2016, le jugement prononçant l’astreinte mentionne que les sommes doivent être versées jusqu’au jugement de liquidation définitive. / Lorsqu’il est manifeste, au vu de la situation du demandeur, que son logement ou relogement doit être ordonné, le président du tribunal ou le magistrat désigné peut y procéder par ordonnance, après avoir mis le représentant de l’Etat en mesure de présenter ses observations et clôturé l’instruction. / Le produit de l'astreinte est versé au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement, institué en application de l’article L. 300-2. / Pour les seules astreintes prononcées après le 1er janvier 2016, tant que l’astreinte n’est pas liquidée définitivement par le juge, le versement de l’astreinte au fonds est effectué deux fois par an, le premier versement devant intervenir à la fin du sixième mois qui suit le mois à compter duquel l’astreinte est due en application du jugement qui l’a prononcée. Toute astreinte versée en application du jugement la prononçant reste acquise au fonds. Lorsque l’astreinte a été liquidée définitivement, le versement du solde restant dû, le cas échéant, est effectué dans le mois qui suit la notification de la décision de liquidation définitive ».

Sur la demande d’injonction :

Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation que le juge doit, s’il constate qu’un demandeur de logement a été reconnu par une commission de médiation comme prioritaire et devant être logé ou relogé d’urgence et que ne lui a pas été offert un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonner à l’administration de loger ou reloger l’intéressé conformément à la décision de cette commission, sauf si l’urgence a ultérieurement disparu. Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné peut y procéder par ordonnance, en application du I de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation précité, lorsque le prononcé d'une injonction s'impose avec évidence au vu de la situation du requérant.

Par décision du 12 décembre 2024, la commission de médiation de Paris a désigné M. B... comme prioritaire et devant être logé en urgence, au motif qu’il est dépourvu d’un logement. Cette décision vaut pour une personne.

Il résulte de l’instruction que M. B... est sans domicile fixe. Il n’a reçu aucune offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités. Dès lors, sa demande doit être satisfaite d’urgence. Dans ces conditions, il y a lieu d’y procéder par ordonnance et d’enjoindre au préfet de la région d’Île-de-France, préfet de Paris d’assurer le relogement de M. B....

Sur l’astreinte :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir l’injonction décidée au point 4 ci-dessus de l’astreinte prévue par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, dont le montant doit être fixé, pour une personne, à 200 euros par mois de retard à compter du 1er juin 2026. Cette astreinte sera versée par les services de l’État au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement selon les modalités prévues par l’article L. 441-2-3-1 précité du code de la construction et de l'habitation, jusqu’à sa liquidation définitive par le juge.

Sur les frais liés au litige :

D’une part, l’instance n’ayant occasionné aucun dépens, il n’y a pas lieu de condamner l’État à leur paiement.

D’autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’admettre M. B... au bénéfice, à titre provisoire, de l’aide juridictionnelle, mais il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’État la somme demandée par son conseil au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l’hypothèse où M. B... ne serait pas admis à l’aide juridictionnelle, l’Etat lui versera la somme de 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



ORDONNE :

Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.


Article 2 : Il est enjoint au préfet de la région d’Île-de-France, préfet de Paris d’assurer le relogement de M. B... sous une astreinte destinée au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement.

Article 3 : L’astreinte, d’un montant de 200 euros par mois de retard à compter du 1er juin 2026, sera versée par les services de l’État au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement selon les modalités prévues par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, jusqu’à sa liquidation définitive par le juge.

Article 3 : Les conclusions présentées par Me Montagne au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : Dans l’hypothèse où M. B... ne serait pas admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre définitif, l’Etat lui versera la somme de 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., à Me Montagne et au ministre de la Ville et du Logement.

Copie en sera adressée au préfet de la région d’Île-de-France, préfet de Paris.


Fait à Paris le 27 mars 2026


La magistrate désignée,

Signé
E. TOPIN


La République mande et ordonne au ministre de la Ville et du Logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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