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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2102034

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2102034

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2102034
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantVINCENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 mai 2021 et 2 février 2023, M. B C, représenté par Me Colliou, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération du 12 avril 2021 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal sectoriel du territoire du " Plateau de Caux Martainville " ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin une somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt à agir pour contester la délibération attaquée ;

- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut d'information suffisante des conseillers communautaires ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tirée de la méconnaissance de l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de fait dans le classement des parcelles dont il est propriétaire en zone agricole dans le document graphique du plan local d'urbanisme de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 août 2021 et 27 février 2023, la communauté de communes Inter-Caux-Vexin, représentée par Me Vincent, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et à défaut, à son rejet au fond, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal sursoit à statuer en application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3000 euros au titre des frais de procédures.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir du requérant ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Cotraud, rapporteur public,

- et les observations de Me Colliou, représentant M. C, et de Me Vincent, représentant la communauté de communes Inter-Caux-Vexin.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 12 avril 2021, le conseil communautaire de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal sectoriel pour le " Plateau de Martainville ". M. B C, propriétaire des parcelles cadastrées n° ZB n°59, 60, 61, 94, 97, 99, 101, 102 et 158 à La Vieux Rue, demande l'annulation pour excès de pouvoir de cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. " Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () " Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. " Et aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. () / Pour l'application des articles L. 2121-11 et L. 2121-12, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus. () ".

3. Aux termes L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L.L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. / La délibération prise en application de l'alinéa précédent est notifiée aux personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9. " Et aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par :/ 1° L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale à la majorité des suffrages exprimés après que les avis qui ont été joints au dossier, les observations du public et le rapport du commissaire ou de la commission d'enquête aient été présentés lors d'une conférence intercommunale rassemblant les maires des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale et, le cas échéant, après que l'avis des communes sur le plan de secteur qui couvre leur territoire a été recueilli () ".

4. Pour contester la délibération attaquée, M. C fait état de ce que les conseillers communautaires ont reçu une information insuffisante, dès lors qu'ils n'ont pas été informés des réserves des avis des autorités publiques associées, ni de celles de la commission d'enquête et que les modifications du projet ont été exposées de manière vague et générale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les conseillers communautaires ont reçu le 6 avril 2021 au moment de leur convocation à la séance du 12 avril 2021, une note de synthèse avec une notice technique annexée. La note de synthèse présente le projet d'approbation du plan local d'urbanisme et renvoie à un lien actif sur internet permettant d'accéder au contenu complet du dossier du plan local d'urbanisme litigieux, mis à la disposition des élus. En outre, la notice technique est divisée en deux parties, l'une relative aux corrections effectuées et aux réponses apportées aux avis des personnes publiques consultées et l'autre exposant les corrections réalisées à la suite de l'enquête publique. Par suite, le moyen tiré de ce que les conseillers communautaires auraient été insuffisamment informés de l'objet de la délibération attaquée avant la séance du conseil communautaire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme, en vigueur à la date de la décision attaquée, reprenant les dispositions de l'ancien article L. 300-2 du même code dont la requérante se prévaut : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : 1° Les procédures suivantes : a) L'élaboration et la révision du schéma de cohérence territoriale et du plan local d'urbanisme ; " () ". Aux termes de l'article L. 103-3 du même code, en vigueur à la date de la décision attaquée : " " Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : () 3° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. Toutefois, lorsque la concertation est rendue nécessaire en application du 2° ou du 3° de l'article L. 103-2 ou lorsqu'elle est organisée alors qu'elle n'est pas obligatoire, les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation peuvent être précisés par le président de l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public compétent. " Et aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. "

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 600-11 du code de l'urbanisme : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées. Les autorisations d'occuper ou d'utiliser le sol ne sont pas illégales du seul fait des vices susceptibles d'entacher cette délibération ou les modalités de son exécution. ". Ainsi que le prévoit l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme, les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par la délibération prescrivant la révision du document d'urbanisme demeurent invocables à l'occasion d'un recours contre la décision du PLU approuvé.

7. Pour contester la délibération attaquée, M. C soutient que la concertation avec le public a été réalisée postérieurement au projet d'aménagement et de développement durables (PADD) en méconnaissance des modalités de concertation définis par la délibération du 17 septembre 2015.

8. Il ressort des pièces du dossier que si la délibération 17 septembre 2015 a été votée par la communauté de communes du plateau de Martainville, cette délibération a été remplacée en ce qui concerne les modalités d'élaboration du PLU, par la délibération du 19 juin 2017 par laquelle la communauté de communes Inter-Caux-Vexin, a défini les modalités de concertation dans le cadre de la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme. La délibération du 19 juin 2017 prévoit ainsi l'organisation de quatre réunions " entre le PADD et l'arrêt du projet ".

9. En l'espèce, les réunions de concertation, dont la réalité n'est pas contestée, ont été réalisées les 10 et 11 octobre 2018 et 30 septembre et 3 octobre 2019. Par ailleurs, le PADD a été discuté, et non pas approuvé comme le soutient la requérante, par une délibération du 1er octobre 2018 si bien que les réunions de concertation ont été réalisés antérieurement à l'approbation du PADD et postérieurement aux débats du PADD, conformément aux modalités de concertation du public prescrites par la délibération du 19 juin 2017. Ces réunions de concertation ont ainsi pu être prises en compte dans la conception du plan local d'urbanisme de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité des modalités de concertation ne peut qu'être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. " aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées. " Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. " Aux termes l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme : " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci. "

11. Il résulte de ces dispositions que le classement en zone agricole peut concerner des zones à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles, alors même qu'elles seraient desservies ou destinées à être desservies par des équipements publics et seraient situées à proximité immédiate de zones construites. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan lorsqu'ils classent en zone agricole un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation, ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste.

12. Par ailleurs, il résulte des articles L. 151-5, L. 151-9, R. 151-22 et R. 151-23 du code de l'urbanisme qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

13. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

14. Pour contester le classement en zone A des parcelles n°ZB n°59, 60, 61, 94, 97, 99, 101, 102 et 158, M. C soutient que ces parcelles ne présentent aucun potentiel agronomique ou écologique, qu'aucune activité agricole n'est exploitée, qu'elles ne présentent pas un caractère rural ayant vocation à être voisines d'une zone urbanisée et qu'elles sont entourées de plusieurs habitations.

15. En l'espèce, d'une part, le plan d'aménagement et de développement durables arrêté par la communauté de communes Inter-Caux-Vexin se fixe pour objectif, notamment de " favoriser la densification urbaine " mais également de " promouvoir une gestion économique de l'espace, organisée à partir des centralités ". Il précise également qu'il se fixe comme objectif en ce qui concerne en particulier les abords des villages dont notamment la commune de La-Vieux-Rue, de veiller au maintien des potentiels d'évolution des exploitations agricoles. Il ressort notamment des cartographies annexées au plan d'aménagement et de développement durables qu'à proximité des parcelles du requérant sont identifiées des zones relevant de ce dernier objectif.

16. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que ces parcelles, classées en zone A par le document graphique du plan local d'urbanisme litigieux et situées au nord de la commune de La-Vieux-Rue comprennent trois bâtiments de faible superficie entourées de grands espaces ayant l'aspect d'exploitations agricoles. Les seules circonstances que ces parcelles soient situées à proximité de terrains sur lesquels ont été édifiées des constructions et sont raccordées aux réseaux publics ne sauraient, à elles seules, caractériser une absence de potentiel agronomique, biologique ou économique, au sens des dispositions précitées de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme. Ces parcelles ne peuvent en tout état de cause pas être regardées comme étant situées dans un secteur déjà urbanisé de la commune, au vu, notamment, de la faible densité du bâti existant. En outre, et conformément à ce qui a été dit au point précédent, elles sont au contraire, pour l'essentiel entourées de terrain dont la vocation agricole est avérée. Dans ces circonstances, le classement en zone A des parcelles dont M. C est propriétaire ne saurait être regardé comme étant entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et est, en tout état de cause, cohérent avec les objectifs du plan d'aménagement et de développement durables arrêté par la communauté de communes Inter-Caux-Vexin. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'inexactitude matérielle de fait doivent être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de la délibération du 12 avril 2021 du conseil communautaire de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Inter-Caux-Vexin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. C une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la communauté de communes Inter-Caux-Vexin en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera une somme de 1 000 euros à la communauté de communes Inter-Caux-Vexin en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la communauté de communes Inter-Caux-Vexin.

Copie en sera adressée, pour information, à la commune de La-Vieux-Rue.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

Mme D et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

Signé :

B. A

La présidente,

Signé :

P. BaillyLa greffière,

Signé :

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet du Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102034

ah

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