mardi 16 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2203042 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BLOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022, le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord et le préfet de la Seine-Maritime demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la société Fibre Translac de communiquer à l'Etat, dans un délai d'un mois, la position exacte des portions du câble sous-marin de télécommunications dénommé CrossChannel Fibre déployé entre Veules-les-Roses (Seine-Maritime) et Brighton (Royaume-Uni) n'ayant pas été enfouies, et la position exacte des portions de ce câble ensouillées à une profondeur inférieure à 75 centimètres ;
2°) d'enjoindre à la société Fibre Translac de communiquer à l'Etat, dans un délai d'un mois, un plan d'action détaillé pour le traitement des sections ensouillées à une profondeur inférieure à 75 centimètres ;
3°) d'enjoindre à la société Fibre Translac d'installer, dans un délai d'un mois, une protection externe sur les sections de câble non actuellement ensouillées ;
4°) d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 10 000 euros par jour de retard.
L'Etat soutient que :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
- elle résulte du risque de dommages humains et matériels dû à l'absence d'ensouillage ou de protection externe du câble sur certaines portions de son tracé, représentant 6,56 kilomètres ;
- la présence d'un câble sous-marin non protégé présente un danger pour les pêcheurs utilisant des engins trainants en cas de croche, ainsi que pour un navire mouillant une ancre ; le risque de naufrage ou de dommages matériels est important ; il concerne tout type de câble, qu'il soit un câble de transport d'électricité ou un câble de télécommunications ;
- l'ensemble du tracé du câble se situe sur des zones fréquentées par des navires de pêche pratiquant les arts trainants ;
- l'urgence est également caractérisée par la circonstance que le navire de surveillance envoyé en mer par la société Fibre Translac a été retiré le 4 mai dernier ;
En ce qui concerne l'absence de contestation sérieuse :
- l'Etat est fondé à agir sur le fondement des pouvoirs de police générale du préfet maritime, en vertu de l'article 1er du décret n°2004-112 du 6 février 2004 relatif à l'organisation de l'action de l'Etat en mer dès lors que les sections non protégées du câble créent un danger pour la sauvegarde des personnes et des biens et un risque d'atteinte à l'environnement en cas de submersion d'un navire ; ces pouvoirs de police maritime s'exercent tant en zone économique exclusive (ZEE) qu'en mer territoriale, conformément à la convention des Nations Unies sur le droit de la mer ;
- l'Etat est également fondé à agir sur le fondement des engagements contractuels pris par la société Fibre Translac dans sa convention d'utilisation du domaine public maritime du 16 septembre 2021, dès lors que cette société s'est engagée contractuellement à ensouiller le câble sur l'ensemble de son tracé, tant en mer territoriale qu'en zone économique exclusive (ZEE) ; qu'elle s'est également engagée par l'article 3 et l'annexe 2 point 7.1 à se conformer aux prescriptions faites par le préfet maritime en matière de sécurité maritime et de protection de l'environnement ;
En ce qui concerne l'utilité des mesures sollicitées :
S'agissant de l'injonction de communiquer la position exacte des portions de câble n'ayant pas été ensouillées et celles ensouillées à une profondeur inférieure à 75 centimètres, par la communication d'un rapport d'ensouillage complet et actualisé :
- cette mesure est utile dès lors que les informations transmises par la société Fibre Translac ne permettent pas en l'état d'identifier avec précision les sections de câble ayant fait l'objet d'une protection adéquate ; les données communiquées par la société ont évolué sans que la société ne s'explique sur leur évolution ; en dernier lieu, la société fait état d'une portion non ensouillée de 6,4 kms dans la ZEE ;
- une part importante des portions présentées comme ensouillées le sont à une profondeur insuffisante pour prévenir un risque de croche, notamment à une profondeur inférieure à 0,75 mètres, qui est la profondeur minimale respectée par l'opérateur Réseau de Transport d'Electricité (RTE) ;
- l'Etat n'est pas en mesure d'initier lui-même une inspection des fonds marins le long du câble pour en vérifier la profondeur d'enfouissement dans des délais compatibles avec la nécessité de supprimer les risques ;
- l'Etat est donc fondé à saisir le juge des référés pour obtenir, lorsqu'il n'a pas le pouvoir de les prendre, des mesures à caractère coercitif à l'encontre de personnes privées afin de lui permettre de remplir normalement les missions de service public dont il est investi ;
S'agissant de l'injonction de réaliser des travaux de protection externe des sections de câble non actuellement ensouillées :
- la société Fibre Translac refuse d'exécuter la mise en demeure du préfet maritime du 23 mars 2022 tendant à la communication d'une solution technique durable permettant de protéger les sections non ensouillables du câble avant le 30 avril 2022 et de réaliser ces travaux de protection avant le 31 août 2022 ;
- l'Etat n'est pas en mesure d'exécuter d'office les travaux aux frais et risques de la société dans le bref délai nécessaire à la mise en sécurité du câble, compte tenu de la nécessité de respecter les procédures de la commande publique et de la nécessité de réaliser des études préalables susceptibles de différer la date de sécurisation du câble, alors que la société Fibre Translac est en mesure de procéder aux opérations complémentaires de sécurisation du câble sur la base des études qu'elle a fait effectuer ;
- l'Etat ne peut légalement envisager une résiliation de la convention d'utilisation du domaine public dès lors qu'une telle sanction serait disproportionnée aux regard des manquements de la société, qui pourrait solliciter l'indemnisation du préjudice résultant d'une telle sanction ;
- il est admis qu'en cas d'urgence, il soit fait injonction à une personne privée de réaliser des travaux tels que des travaux d'enfouissement d'un câble.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2022, la société Fibre Translac, représentée par Me Bloch et Me Le Goaziou, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les faits :
- la part résiduelle non ensouillée est à ce jour de 3,08 kms, elle est située en ZEE, la partie du câble située en mer territoriale étant intégralement ensouillée à l'issue des travaux réalisés en avril 2022 ;
En ce qui concerne la compétence territoriale :
- le tribunal administratif de Rouen n'est pas territorialement compétent pour connaître du présent litige, le pouvoir de police du préfet maritime impliquant une compétence déterminée par le lieu du siège de la société, sis à Paris ; à tout le moins, le tribunal administratif de Rouen n'est compétent que pour connaître des conclusions présentées par le seul préfet de la
Seine-Maritime ;
En ce qui concerne la recevabilité de la requête :
- les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint de communiquer la position exacte des portions de câble n'ayant pas été enfouies et celles ensouillées à une profondeur inférieure à 75 centimètres sont irrecevables car dépourvues d'objet, le rapport d'ensouillage actualisé étant produit à l'instance à l'appui du mémoire en défense ;
- les autres conclusions sont irrecevables dès lors que l'Etat ne peut demander au juge des référés d'imposer des mesures qu'il peut prendre lui-même ; qu'en l'espèce, il peut déroger aux règles des marchés publics en cas d'urgence, et il peut ordonner des mesures en application de la convention d'utilisation du domaine public maritime ;
- les mesures demandées sont irréalisables dans le délai sollicité et constituent des demandes irrecevables de ce fait ;
- les mesures demandées sont trop générales et imprécises, et par suite irrecevables ;
- les conclusions tendant à ce que les portions non ensouillées du câble soient couvertes d'une protection externe sous un mois sont irrecevables car elles font obstacle à l'exécution d'une décision administrative, en l'espèce la mise en demeure du 23 mars 2022, qui formule la même injonction mais fixe un délai au 31 août 2022 qui serait nécessairement méconnu en cas de prononcé par le juge des référés de l'injonction demandée dans la présente requête ;
- les conclusions tendant à l'exécution de travaux d'installation d'une protection externe, et à la définition de travaux relatifs aux parties du câble ensouillées à moins de 75 cm sont irrecevables car ces mesures ne présentent pas de caractère conservatoire ou provisoire, mais ont un caractère définitif par nature et ne relèvent donc pas de la compétence du juge des référés ;
En ce qui concerne l'urgence :
- l'urgence alléguée par l'Etat n'est pas établie, dès lors que le danger réel de croche par un câble de télécommunication sous-marin n'est pas suffisamment démontré ; le risque est très différent de celui d'une croche avec un câble électrique sous-marin ; le signalement du câble et l'information des pêcheurs sont possibles ; en outre, le préfet maritime a interdit temporairement dans les zones non ensouillées le mouillage et la pêche par un arrêté du 14 janvier 2022, ce qui permet d'assurer l'ordre public ; que le trafic de pêche a fait l'objet de deux études poussées, qui ont démontré un trafic très faible et aléatoire des navires de pêche sur la zone concernée par les portions de câble non ensouillées ;
En ce qui concerne l'existence de contestations sérieuses faisant obstacle à ce que les mesures demandées soient prononcées :
S'agissant des obligations contractuelles de la société Fibre Translac :
- en mer territoriale, les exigences contractuelles découlant de la convention d'utilisation du domaine public maritime ont été respectées puisque la campagne menée du 11 au 15 avril 2022 a permis d'achever l'ensouillage ;
- en zone économique exclusive, il n'existe pas d'agrément de la part des autorités de l'Etat côtier, et la société Fibre Translac s'est bornée à s'engager, dans son dossier de demande de concession du domaine public maritime, à atteindre une profondeur cible d'ensouillage de 1,5 m si les conditions du sol le permettent sans exclure l'hypothèse que l'ensouillage ne soit pas possible partout ;
- aucune disposition contractuelle ne prévoit une profondeur minimale d'ensouillage de 0,75 m ou autre de sorte que l'Etat ne peut valablement soutenir qu'une telle profondeur est nécessaire au titre du respect des obligations contractuelles ;
- les solutions proposées, à savoir l'enrochement ou l'installation d'une couche de béton, impliqueraient des atteintes environnementales importantes, représenterait un coût disproportionné par rapport à l'économie du projet et ne peuvent être mises en place dans l'urgence ;
En ce qui concerne les pouvoirs de police du préfet maritime :
- les demandes de l'Etat ne peuvent valablement reposer sur les pouvoirs de police du préfet maritime au-delà de la mer territoriale, dès lors qu'en vertu de la convention des Nations Unies sur le droit de la mer, l'Etat côtier n'a pas de pouvoir général de police sur le plateau continental ou en zone économique exclusive, et il ne dispose, en vertu de l'article 77 de la convention des Nations Unies sur le droit de la mer, que de droits souverains aux fins de l'exploration et de l'exploitation de ses ressources naturelles sur le plateau continental ;
- s'agissant de la pose de câbles sous-marins sur le plateau continental, la convention des Nations Unies sur le droit de la mer accorde certains pouvoirs de police aux Etats côtiers (article 79 paragraphes 2 et 4) mais cette convention ne permet pas à l'Etat côtier d'exercer en ZEE ou sur le plateau continental, un pouvoir de contrainte ou de mise en demeure sur le propriétaire des câbles ; les mesures sollicitées du juge des référés en zone économique exclusive sont donc contraires au droit international de la mer en tant qu'elles font obstacle à la liberté de poser un câble sous-marin sur le plateau continental sous juridiction française.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C comme juge des référés ;
- les autres pièces du dossier, notamment les pièces numérotées 13-3 et 13-4, produites par la société Fibre Translac le 9 août 2022, et communiquées à l'Etat par l'intermédiaire de la plate-forme sécurisée de la juridiction administrative le 9 août 2022 du fait de l'impossibilité technique de les transmettre par l'application Télérecours.
Vu :
- la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer conclue à Montego Bay le 10 décembre 1982 ;
- le code de l'environnement ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- l'ordonnance n° 2016-1687 du 8 décembre 2016 ;
- le décret n°2004-112 du 6 février 2004 ;
- le décret n° 2013-611 du 6 juillet 2013 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoqués à une audience publique.
Au cours de l'audience publique tenue le 10 août 2022 à 9h30 en présence de Mme Savornin, greffière, ont été entendus :
- le rapport de Mme Galle, juge des référés ;
- les observations de M. A, de Mme D, et de M. B représentant le préfet maritime de la Manche et de la Mer du Nord, et celles de Mme F et de M. E, représentant le préfet de la Seine-Maritime ; l'Etat conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ; il précise en outre que le préfet maritime est compétent pour prendre toute mesure afin de sauvegarder la vie humaine y compris en ZEE en vertu du décret du 6 février 2004, ce qui a justifié la mise en demeure du 23 mars 2022 ; que le tracé du câble croise la première zone de pêche pour la coquille Saint-Jacques en France ; qu'il y a urgence à intervenir compte tenu des risques, y compris s'agissant d'un câble de télécommunication, ce type de câble pouvant présenter un risque spécifique de croche du fait de son élasticité, impliquant un non-déclenchement des systèmes de sécurité sur les navires ; que ce risque est réel bien que différent du risque de croche avec un câble électrique sous-marin ; que le principe de précaution implique cependant de prendre des mesures de protection du câble CCF, d'autant que la saison de la pêche à la coquille Saint-Jacques débutera en octobre, ce qui implique de lancer les travaux de protection dès à présent ; que l'activité de pêche dans la zone concernée par les sections non ensouillées du câble est réelle ; que l'étude fournie par la société pour minimiser la présence de navires de pêche sur la zone est contestable car elle se fonde sur des données dites AIS qui ne sont pas exhaustives, contrairement aux données VMS qui montrent la présence d'une activité de pêche réelle même si l'activité de pêche y apparait comme résiduelle selon une étude récente ; que le préfet maritime a donné un avis favorable au projet en l'assortissant d'une prescription imposant l'installation de solutions alternatives lorsque l'ensouillage ne serait pas possible ; que la société s'est contractuellement engagée, y compris en ZEE, à protéger le câble ; que la demande relative au traitement des zones ensouillées à moins de 75 cm est utile car il s'agit de la profondeur à laquelle peuvent s'enfoncer les dragues des navires pêchant dans la zone ; qu'en ZEE, la règlementation de l'Etat côtier s'applique en matière de pêche, or les mesures demandées visent à prévenir des risques pour les pêcheurs ; cette compétence est compatible avec le § 2 de l'article 79 de la convention des Nations Unies sur le droit de la mer qui autorise l'Etat côtier à prendre des mesures raisonnables pour " l'exploitation de ses ressources naturelles " sur le plateau continental ;
- les observations de Me Bloch et de Me Le Goaziou, représentant la société Fibre Translac ; la société conclut aux mêmes fins que son mémoire par les mêmes moyens et précise en outre que l'urgence n'est pas établie dès lors que le simple danger de croche par un câble ne constitue pas un risque suffisant justifiant l'urgence à prendre les mesures sollicitées ; qu'il n'est pas établi que des accidents soient intervenus du fait d'une croche par un câble de télécommunication, qui sont de faible diamètre et sont facilement sectionnés par la drague en cas de croche, contrairement aux câbles électriques sous-marins ; que le risque est d'ailleurs limité car il est signalé par un avis aux navigateurs comportant les coordonnées du câble, et un arrêté du 14 janvier 2022 du préfet maritime imposant des restrictions à la pratique de la pêche autour des zones non ensouillées, précisément identifiées ; qu'à la demande des pêcheurs eux-mêmes, la société Fibre Translac s'apprêtait avant l'introduction du recours à solliciter de la préfecture maritime la levée des restrictions de pêche en mer territoriale ; que la concession d'utilisation du domaine publique maritime ne s'applique qu'en mer territoriale et non en ZEE ; qu'il existe de très nombreux câbles non ensouillées dans la Manche ; que la demande relative à la production d'un plan détaillé relatif au traitement des zones ensouillées à moins de 75 cm n'est aucunement justifiée tant du point de l'urgence - aucune demande n'ayant été faite à ce sujet alors que la profondeur d'ensouillage est connue pour la majorité du parcours depuis plusieurs mois - que du point de vue de l'utilité de la mesure, cette exigence de la part des autorités étant entièrement nouvelle et n'étant pas prévue par la concession d'occupation du domaine public maritime et qu'elle est au demeurant trop imprécise ; que la demande relative à la production d'un rapport d'ensouillage a perdu son objet en cours d'instance dès lors que le rapport est produit ; que le principe de sécurité juridique fait obstacle à l'édiction des mesures demandées, la société s'étant conformée à l'ensemble des exigences légales et règlementaires applicables ; qu'il existe une discrimination, aucun autre opérateur de câbles sous-marin n'ayant été soumis à de telles exigences ; qu'il n'est pas établi que la profondeur de 75 cm alléguée correspond à celle des dragues des navires, cette profondeur résultant d'une demande du comité régional des pêches en référence aux pratiques existantes pour les câbles électriques ; que la société Fibre Translac s'est vue refuser la désignation d'un collège d'experts, et propose à l'Etat de désigner un médiateur.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
2. La société Fibre Translac, a pour activité la détention et la gestion du système de câble sous-marin dénommé CrossChannel Fibre (CCF), installé dans la Manche, et reliant les deux stations d'atterrage de Veules-les-Roses (Seine-Maritime) et Brighton au Royaume-Uni. Ce câble sous-marin est un câble de télécommunication à fibres optiques, déployé d'abord sur 26,006 kilomètres sur le domaine public maritime français, c'est-à-dire dans la mer territoriale telle que définie à l'article 5 de l'ordonnance du 8 décembre 2016 susvisée et aux articles
L. 2111-4 et R. 2111-4 du code général de la propriété des personnes publiques. Le câble CCF se déploie ensuite sur 50,3 kilomètres en zone économique exclusive (ZEE) française, avant d'atteindre la ZEE britannique. Le diamètre du câble CCF est de 0,04 mètres à l'exception d'une section proche de la côte, protégée par des coquilles articulées d'un diamètre de 0,1698 mètres.
3. Le projet a fait l'objet, pour ce qui concerne la partie du câble situé sur le domaine public maritime, d'une convention d'utilisation du domaine public maritime entre l'Etat et la société Fibre Translac en date du 16 septembre 2021, approuvée par un arrêté du préfet de la
Seine-Maritime du même jour. La société Fibre Translac a également déposé auprès du préfet de la Seine-Maritime une déclaration au titre de la loi sur l'eau, qui a donné lieu à un enregistrement tacite sans prescription. A l'issue de la première campagne de travaux, réalisés à l'automne 2021, il a été constaté que l'ensemble du tracé du câble sous-marin n'avait pu faire l'objet d'un enfouissement ou ensouillage adéquat tel que prévu par la société, et que plusieurs sections totalisant alors 6,556 kms de câble n'avaient pas pu être ensouillées, la charrue du navire câblier n'ayant pu percer la bande rocheuse rencontrée. Des travaux complémentaires d'ensouillage ont été menés en janvier 2022 pour tenter de remédier à ces défauts d'ensouillage. Il a également été constaté que certaines portions du câble n'étaient pas suffisamment ensouillées au regard de la profondeur cible de 1,5 m prévue dans la convention d'utilisation du domaine public maritime.
4. En raison du danger représenté par les parties non protégées du câble CrossChannel Fibre pour l'activité des navires de pêche aux arts traînants (chaluts et dragues à coquilles), le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord a, par un arrêté du 23 mars 2022, mis en demeure la société Fibre Translac de lui adresser, avant le 30 avril 2022, une solution technique (matelas de béton, enrochement ou méthodes similaires) afin de protéger les sections non ensouillables. Il a également mis en demeure la société d'installer ces protections au plus tard le 31 août 2022. Par un courrier du 31 mars 2022, le préfet de la Seine-Maritime a également mis en demeure la société Fibre Translac de lui fournir le calendrier des opérations complémentaires pour les travaux d'ensouillage restant à réaliser sur une portion de 1401 mètres sur le domaine public maritime à proximité de la côte, de réaliser les travaux d'ensouillage avant le 15 avril 2022, et de lui fournir le profil d'ensouillage sur l'ensemble du tracé à l'issue des travaux. Ces travaux complémentaires ont été réalisés en avril 2022, et ont permis l'ensouillage du câble sur l'ensemble du tracé situé sur le domaine public maritime. S'agissant de la partie du câble située en dehors du domaine public maritime, l'analyse des données relevées lors de la campagne de janvier 2022 a permis d'établir que les portions de câble non ensouillées avaient été réduites à une longueur totale de 3,08 kms, situées dans un tronçon d'environ 6 kilomètres, exclusivement en ZEE.
5. Par un courrier du 29 avril 2022 adressé au préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, la société Fibre Translac a fait part de son refus d'effectuer des travaux d'installation de protection externe du câble sur ces sections restant non ensouillées en ZEE française, aux motifs qu'une telle solution n'était pas pertinente au regard de la fréquentation limitée de la zone par les navires de pêche, de l'impact environnemental d'une telle mesure, et de son coût disproportionné au regard du financement du projet. Par courrier du 24 mai 2022, la société Fibre Translac a formé auprès de la Première ministre un recours hiérarchique dirigé contre la mise en demeure du 23 mars 2022, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet.
6. Par la présente requête, le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord et le préfet de la Seine-Maritime demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre diverses mesures à la société Fibre Translac afin de mettre fin au danger représenté par la présence de sections non protégées du câble CrossChannel Fibre.
Sur la compétence territoriale de la juridiction :
7. Aux termes de l'article R. 522-8-1 du code de justice administrative : " Par dérogation aux dispositions du titre V du livre III du présent code, le juge des référés qui entend décliner la compétence de la juridiction rejette les conclusions dont il est saisi par voie d'ordonnance. ".
8. Aux termes de l'article R. 312-7 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux déclarations d'utilité publique, au domaine public, () et, de manière générale, aux décisions concernant des immeubles relèvent de la compétence du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouvent les immeubles faisant l'objet du litige. ". Aux termes de l'article R. 312-8 du même code : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions. () ".
9. Il résulte des termes de la requête que les demandes présentées au juge des référés par l'Etat visent, d'une part, à obtenir la production d'un rapport d'ensouillage actualisé portant sur l'ensemble du tracé du câble relevant de la souveraineté de la juridiction de la République française, sur le domaine public maritime comme en dehors de celui-ci. La requête vise également à obtenir l'exécution, par la société Fibre Translac, de la mise en demeure édictée par le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord le 23 mars 2022 sur le fondement de ses pouvoirs de police générale en mer, cette mise en demeure couvrant notamment la partie du câble située sur le domaine public maritime français. Enfin, la requête de l'Etat vise également à obtenir l'exécution des obligations contractuelles mises à la charge de la société Fibre Translac par la convention d'occupation du domaine public maritime signée le 16 septembre 2021.
10. La dépendance du domaine public maritime dont l'occupation par la société Fibre Translac a été autorisée par l'Etat se trouve dans le département de la Seine-Maritime, qui est inclus dans le ressort territorial du tribunal administratif de Rouen.
11. Si, comme le soutient en défense la société Fibre Translac, la requête a été signée par le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord et par le préfet de la Seine-Maritime, elle a néanmoins été présentée par une seule personne morale, l'Etat. Par suite, et alors, au demeurant, que les dispositions de l'article R. 411-5 du code de justice administrative ne s'appliquent pas lorsque, comme en l'espèce, la requête est présentée par une seule personne morale, il n'y a pas lieu, contrairement à ce que soutient la société, de distinguer au sein de la requête des conclusions qui seraient présentées par le préfet maritime d'une part et le préfet de la
Seine-Maritime d'autre part, pour rejeter totalement ou partiellement, comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, la requête en référé présentée par l'Etat.
12. Par suite, le tribunal administratif de Rouen est compétent territorialement pour connaître de l'ensemble des conclusions de la requête.
Sur l'exception de non-lieu à statuer partiel :
13. Il résulte de l'instruction qu'à l'appui de son mémoire en défense du 9 août 2022, la société Fibre Translac a produit un rapport d'ensouillage actualisé détaillé couvrant l'intégralité du tracé du câble, en mer territoriale et en ZEE française. Ce rapport comporte un profil d'ensouillage couvrant l'intégralité du tracé, une analyse littérale intitulée " commentaires après la pose ", actualisée après la dernière campagne de travaux d'avril 2022, et comportant notamment un tableau intitulé " évaluation de l'ensouillage " présenté par grandes sections du tracé du câble. Ce rapport est accompagné d'une annexe 1 datée du 4 août 2022 intitulée " CrossChannel Fibre : analyse de l'ensouillage, zone 5 " spécifiquement consacrée à la zone 5 comprise entre le point kilométrique 93.38 et le point kilométrique 100.58, dans laquelle se trouvent les sections n'ayant pu être ensouillées, accompagné d'un graphique détaillant les portions dans lesquelles le câble est enterré et celles dans lesquelles il est posé en surface pour cette zone. Enfin, la société Fibre Translac a également transmis une annexe numérotée 13-3 sous forme de tableau, établi à partir d'enregistrements vidéo croisés avec les données topographiques, comportant l'ensemble des données brutes d'ensouillage et indiquant de manière précise la profondeur d'ensouillage à l'aide de relevés systématiques de la profondeur d'enfouissement du câble sur l'ensemble de son tracé, les relevés étant espacés de quelques centimètres au plus.
14. Les données figurant dans ce tableau permettent de déterminer précisément quelles portions du câble CrossChannel Fibre sont ensouillées à une profondeur inférieure à 75 cm, quelles portions ne sont pas ensouillées, et la localisation exacte de ces portions. Le contenu et le caractère exploitable de ce document ne sont d'ailleurs pas contestés en défense par l'Etat.
15. Par suite, la demande présentée au juge des référés tendant à ce qu'il soit enjoint à la société Fibre Translac de communiquer à l'Etat, dans un délai d'un mois, la position exacte des portions du câble n'ayant pas été enfouies et de celles ensouillées à une profondeur inférieure à 75 centimètres a perdu son objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les autres mesures demandées au juge des référés :
16. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
En ce qui concerne la demande tendant à ce que la société Fibre Translac présente un plan d'action pour le traitement des sections du câble ensouillées à moins de 75 cm :
Sur l'urgence :
17. Afin d'établir l'urgence, l'Etat invoque le risque d'accident causé par la présence de parties non ensouillées du câble, dans une zone de pêche fréquentée par des navires pratiquant les arts trainants, c'est-à-dire utilisant des chaluts de fond ou des dragues, en cas de croche de ces engins avec le câble non ensouillé ou insuffisamment ensouillé. L'Etat fait valoir que les zones en cause étant particulièrement fréquentées par de tels navires, notamment dans le cadre de la pêche à la coquille Saint-Jacques, il y a urgence à prendre les mesures sollicitées afin que les travaux de protection du câble puissent débuter au plus tôt. Toutefois, il n'est pas sérieusement contesté que les risques de croche par le câble sous-marin sont différents selon que le câble n'est pas ensouillé du tout ou qu'il est ensouillé à une profondeur insuffisante. Par suite, dès lors que l'Etat demande au juge des référés, d'une part, d'enjoindre à la société de produire sous un mois un plan d'action détaillé pour le traitement des zones ensouillées à moins de 75 cm de profondeur et, d'autre part, de réaliser sous un mois des travaux de protection externe des sections du câble non ensouillées, il y a lieu d'apprécier de manière distincte l'urgence à édicter ces deux mesures.
18. Pour établir le risque de croche pour les navires pratiquant les arts trainants, l'Etat produit à l'appui de sa requête des rapports du Bureau enquête accidents démontrant la gravité des conséquences en cas de croche de navire, gravité qui n'est pas contestée en défense. Toutefois, ces rapports ne concluent pas avec certitude à l'existence d'une croche avec un câble sous-marin, ni même avec un câble sous-marin de télécommunications, alors que la société fait valoir à l'instance que les risques liés à un croche d'un câble de télécommunication sont différents de ceux posés par la présence de câbles électriques. Il résulte notamment des éléments présentés par la société Fibre Translac lors d'une réunion du 4 mars 2022 et produits à l'instance par cette société que les câbles de télécommunications, d'un diamètre moins important que celui des câbles électriques, peuvent être plus facilement rompus que des câbles électriques, du fait de la puissance des moteurs des navires de pêche, et qu'il est possible de libérer l'équipement de pêche en cas d'accrochage du câble dans les situations d'urgence. Si, à l'audience, l'Etat fait valoir que les câbles de télécommunications présentent néanmoins un risque important en cas de croche du fait de l'élasticité de ces câbles qui peuvent entraîner des dommages importants du fait du non déclenchement des systèmes de sécurité présents à bord, aucun élément technique n'est fourni au dossier sur ce point. Le rapport de l'Ifremer produit à l'instance par l'Etat intitulé " Synthèse des connaissances sur les impacts des câbles électriques sous-marins : phases des travaux et d'exploitation ", daté du 27 mars 2019, porte exclusivement sur l'impact des câbles électriques et ne permet pas d'apprécier l'urgence à demander à la société de présenter le " plan d'action " susvisé relatif à certaines portions du câble de télécommunications CrossChannel Fibre. Si l'Etat fait également valoir à l'audience que la profondeur d'enfouissement de 75 cm est celle requise pour éviter le risque de croche par des dragues, lesquelles peuvent s'enfoncer jusqu'à une telle profondeur, aucun élément du dossier ne vient corroborer cette allégation, le rapport précité de l'Ifremer précisant d'ailleurs au point 9.2 que " La pénétration maximale des panneaux de chalutiers reste limitée pour toute une gamme de types de chalut et de types de substrat (Rességuier et al, 2009) ". La profondeur d'enfouissement des dragues est au demeurant nécessairement liée à la nature des sédiments selon les zones concernées, de sorte qu'il n'est pas établi qu'une telle profondeur de 75 cms devrait être atteinte sur l'ensemble du tracé du câble. Le point 1.4 du rapport d'ensouillage dans sa version d'août 2022 fourni par la société Fibre Translac présente en outre des développements sur la profondeur maximale de pénétration des dragues à pétoncles estimée à " 0,075 m ", qui ne font l'objet d'aucune contestation précise de la part de l'Etat. La circonstance que, selon les termes d'un courrier du 1er avril 2022 du comité régional des pêches de Normandie, la profondeur d'enfouissement de 75 cm serait celle respectée par l'opérateur RTE ne permet pas davantage d'établir l'existence d'un danger immédiat posé par les sections du câble CCF ensouillées à moins de 75 cm, étant donné l'existence de différences entre les caractéristiques des câbles électriques et celles des câbles de télécommunications.
19. Il résulte également de l'instruction que ni la convention d'utilisation du domaine public maritime du 16 septembre 2021 ni l'avis conforme rendu par le préfet maritime avant l'approbation de cette convention, ne font état d'une obligation contractuelle de la société Fibre Translac d'ensouiller le câble à au moins 75 cm de profondeur ou de prévoir une solution alternative pour l'ensemble des sections où cette profondeur ne peut être atteinte. Si la société s'est engagée, dans le cadre de cette convention portant sur le domaine public maritime, à ensouiller le câble " sur son intégralité pour garantir la sécurité maritime des autres usagers ", il ressort du point 4.3.6 de l'annexe 2 à la convention d'utilisation du domaine public, que " l'ensouillage du câble est prévu sur la totalité du tracé jusqu'à la limite de la zone économique exclusive et au-delà. La profondeur cible d'ensouillage dans les sédiments est de 1,5 m, si les conditions de sol le permettent. Certaines parties ne seront peut-être toutefois pas ensouillées du fait de la possible présence d'affleurements rocheux et de reliefs inadaptés à l'utilisation de l'outil d'ensouillage ". La référence, dans l'avis conforme du préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, à l'installation de " solutions alternatives à l'ensouillage " permettant de " protéger parfaitement les câbles afin de réduire au maximum le risque de croche " ne concerne pas l'ensemble des sections ensouillées à moins de 75 cm de profondeur. Il résulte également de l'instruction qu'après les campagnes de travaux de l'automne 2021 et de janvier 2022, l'Etat a été destinataire d'un rapport d'ensouillage, daté du 17 février 2022, qui démontre la présence de sections du câble ensouillées à moins de 75 cm. A la suite de ce rapport, la mise en demeure du préfet maritime de la Manche et de la Mer du Nord s'est bornée à exiger la protection des " sections non ensouillables ", et n'a pas exigé de la société Fibre Translac la présentation d'un plan pour le traitement des sections ensouillées à moins de 75 cm de profondeur. Enfin, il résulte de l'instruction que par un arrêté du 14 janvier 2022, le préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord a édicté des restrictions à la navigation - consistant en l'interdiction du mouillage des navires, de la pêche et de la plongée sous-marine - durant les opérations d'ensouillage du câble, qui ne concernent que les zones non-ensouillées du câble. Aucun arrêté complémentaire n'a été édicté à ce jour pour restreindre temporairement les activités précitées sur les sections de câble ensouillées à moins de 75 cm.
20. Ainsi, et alors, au demeurant, que l'étude précise des caractéristiques de la localisation des différentes zones ensouillées à moins de 75 cm de profondeur - afin d'apprécier l'importance du risque encouru par les navires de pêche - n'a pas encore pu être réalisée, il n'est pas établi qu'il existe, à la date de la présente ordonnance, une urgence, caractérisée notamment par l'existence d'un danger immédiat, à enjoindre à la société Fibre Translac de présenter un plan d'action détaillé pour le traitement de l'ensemble des sections de câble ensouillées à moins de 75 cm. La condition d'urgence n'est donc pas remplie.
Sur l'existence d'une contestation sérieuse :
21. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 18 et 19, et alors que la convention d'occupation du domaine public maritime, qui ne peut, en tout état de cause, que s'appliquer sur la partie du câble CCF situé sur le domaine public maritime français, et non au-delà, ne prévoit pas de profondeur minimale d'ensouillage du câble à 75 cm, il existe en l'espèce une contestation sérieuse de nature à faire obstacle à ce que le juge des référés enjoigne à la société Fibre Translac la présentation d'un plan d'action détaillé pour le " traitement " de l'ensemble des sections du câble ensouillées à moins de 75 cm.
22. Il résulte de ce qui précède que la demande précitée de l'Etat présentée sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doit être rejetée.
En ce qui concerne la demande tendant à ce qu'il soit enjoint à la société Fibre Translac d'installer dans un délai d'un mois une protection externe (ensouillage, matelas de béton, enrochement ou méthodes similaires) sur les sections de câble non actuellement ensouillées :
23. Il est constant que les sections du câble restant non ensouillées à ce jour, qui totalisent une longueur de 3,08 kilomètres en ZEE française se trouvent sur une bande rocheuse qui ne permet pas la réalisation de tentatives supplémentaires d'ensouillage. Il résulte en outre des pièces du dossier que les deux seules techniques alternatives évoquées par l'Etat pour assurer la sécurité maritime dans les zones en cause sont la réalisation d'une protection externe du câble, par l'installation d'un matelas de béton ou par le déversement de roches, aucun élément du dossier ne venant suggérer l'existence d'une ou plusieurs techniques alternatives pour assurer une " protection externe " au câble. Ces deux techniques sont mentionnées dans un " Guide de bonnes pratiques entre les Comités des pêches maritimes et des élevages marins et RTE relatif à la construction et l'exploitation des liaisons électriques sous-marines ", produit par l'Etat à l'appui de son recours, et qui concerne des câbles électriques d'une nature différente des câbles de télécommunications. Le rapport de l'Ifremer de 2019 cité au point 18, également consacré aux câbles électriques sous-marins, ne fait quant à lui pas état de ces deux techniques, et indique aux points 2.2.2, 2.23, 9.2 et 11.2.1 qu'il existe des interdictions d'usage (notamment de pratique de la pêche) lorsque l'ensouillage n'est pas possible.
24. D'une part, il résulte des pièces du dossier que les deux techniques précitées présentent un caractère définitif et non un caractère provisoire. S'agissant de la solution de l'enrochement du câble, la société Fibre Translac produit un courrier de son consultant Pioneer Consulting du 8 août 2022. Ce courrier indique qu'il serait nécessaire, compte tenu des modalités de déversement des roches sur des fonds se trouvant à une profondeur moyenne de 50 mètres, de déverser environ 9000 tonnes de roche par kilomètre en l'espèce sur les sections non ensouillées et fait au demeurant état des doutes sur la capacité du câble CCF, non conçu pour être installé dans un tel contexte, à résister à une telle opération. L'Etat ne démontre au demeurant nullement l'absence d'impact environnemental excessif de la réalisation de tels travaux, qui n'ont en particulier fait l'objet d'aucune étude dans le dossier de déclaration déposé au titre de la loi sur l'eau. Ainsi, la demande de l'Etat tendant à ce qu'il soit enjoint à la société Fibre Translac de réaliser des travaux de protection externe du câble dans un délai d'un mois ne revêt aucun caractère provisoire.
25. D'autre part, à supposer même que l'installation d'une protection externe par un matelas de béton ou la création d'un enrochement dans les zones non ensouillables puisse être considérée comme une solution technique adaptée au cas du câble CCF contre le risque de croche, il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle solution, présentant, ainsi qu'il a été dit, un caractère non provisoire, résulte d'une obligation légale ou règlementaire, ni même qu'elle résulterait, sans contestation sérieuse, des engagements contractuels souscrits par la société Fibre Translac dans le cadre de la convention d'utilisation du domaine public maritime. Il ne résulte pas davantage de l'instruction qu'une telle mesure à caractère définitif puisse résulter, sans contestation sérieuse, de l'exercice par le préfet maritime de son pouvoir de police générale défini à l'article 2 du décret du 6 février 2004 relatif à l'organisation de l'action de l'Etat en mer, compte tenu notamment des autres mesures de police pouvant être édictées par cette autorité afin d'assurer la sauvegarde des personnes et des biens en mer.
26. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'urgence, la demande de l'Etat relative à la réalisation de tels travaux, présentée sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doit être rejetée.
27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense par la société Fibre Translac.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
28. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la société Fibre Translac de communiquer à l'Etat, dans un délai d'un mois, la position exacte des portions du câble n'ayant pas été enfouies et de celles ensouillées à une profondeur inférieure à 75 centimètres.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : L'Etat versera à la société Fibre Translac une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la Première ministre, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, et à la société Fibre Translac.
Copie en sera adressée au préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord et au préfet de la Seine-Maritime.
Fait à Rouen, le 16 août 2022.
La juge des référés,
Signé :
C. C
La greffière,
Signé :
M. G
La République mande et ordonne à la Première ministre, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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