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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204856

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204856

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204856
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la demande de M. B, qui sollicitait la condamnation de l'État à lui verser 1 000 euros en réparation du préjudice résultant de l'illégalité d'un refus de permis de visite en salon familial. Le tribunal a estimé que, malgré l'annulation de la décision de refus pour insuffisance de motivation, la même décision aurait pu légalement être prise pour des motifs de maintien du bon ordre et de la sécurité, fondés sur un incident antérieur. En conséquence, le préjudice invoqué ne trouvait pas sa cause directe dans le vice de forme entachant la décision. La requête a été rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2022, M. A B, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme 1 000 euros, assortie des intérêts au taux légal, eux-mêmes capitalisés, en réparation du préjudice résultant de l'illégalité d'une décision portant refus de permis de visite en salon familial pour le 28 septembre 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'illégalité fautive de la décision de refus de visite est de nature à engager la responsabilité de l'administration en l'espèce dès lors que l'insuffisance de motivation constitue une irrégularité grave l'ayant privé de la possibilité de comprendre le motif du refus ;

- la décision de refus de permis de visite est également entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors qu'il n'est fondé que sur un compte-rendu d'incident du 14 août 2019, dont la matérialité n'est démontrée ;

- il a été privé de la possibilité de voir son épouse dans des conditions plus agréables qu'un parloir classique durant les fêtes de fin d'année 2019, ce qui lui a causé un préjudice évalué à 1000 euros.

Par un mémoire enregistré le 27 septembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi pénitentiaire n°2019-222 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée,

- et les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement n°2000250 du 19 mai 2022, le tribunal administratif de Rouen a annulé la décision du 6 septembre 2019 par laquelle le directeur du centre de détention de Val-de-Reuil a refusé d'accorder à M. A B un permis de visite en salon familial pour le 28 septembre 2019. M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité fautive de cette décision.

2. Lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative entachée d'un vice de forme, il appartient au juge administratif de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si la même décision aurait pu légalement être prise. Si tel est le cas, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme trouvant sa cause directe dans le vice de forme entachant la décision administrative illégale.

3. Aux termes de l'article 35 de la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 : " Le droit des personnes détenues au maintien des relations avec les membres de leur famille s'exerce soit par les visites que ceux-ci leur rendent, soit, pour les condamnés et si leur situation pénale l'autorise, par les permissions de sortir des établissements pénitentiaires. Les prévenus peuvent être visités par les membres de leur famille ou d'autres personnes, au moins trois fois par semaine, et les condamnés au moins une fois par semaine. / L'autorité administrative ne peut refuser de délivrer un permis de visite aux membres de la famille d'un condamné, suspendre ou retirer ce permis que pour des motifs liés au maintien du bon ordre et de la sécurité ou à la prévention des infractions. / L'autorité administrative peut également, pour les mêmes motifs ou s'il apparaît que les visites font obstacle à la réinsertion du condamné, refuser de délivrer un permis de visite à d'autres personnes que les membres de la famille, suspendre ce permis ou le retirer. / Les permis de visite des prévenus sont délivrés par l'autorité judiciaire. / Les décisions de refus de délivrer un permis de visite sont motivées ". Le premier alinéa de l'article R. 57-8-10 du code de procédure pénale, applicable à la date de la décision litigieuse prévoit que : " Pour les personnes condamnées, incarcérées en établissement pénitentiaire ou hospitalisées dans un établissement de santé habilité à recevoir des personnes détenues, les permis de visite sont délivrés, refusés, suspendus ou retirés par le chef de l'établissement pénitentiaire ". Aux termes de l'article R. 57-8-13 du même code : " Les parloirs familiaux sont des locaux spécialement conçus afin de permettre aux personnes détenues de recevoir, sans surveillance continue et directe, des visites des membres majeurs de leur famille ou de proches majeurs accompagnés, le cas échéant, d'un ou de plusieurs enfants mineurs, pendant une durée de six heures au plus au cours de la partie diurne de la journée. ". L'article R. 57-8-15 du même code précise que : " A l'exception des visites se déroulant dans les parloirs familiaux ou les unités de vie familiale, un surveillant est présent dans les locaux. Il a la possibilité d'entendre les conversations. () "

4. Les décisions tendant à restreindre, supprimer ou retirer les permis de visite relèvent du pouvoir de police des chefs d'établissements pénitentiaires. Ces décisions affectant directement le maintien des liens des détenus avec leurs proches, elles sont susceptibles de porter atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il appartient en conséquence à l'autorité compétente de prendre les mesures nécessaires, adaptées et proportionnées à assurer le maintien du bon ordre et de la sécurité de l'établissement pénitentiaire ou, le cas échéant, la prévention des infractions sans porter d'atteinte excessive au droit des détenus.

5. Il résulte de l'instruction que le 14 aout 2019, M. B a fait l'objet d'un compte-rendu d'incident après la découverte, lors de la fouille de sa cellule, d'un téléphone et d'un chargeur, faits pour lesquels il a été sanctionné de dix jours de confinement en cellule avec sursis. Ces faits n'étaient pas isolés et avaient déjà donné lieu notamment à une sanction pour des faits similaires commis en mars 2019, également sanctionnés par l'administration. Compte tenu des modalités d'organisation des parloirs ou salons familiaux, qui se déroulent sans surveillance directe de l'administration pénitentiaire, le refus d'accorder un salon familial à M. B pour le 28 septembre 2019 constituait ainsi une mesure justifiée et proportionnée au but en vue duquel elle a été prise, alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. B a pu par ailleurs bénéficier en septembre 2019 de quatre parloirs classiques avec son épouse, et qu'il a pu également bénéficier d'un parloir familial le 11 aout 2019 et le 26 octobre 2019.

6. Il résulte de ce qui précède que malgré l'insuffisance de motivation dont est entachée la décision du 6 septembre 2019 refusant un parloir familial à M. B pour le 28 septembre 2019, la même décision aurait pu légalement être prise. En conséquence, le préjudice allégué par le requérant, ne peut, en tout état de cause, être regardé comme trouvant sa cause directe dans le vice de forme entachant la décision administrative illégale du 6 septembre 2019.

7. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ciaudo (AARPI Themis), et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La magistrate désignée,

C. GalleLa greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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