jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204976 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | RICHER ET ASSOCIES DROIT PUBLIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrées le 12 décembre 2022, le 22 décembre 2022, le 3 janvier 2023 et le 11 juillet 2023, la SARL Pacific Garage, représentée par Me Bellanger demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le maire de la commune de Vernon a délivré le permis de construire n°PC 027 681 21 09500 portant sur l'édification de trois bâtiments d'un total de 86 logements, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vernon et de la SCCV Vernonnet - Fieschi une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de la procédure consultative ;
- il est illégal dès lors que l'avis émis par l'ABF est entaché d'irrégularité ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet ;
- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article R. 431-16 f) du code de l'urbanisme ;
- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnait les dispositions de l'article 4.2 b) du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Vernon ;
- il méconnait les dispositions de l'article UA10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Vernon ;
- il méconnait les dispositions de l'article UA12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Vernon ;
- il méconnait les dispositions de l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Vernon ;
- les prescriptions techniques sont illégales.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 avril 2023 et le 28 juillet 2023, la commune de Vernon, représentée par Me Richer conclut, à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, et subsidiairement à son rejet au fond ainsi qu'à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 5 000 euros au titre des frais de procédure.
Elle fait valoir que :
- la société requérante n'a pas intérêt à agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 mai 2023 et le 31 août 2023, la SCCV Vernonnet-Fieschi, représentée par Me Boyer conclut, à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, et subsidiairement à son rejet au fond, à titre infiniment subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer pour permettre la régularisation de l'autorisation d'urbanisme ainsi qu'à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 5 000 euros au titre des frais de procédure.
Elle fait valoir que :
- la société requérante n'a pas intérêt à agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 13 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
- les observations de Me Gueutier, représentant la SARL Pacific Garage,
- les observations de Me Guiorguieff, représentant la commune de Vernon ;
- et les observations de Me Boyer, représentant la SCCV Vernnonet-Fieschi.
Une note en délibéré présentée par la SARL Pacific Garage a été enregistrée le 22 septembre 2023.
Une note en délibéré présentée par la SCCV Vernonnet-Fieschi a été enregistrée le 25 septembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. La SCCV Vernnonnet - Fieschi a sollicité le 22 décembre 2021 la délivrance d'un permis de construire pour l'édification de trois bâtiments comprenant 86 logements sur les parcelles cadastrées 681BH106, 681 BH 107 et 681 BH 90 sur le territoire de la commune de Vernon. Par un arrêté du 27 juin 2022, le maire de la commune de Vernon a délivré le permis de construire n° PC 027 681 21 09500 et l'a assorti de prescriptions. La SARL Pacific Garage a présenté un recours gracieux le 22 août 2022 qui a été rejeté par le maire de la commune de Vernon par une décision du 14 octobre 2022. La SARL Pacific garage demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation./ Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire. "
3. Il résulte de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. Pour justifier de la recevabilité de sa requête, la SARL Pacific Garage soutient qu'elle est voisine immédiate du terrain d'assiette du projet de construction de trois bâtiments comprenant 86 logements et que compte tenu de l'ampleur du projet, elle a intérêt à agir.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la SARL Pacific Garage exploite un garage automobile au 4bis rue Jules Soret situé à proximité immédiate du projet de construction dont l'implantation est prévue de l'autre côté de la voie publique. La requérante se prévaut de la présence d'un local à usage d'habitation dans les locaux qu'elle loue pour son activité commerciale. Toutefois, d'une part, la présence de ce local ne ressort d'aucune des pièces du dossier et d'autre part, elle n'établit, ni même n'allègue qu'il serait occupé. Si la SARL Pacific Garage se prévaut de la hauteur de 17 mètres de la façade du projet rue Jules Soret, celle-ci sera située à une distance d'environ 20 mètres du garage automobile compte tenu de la largeur de la voie publique les séparant si bien que le projet de construction n'est pas de nature à créer une perte d'ensoleillement directe et ne limite pas la visibilité de la façade du garage depuis la voie publique, notamment depuis le rond-point de l'Espace. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la SARL Pacific Garage disposerait d'une vue sur le château de la Tourelle ou que les locaux du garage seraient visibles depuis la rue Orgerau. Enfin, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que les travaux de construction ou l'édification des bâtiments affecteraient la SARL Pacific Garage dans ses conditions de jouissance et d'occupation de son bien, où est exercée uniquement une activité d'exploitation d'un garage automobile. Dans ces conditions, nonobstant le fait que la SARL Pacific Garage dispose de locaux professionnels à proximité immédiate du projet lui donnant la qualité de voisin immédiat, il ressort de l'ensemble des pièces du dossier que la requérante, compte tenu de l'activité qu'elle exerce et de la configuration des lieux, ne peut pas se prévaloir d'un intérêt à agir pour contester le projet. La fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir doit être accueillie.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la SARL Pacific Garage tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2022 du maire de la commune de Vernon doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais d'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vernon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL Pacific Garage demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la SARL Pacific Garage une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Vernon et une somme de 1 500 euros à verser à la SCCV Vernonnet - Fieschi en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Pacific Garage est rejetée.
Article 2 : La SARL Pacific Garage versera une somme de 1 500 euros à la commune de Vernon en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La SARL Pacific Garage versera une somme de 1 500 euros à la SCCV Vernonnet - Fieschi en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Pacific Garage, à la commune de Vernon et à la SCCV Vernonnet-Fieschi.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bailly, présidente,
M. Le Duff, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La rapporteure,
B. Esnol
La présidente,
P. Bailly La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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