mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2104691 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | BERTRAND |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2021 sous le n°2104691, et un mémoire enregistré le 30 janvier 2023, la société Domaine de Penthièvre, Mme A B et M. D C, représentés par Me Bertrand, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 30 septembre 2021 du conseil municipal de la commune de Blangy-sur-Bresle en ce qu'elle approuve les modalités des différentes conventions à conclure avec l'établissement public foncier de Normandie (EPFN) en vue de la réhabilitation de la friche Pochet du Courval et en ce qu'elle donne délégation au maire de la commune afin de solliciter les subventions au titre du fond " fiches ", de signer les actes afférents ainsi que tout ce qui a trait à la mise en œuvre et l'exécution de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Blangy-sur-Bresle la somme de 1 200 euros à leur verser chacun sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- ils présentent un intérêt à agir dès lors que M. C, au titre de la taxe d'habitation, et la société Domaine de Penthièvre, au titre de la cotisation foncière des entreprises, ont la qualité de contribuable local et que la délibération litigieuse a un impact non négligeable sur les finances locales ;
- leur recours est recevable dès lors que la délibération attaquée se rattache à l'opération complexe ayant pour objet la réhabilitation de la friche du Pochet du Courval et porte sur un contrat relatif à la gestion du domaine privé d'une collectivité ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que la commune de Blangy-sur-Bresle a été dessaisie de la compétence de la promotion touristique au profit de la communauté de communes interrégionale Aumale-Blangy-sur-Bresle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le conseil municipal n'a pas été convoqué conformément aux dispositions de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité du contrat de territoire 2017-2022 de la communauté de communes interrégionale Aumale-Blangy-sur-Bresle en tant que son plan d'action comporte une fiche action n° 4 " Réhabilitation de la friche Pochet du Courval " divisible ;
- elle méconnaît la liberté du commerce et de l'industrie ainsi que la liberté d'entreprendre dès lors que, d'une part, la commune de Blangy-sur-Bresle ne justifie pas d'un intérêt public local pour intervenir en l'absence de carence de l'initiative privée en matière d'offre touristique et que, d'autre part, l'intervention économique de la commune est susceptible de fausser les conditions de la concurrence ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2022, la commune de Blangy-sur-Bresle, représentée par la SELARL EBC, conclut à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et à ce que soit mise à la charge de la société Domaine de Penthièvre, Mme B et M. C la somme totale de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que, d'une part, les requérants ne présentent pas d'intérêt à agir et, d'autre part, que la délibération attaquée n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;
- les autres moyens invoqués ne sont pas fondés.
II°) Par une requête, enregistrée le 16 février 2022 sous le n°2200768, et un mémoire enregistré le 2 février 2023, la société Domaine de Penthièvre, Mme A B et M. D C demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 16 décembre 2021 du conseil municipal de la commune de Blangy-sur-Bresle en ce qu'elle approuve la convention entre la commune et l'EPFN relative à la constitution d'une réserve foncière par l'EPFN et en ce qu'elle donne délégation au maire de la commune pour signer les actes afférents et tout ce qui a trait à la mise en œuvre et l'exécution de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Blangy-sur-Bresle la somme de 1 200 euros à leur verser chacun sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que:
- ils présentent un intérêt à agir dès lors que M. C, au titre de la taxe d'habitation, et la société Domaine de Penthièvre, au titre de la cotisation foncière des entreprises, ont la qualité de contribuable local et que la délibération litigieuse a un impact non négligeable sur les finances locales ;
- leur recours est recevable dès lors que la délibération attaquée se rattache à l'opération complexe ayant pour objet la réhabilitation de la friche du Pochet du Courval et porte sur un contrat relatif à la gestion du domaine privé d'une collectivité ;
- la délibération est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que la commune de Blangy-sur-Bresle a été dessaisie de la compétence de la promotion touristique au profit de la communauté de communes interrégionale Aumale-Blangy-sur-Bresle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le conseil municipal n'a pas été convoqué conformément aux dispositions de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité du contrat de territoire 2017-2022 de la communauté de communes interrégionale Aumale-Blangy-sur-Bresle en tant que son plan d'action comporte une fiche action n° 4 " Réhabilitation de la friche Pochet du Courval " divisible ;
- elle méconnaît la liberté du commerce et de l'industrie ainsi que la liberté d'entreprendre dès lors que, d'une part, la commune de Blangy-sur-Bresle ne justifie pas d'un intérêt public local pour intervenir en l'absence de carence de l'initiative privée en matière d'offre touristique et que, d'autre part, l'intervention économique de la commune est susceptible de fausser les conditions de la concurrence ;
-elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, la commune de Blangy-sur-Bresle, représentée par la SELARL EBC, conclut à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et à ce que soit mise à la charge de la société Domaine de Penthièvre, Mme B et M. C la somme totale de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
-la requête est irrecevable dès lors que, d'une part, les requérants ne présentent pas d'intérêt à agir et, d'autre part, que la délibération attaquée n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;
-les autres moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Favre,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Mme B, pour la société Domaine de Penthièvre, Mme B et M. C et de Me Barrabé, substituant Me Enard-Bazire, représentant la commune de Blangy-sur-Bresle.
Considérant ce qui suit :
1. Par la première délibération attaquée du 30 septembre 2021, le conseil municipal de la commune de Blangy-sur-Bresle a approuvé les modalités des différentes conventions à conclure avec l'établissement public foncier de Normandie (EPFN) en vue de la réhabilitation de la friche Pochet du Courval, a donné délégation au maire de la commune afin de solliciter les subventions au titre du fond " fiches ", de signer les actes afférents ainsi que tout ce qui a trait à la mise en œuvre et l'exécution de cette décision. Par la seconde délibération attaquée du 16 décembre 2021, le conseil municipal de la commune de Blangy-sur-Bresle a approuvé la convention entre la commune de Blangy-sur-Bresle et l'EPFN relative à la constitution d'une réserve foncière par l'EPFN et à sa revente à la commune de Blangy-sur-Bresle.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2104691 et n° 2200768 présentées par les mêmes requérants concernant des délibérations du conseil municipal de la commune de Blangy-sur-Bresle approuvant les conventions conclues avec l'EPFN en vue de la réhabilitation de la friche Pochet du Courval ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Blangy-sur-Bresle :
3. D'une part, indépendamment du recours de pleine juridiction dont disposent les tiers à un contrat administratif pour en contester la validité, dans les conditions définies par la décision n° 358994 du 4 avril 2014 du Conseil d'Etat, statuant au contentieux, les tiers qui se prévalent d'intérêts auxquels l'exécution du contrat est de nature à porter une atteinte directe et certaine sont recevables à contester devant le juge de l'excès de pouvoir la légalité de l'acte administratif portant approbation du contrat. Ils ne peuvent toutefois soulever, dans le cadre d'un tel recours, que des moyens tirés de vices propres à l'acte d'approbation, et non des moyens relatifs au contrat lui-même.
4. Toutefois, les actes d'approbation d'un contrat visés au point précédent sont seulement ceux qui émanent d'une autorité distincte des parties contractantes, qui concernent des contrats déjà signés et qui sont nécessaires à leur entrée en vigueur. Ne sont pas au nombre de ces actes ceux qui, même s'ils indiquent formellement approuver le contrat, participent en réalité au processus de sa conclusion.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction en vigueur à la date de la délibération en litige : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations ".
6. Les conventions dont il est décidé l'approbation, à savoir la convention d'intervention de l'EPFN sur la friche du Pochet du Courbal relatives aux modalités préalables à l'intervention de travaux de désamiantage et de démolition des bâtiments non conservés du site et de son financement, la convention avec l'EPFN de groupement de commandes de maîtrise d'œuvre en vue de la réhabilitation du site, la convention d'intervention de l'EPFN sur les modalités des études de maîtrise d'œuvre et la convention relative à la constitution d'une réserve foncière par l'EPFN et à sa revente à la commune, compte tenu de leurs caractéristiques et de l'importance des travaux envisagés, caractérisent une volonté d'aménagement de la part de la commune et présentent le caractère d'une opération d'aménagement qui répond aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme. Dès lors, ces contrats, conclus entre deux personnes publiques en vue de réaliser une opération d'aménagement, revêtent le caractère d'un contrat administratif. En tout état de cause, cet ensemble contractuel tend à la réalisation d'une mission de service public à travers la reconversion de ce site en un pôle de création et diffusion artistique. De la même façon, la délibération du 30 septembre 2021 en tant qu'elle donne délégation au maire afin de solliciter les subventions au titre du fonds " fiche ", telles que précisées notamment par la convention pluriannuelle d'objectifs de développement culturel patrimonial du territoire de la communauté de communes interrégionales Aumale/Blangy/Bresle 2019/2021, le contrat de territoire de la communauté de communes interrégionales Aumale/Blangy/Bresle 2017-2022 ainsi que le contrat de pays 2014-2020 du pays interrégional Bresle Yeres, n'est pas détachable des clauses financières de ces conventions. Par suite, en application des principes rappelés aux points 3 et 4, les délibérations contestées, qui n'émanent pas d'une autorité distincte des parties contractantes, constituent des actes qui, même s'ils indiquent formellement approuver le contrat, participent en réalité au processus de sa conclusion. Par conséquent, ces délibérations ne peuvent pas faire l'objet d'un recours en excès de pouvoir, seul pouvant être introduit un recours de pleine juridiction contestant la validité des contrats ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation des délibérations contestées sont irrecevables et doivent être rejetées. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Blangy-sur-Bresle doit être accueillie.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Domaine de Penthièvre, de Mme B et de M. C la somme totale de 1 500 euros à verser à la commune de Blangy-sur-Bresle sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la demande présentée par les requérants sur leur fondement soit accueillie.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Domaine de Penthièvre, Mme A B et M. D C est rejetée.
Article 2 : La société Domaine de Penthièvre, Mme B et M. C verseront la somme totale de 1 500 euros à verser à la commune de Blangy-sur-Bresle sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Domaine de Penthièvre, Mme A B, M. D C et à la commune de Blangy-sur-Bresle.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
La rapporteure,
L. FAVRE
La présidente,
C. BOYER Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 N° 2200768
SG
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2505083
Le Tribunal Administratif de Rouen a annulé l'arrêté préfectoral du 23 mai 2025 rejetant la demande de titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant bissau-guinéen. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'insertion scolaire, de la situation médicale et des perspectives d'intégration professionnelle de l'intéressé, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour au regard de ces éléments, en application des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2505081
Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF) et l'interdiction de retour associée. La juridiction a jugé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car il était signé par une personne habilitée, suffisamment motivé, et qu'il résultait d'un examen conforme des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (articles L. 613-1 notamment). Les autres demandes, incluant la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, ont également été rejetées.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2504587
Le Tribunal Administratif de Rouen rejette la requête en excès de pouvoir dirigée contre un arrêté préfectoral de refus de séjour, d'obligation de quitter le territoire et d'interdiction de retour. La juridiction accueille l'exception d'autorité de la chose jugée, constatant que le litige présente une identité d'objet, de cause et de parties avec un précédent jugement ayant déjà statué sur la légalité du même arrêté. En conséquence, les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et de condamnation aux dépens sont rejetées.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2502132
Le Tribunal Administratif de Rouen a statué sur une demande d'indemnisation d'un agent municipal du Havre pour une maladie professionnelle (épisode dépressif). Le tribunal a rejeté la demande principale fondée sur la responsabilité sans faute de la commune, considérant que l'agent n'avait pas démontré l'existence d'un préjudice distinct de celui déjà indemnisé ou en cours d'instruction. Il a toutefois condamné la commune à verser une somme complémentaire pour préjudice moral lié au retard dans le traitement de sa demande, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et des principes généraux de la responsabilité administrative.
03/04/2026