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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2203425

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2203425

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2203425
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantRICHER ET ASSOCIES DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 août 2022 et le 30 décembre 2022, Mme A C, représentée par Me Gruau, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre communal d'action social (CCAS) de Vernon à lui verser la somme de 90,20 euros, majorée des intérêts de droit à compter de la date de réception de sa demande préalable, au titre de ses heures complémentaires ;

2°) d'ordonner au CCAS de Vernon de communiquer les relevés d'heures complémentaires pour la période allant du 7 février au 15 février 2020 ;

3°) de condamner le CCAS de Vernon à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle a subi du fait du harcèlement moral dont elle a été victime ou, subsidiairement, du fait des manquements de son employeur à son obligation de sécurité ;

4°) de mettre à la charge du CCAS de Vernon une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le CCAS de Vernon ne lui a pas versé l'intégralité des sommes dues au titre de ses heures complémentaires pour les mois de décembre 2019 et février 2020 pour un montant de 90,20 euros ;

- elle a été victime d'agissements de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie à l'origine d'une souffrance au travail l'ayant conduite à être placée en arrêt de maladie ;

- subsidiairement, en l'exposant à des conditions de travail dégradées, le CCAS a manqué à son obligation de sécurité ;

- son préjudice moral devra être indemnisé à hauteur de 5 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 septembre 2022 et le 20 mars 2023, le CCAS de Vernon, représenté par le cabinet Richer et associés droit public, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la demande formulée au titre de l'indemnisation des heures complémentaires des 12 et 13 février 2022 est irrecevable, faute de demande indemnitaire préalable ;

- Mme C a été rémunérée, en mai 2020, au titre des heures complémentaires effectuées en décembre 2019 et février 2020, conformément au décret du 11 mai 2020 ;

- il a versé à la requérante, en mars 2020, une rémunération au titre des heures complémentaires effectuées par la requérante les 12 et 13 février 2020 ;

- aucun harcèlement moral, ni manquement à son obligation de sécurité ne peut lui être reproché.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 91-298 du 20 mars 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boucetta,

- et les conclusions de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée par le CCAS de Vernon en qualité d'adjointe technique, en vue d'exercer les fonctions d'agent au sein d'une résidence autonomie, sur un emploi permanent à temps non complet, par un contrat à durée déterminée pour la période comprise du 11 mars 2019 au 31 décembre 2019, renouvelé jusqu'au 31 décembre 2020, et pour lesquelles elle bénéficiait d'un logement de fonction pour nécessité absolue de service. Par lettre du 9 novembre 2020, le président du CCAS de Vernon a informé Mme C de sa décision de ne pas renouveler son contrat. Après avoir adressé au CCAS de Vernon, par lettre du 27 avril 2022, une demande indemnitaire préalable, rejetée par lettre du 23 juin 2022, Mme C demande au tribunal, par la requête susvisée, de condamner le CCAS de Vernon à l'indemniser à hauteur de 5 000 euros au titre de son préjudice moral du fait du harcèlement moral dont elle a été victime ou, subsidiairement, du manquement à son obligation de sécurité et à lui verser la somme de 90,20 au titre d'heures complémentaires non rémunérées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne les heures complémentaires :

2. En vertu de l'article 20 alors en vigueur de la loi du 13 juillet 1983, les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, le supplément familial de traitement et les indemnités accessoires. Aux termes de l'article 105 alors en vigueur de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, applicable aux agents nommés dans des emplois permanents à temps non complet : " Le traitement ainsi que les indemnités ayant le caractère de complément de traitement sont calculés au prorata du nombre d'heures hebdomadaires de service afférent à l'emploi. () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 20 mars 1991 : " Les emplois permanents à temps non complet sont créés par délibération de l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement. / Cette délibération fixe la durée hebdomadaire de service afférente à l'emploi en fraction de temps complet exprimée en heures. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'une durée hebdomadaire de service servant de base au calcul de la rémunération d'un agent à temps non complet a été fixée par délibération de l'organe délibérant, le temps effectif de travail que l'agent accomplit par semaine doit correspondre à cette durée et que, s'il vient à être dépassé à l'initiative de la commune, l'intéressé peut prétendre à un complément de rémunération.

4. Il résulte de l'instruction, notamment des décomptes des heures effectuées, que Mme C a effectué, au cours des mois de décembre 2019 et janvier 2020, un total de 10,5 heures complémentaires et, au cours du mois de février 2020, un total de 20,5 heures complémentaires, dont 8,5 heures du 1er au 7 février 2020 et 12 heures du 9 au 14 février 2020. Il est constant que l'indemnisation des heures complémentaires par le CCAS de Vernon devait intervenir sur la base d'un taux de majoration de 25 % pour chaque heure complémentaire accomplie dans la limite des quatorze premières heures. En revanche, contrairement à ce qu'invoque la requérante, cette majoration s'applique sur la seule base des heures réellement effectuées au taux horaire applicable au cours de l'année en cours. Ainsi, il résulte de l'instruction que l'intégralité des heures complémentaires effectuées par Mme C durant les mois de décembre 2019 à février 2020 a été rémunérée, selon ces modalités de majorations, en mars et mai 2020, ainsi qu'en attestent les fiches de paie produites.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions ni la fin de non-recevoir soulevée en défense, que Mme C n'est pas fondée à demander la condamnation du CCAS de Vernon à lui verser la somme de 90,20 euros, assortie des intérêts au taux légal, au titre des heures complémentaires.

En ce qui concerne les agissements de harcèlement moral et le manquement à l'obligation de sécurité :

6. Aux termes de l'article 6 quinquies alors en vigueur de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Aux termes de l'article 23 alors en vigueur de la même loi : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. "

7. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements, dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

8. Mme C soutient qu'elle a été confrontée à des conditions de travail très dégradées en raison d'une insuffisance de moyens et de personnels et a été contrainte d'assumer une charge de travail excessive. Toutefois, si le CCAS de Vernon reconnaît que Mme C devait exercer ses missions dans un environnement professionnel difficile, eu égard à la nature des missions confiées et à d'importantes contraintes budgétaires, la requérante, en produisant une unique attestation de la directrice de la résidence, n'apporte pas d'éléments suffisants de nature à établir que la gestion de la résidence souffrait d'une insuffisance de moyens et de personnels de nature à impacter sa santé physique ou psychique. En outre, si Mme C établit avoir effectué des heures complémentaires sur la période de décembre 2019 à février 2020, lesquelles ont d'ailleurs été dûment rémunérées, l'intéressée ne produit pas d'élément de nature à établir une surcharge de travail structurelle. Par ailleurs, la seule circonstance que Mme C a été sollicitée afin de préparer des repas pour un nombre important de résidents durant le mois de février 2020 ne permet pas de démontrer que des missions excédant ses fonctions lui auraient été confiées, alors qu'elle devait occasionnellement assumer, ainsi que le révèle sa fiche de poste, la " réalisation du service de restauration ". Il ressort également de la fiche de poste de Mme C qu'elle assurait, outre ses missions d'agent d'entretien, des fonctions de gardienne de la résidence et devait gérer à ce titre les relations avec les résidents. Mme C n'établit d'ailleurs pas avoir sollicité une réorganisation particulière de ses conditions de travail, ni avoir alerté sa direction d'une surcharge particulière. Ainsi, si Mme C se plaint d'avoir été soumise à des sollicitations et nuisances permanentes, y compris durant la nuit, dès lors que son logement de fonction se situe sur le site de la résidence, elle ne démontre ni la réalité de ces allégations, ni même, à les supposer établies, qu'elles excéderaient les contraintes normales inhérentes à son emploi de gardienne d'une résidence autonomie pour personnes âgées. Enfin, si Mme C a été placée en arrêt maladie en raison de la dégradation de ses conditions de travail, le certificat médical qu'elle produit repose principalement sur les déclarations de l'intéressée. Par suite, Mme C n'apporte pas d'éléments suffisants susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements de sa hiérarchie pouvant être regardés comme constitutifs de harcèlement moral, ni permettant d'établir que l'administration aurait manqué à son obligation d'assurer sa sécurité.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander la condamnation du CCAS de Vernon à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions indemnitaires de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions des parties présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CCAS de Vernon tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Gruau et au centre communal d'action sociale de Vernon.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé : H. BOUCETTA

La présidente,

Signé : C. BOYERLe greffier,

Signé : J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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